Parlement : faut-il sauver le « tiers-sénat » ?

Nous avons pris l’habitude dans notre pays de nous piéger dans des dates qui deviennent à la longue fétiches, sinon annonciatrices de troubles politiques ou sociaux. À peine sortis des Fêtes de fin d’année, les Haïtiens ont les yeux rivés sur les échéances du lundi 10 janvier et du 7 février 2022.

 

En fait, ce sont tout de même des rendez-vous normaux dans toute démocratie. Comme on sait par exemple que dans moins de 90 jours se tiendront en France des élections présidentielles ou encore que le 8 novembre 2022 le Sénat, la Chambre haute, du Congrès des États-Unis, renouvellera 34 de ses 100 sièges.

 

Mais chez nous, ces dates sont malheureusement signes de catastrophes annoncées ou d’interminables discussions sur leur constitutionnalité ou inconstitutionnalité. Par exemple, ce 10 janvier selon certains juristes, le mandat de ce qui reste du Sénat est arrivé à son terme, tandis que pour d’autres constitutionnalistes et chefs de partis, il prendra fin en 2023. La cause de cet imbroglio institutionnel est que les structures de l’État sont comme des morceaux de verre brisés et le paysage politique, un véritable champ de bataille.

 

Les excitations des uns et des autres ne sont pas de bon augure pour un pays déjà empalé sur le portail de la méfiance et de l’intolérance. Une certaine sagesse voudrait que l’actuel Premier ministre, lui-même historiquement de fait, n’aille se perdre dans ce labyrinthe institutionnel en proclamant la caducité d’un Parlement inoffensif et inopérant.

 

Car à bien regarder ce qui reste du Parlement est une sorte de « musée vivant » placé au beau milieu d’un désert institutionnel que l’hubris d’un président a transformé en catastrophe politique.

 

Aussi, si l’actuel chef du gouvernement porte la main sur cette institution moribonde qui se considère à tort ou à raison comme le dernier rempart institutionnel, nous risquons d’ajouter une nouvelle pomme de discorde qui polluerait encore plus un environnement social étouffant.

 

Et puis, il y aussi le 7 février 2022 comme autre sujet conflictuel. Soudainement, ceux qui disaient que le mandat du défunt président s’était terminé en 2021 ont choisi, contre toute attente, cette année pour  mieux attendre au tournant Ariel Henry. Une nouvelle occasion de batailles « épiques » et inutiles ne visant que la prise du pouvoir.

 

Le pays peut franchement se passer de ces rendez-vous ratés pour se consacrer,  de préférence, sur la nécessité d’un vrai dialogue pour nous sortir de la crise. Ce qui se déroule aujourd’hui c’est un jeu à somme nulle qui néantise le monde politique et la société civile et ceci devrait les interpeller.

 

Il faut nous interroger sur nos propres capacités à aller au-delà de ce que nous considérons comme immuable pour apprendre les principes cardinaux de la négociation utile et vitale. Il est des moments dans la vie d’un peuple où il faut se rassembler autour d’un projet commun minimum, ne serait-ce la lutte contre l’insécurité et une « trêve » politique pour trouver une entente cordiale, seule capable d’accoucher d’une transition réussie.

 

Pour le moment, la question fondamentale est de nous entendre sur la transition en fixant trois ou quatre dossiers essentiels à traiter pour mettre ce pays sur des rails institutionnels défaits par les pouvoirs passés.

 

En ce sens, les protagonistes des différents accords doivent trouver le minimum commun, sans se faire de trop grandes illusions de départ, pour débloquer une situation avant que les forces traditionnelles du statu quo, ici et ailleurs, ne règlent l’affaire à leur manière en appliquant une « chirurgie meurtrière » dont les premières manifestations affectent déjà notre vie quotidienne.

Roody Edmé

 

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