La violence au temps du choléra

Le 25 octobre dernier, la ville s’est réveillée avec la nouvelle d’une tentative d’assassinat sur notre confrère Roberson Alphonse. Un individu serait descendu calmement de sa voiture et aurait tout simplement déchargé son arme sur celle de sa victime. Un fait qui a fortement ému les milieux de la presse et sidéré l’ensemble du corps social. Heureusement que le confrère est en train de se remettre de ses blessures.

Comme si ce drame n’était pas suffisant, une autre horreur s’est invitée dans le monde politique avec l’assassinat spectaculaire du secrétaire général du Rassemblement des démocrates progressistes haïtiens (RDNP), l’entrepreneur Eric Jean Baptiste.

Un drame de trop dans un pays où les meurtres et enlèvements sont le lot quotidien des citoyens. Nous n’en finissons pas de compter nos victimes, et personne n’est à l’abri de cette insécurité aussi sauvage qu’aveugle. Comme pour renforcer le sentiment tragique de fatalité qui pèse sur les Haïtiens, s’ajoute un discours de haine qui essaime sur les réseaux sociaux. Ces propos souvent aussi fielleux que venimeux et la désinformation systématique des internautes participent de la montée de l’intolérance d’une société en pleine déliquescence.

Mais en dépit de cette apparente impuissance, la société civile refuse d’abdiquer. Elle revendique ses droits à l’éducation, au travail et à la sécurité, celle-ci était devenue depuis quelque temps la préoccupation numéro un des Haïtiens. Ce qui se comprend, car les enlèvements à tour de bras se poursuivent inlassablement, ruinant les familles au profit de quelques « tsars » du crime organisé. Ces bandits sont devenus si puissants grâce à une impunité destructrice qu’ils n’ont plus à se cacher. Il n’est pas rare de voir des hommes armés jusqu’aux dents patrouiller dans nos rues au vu et au su de tous, sans être pour le moins inquiétés. Un puissant caïd est même parvenu à décréter un embargo pétrolier, c’est tout dire.

La terreur, modélisée en violence quotidienne sur fond de pénurie de carburant, ne saurait venir à bout de dix millions d’habitants et d’une communauté internationale résolument engagée au-delà des ballets diplomatiques.

Il reste aux factions qui se disputent la gouvernance de montrer leur empathie pour ce pays. Combien de cadavres nous faudra-t-il encore supporter pour que les forces politiques toutes tendances confondues annoncent à cette nation ensanglantée, la fameuse entente cordiale tant attendue ? Or, sans elle, aucun avancement n’est possible.

En attendant, le pays est entré dans une longue agonie et on attend, dans les heures qui viennent, des réactions des élites politiques et économiques à la mesure de la catastrophe.


Roody Edmé

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