La Justice aux yeux « bandés »

Le pays est tétanisé. Le système judiciaire déjà dévoyé par toutes sortes de scandales s’est arrêté comme une vieille montre. Le tribunal de première instance étant situé au bas de la ville, une zone de non-droit, s’y rendre, c’est condamner sans autre forme de procès plaignants et abuseurs éventuels à une mort certaine.Aucune affaire ne peut être traitée qu’elle soit civile ou pénale. La détention préventive prolongée demeure un défi jamais relevé en dépit des intentions affichées par tous les gardes des Sceaux de la République, ces vingt dernières années. Aller en prison en attente d’un jugement, c’est comme être jeté aux oubliettes.

Les dossiers judiciaires pourrissent dans les tiroirs. Certains manquent de feuilles impudemment arrachées par quelques mains « suspectes » et impatientes. Le Palais de justice est régulièrement cambriolé au point de se demander ce qu’ il y a encore à l’intérieur qui intéresse tant des hors la loi plutôt très au fait des dossiers qui doivent disparaître. Quand on songe qu’en France on peut encore trouver dans les sous-sols du Palais de justice des corps du délit qui remontent à des siècles, comme le couteau qui a tué le révolutionnaire Jean Paul Marat dans sa baignoire le 13 juillet1793 !

Bien sûr me direz-vous: comparaison n’est pas raison. N’empêche que le drame des justiciables haïtiens est le reflet tragique du non fonctionnement d’un appareil d’État incapable de remplir ses fonctions régaliennes.Pourtant on continue à former des étudiants dans nos écoles de droit, et il existe toujours des cabinets d’avocats et des études de notaires qui « fonctionnent »  dans un vide sidéral.

Les assassinats de personnalités comme Jean Dominique, le bâtonnierMontferrier Dorval ou le président Jovenel Moïse demeurent sous un épais voile que personne n’ose soulever. La justice comparée souvent à une «  femme aux yeux bandés » qui rend son verdict avec impartialité sans voir si vous êtes puissant ou misérable, la justiceprend dans la réalité de chez nous un sens plus trivial.Les « yeux bandés » de la Justice, c’est, semble-t-il, pour mieux la violer.

Dans le cas du dossier du dernier président d’Haïti assassiné, on semble se contenter de laisser pourrir en prison quelques « comparses », ceau détriment de la vérité que recherche toute une nation. Mais comme la vérité fait rougir la face du diable,et que ce dernier, contrairement à l’Enfer de Dantes, ne réside pas dans une énorme cavité en entonnoir, mais est bien de ce monde, on continue de se «  parler par signes ».

Ce sont les dossiers de massacres impunis qui font le lit de la terreur qui règne sans partage tous les jours dans nos rues. Et comme un poison qui poursuit inexorablement son parcours insidieux dans les veines du corps social, la violence est aujourd’hui partout. Des populations entières souffrent parce que des hommes armés en guerre pour plus de profits ont décidé de pilonner à l’arme lourde des quartiers entiers à l’entrée nord de la ville comme cela se passe dans le sud de la capitale.

Entretemps, la Police déclare fait de son mieux avec ses « faibles moyens », une gouvernance de la faillite en place depuis de trop nombreuses années a permis que des bandes criminelles soient mieux armées que les forces légales.

Une situation de violence qui engendre une crise humanitaire sans précédent et qui interpelle ceux qui doivent s’armer de courage patriotique pour trouver un accord politique, le premier pas qui coûte.

RoodyEdmé

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