Un bateau sans gouvernail ?

La violence qui s’est abattue pendant une quinzaine de jours à  l’entrée nord de la ville a laissé un profond traumatisme chez les habitants de cette zone. Les vagues de réfugiés. Les nouvelles récurrentes de pillages et d’incendies ont plongé les victimes dans une profonde hébétude.

Le pire a été le constat de vivre tous ces évènements dans une impuissance terrifiante des autorités en place. L’affrontement entre  les «  400Mawozo » et le gang de « Chen mechan » a pris des allures de violents combats urbains, avec une différence notoire que les dommages chez les civils n’étaient pas que collatéraux. Selon nos correspondants dans la zone, les «  400Mawozo » ont commencé par occuper subrepticement certains quartiers en achetant des « soldats » du gang adverse. Ils  se sont ensuite emparés de certains hôtels de quartier pour installer leur logistique. Après,ils s’en sont pris à une partie de la population qu’ils accusent de complicité avec le chef de gang de la place.

La stratégie des gangs est axée sur une extrême violence destinée à installer la terreur afin de mieux tenir sous leur joug ces populations apeurées. Le grand vide, laissé par l’absence  des appareils d’État,a entraîné la prise en main de ces quartiers par les bandes armées qui créent de nouveaux «  pouvoirs » dirigés par un « commandant » suprême ou un cartel de desperados.

Pendant ces semaines sanglantes où le tonnerre des armes lourdes a retenti à des kilomètres à la ronde, la Police a eu quelques interventions courageuses, mais ponctuelles. Les bandits repoussés se réfugiaient dans les corridors ou se cachaient dans les hautes herbes pour revenir se battre d’homme à homme dans les quartiers. Un officier supérieur américain du nom de John Spencer a expliqué les difficultés des  affrontements urbains : « La guerre en milieu urbain est la plus dure de toutes. C’est l’enfer ! Personne n’aime combattre en ville parceque l’adversaire est tout proche, au coin de la rue ou caché dans un immeuble. On dit habituellement que la guerre urbaine est « le grand égalisateur »…tout le monde est à égalité ».

Or la configuration de nos villes-labyrinthes rend plus difficiles les manœuvres de nos forces de sécurité  qui ne disposent pas d’infanterie. Nos quelques blindés légers ont des difficultés à manœuvrer dans nos ruelles cul-de-sac. De plus, les groupes armés ont un solide « budget militaire » et des réseaux mobiles d’informateurs qui sillonnent la route nationale conduisant à l’entrée nord de la ville.

Les « seigneurs de la guerre » et massacreurs impénitents ont toujours plusieurs longueurs d’avance sur les autorités haïtiennes. Une commande de matériels pour la PNH a du mal à arriver dans nos portset aérodromesen raison de la cherté du fret maritime et aérien, mais les gangs eux  ne souffrent pas de problèmes d’acquisition d’armes de tout calibre.

Alors que l’État, avec un gouvernement même de fait, a beaucoup de mal à s’approvisionner en équipements défensifs voire offensifs, la violence des affrontements et l’ ampleur des détonations dans ce qu’ il faut désormais appeler « la bataille de la Plaine du Cul-de-sac a montré que les gangs sont de plus en plus sophistiqués en termes d’organisation.

Entre-temps, les habitants en Plaine ont manifesté leur refus de demeurer des réfugiés dans leur propre pays. Un message fort adressé au gouvernement et à la communauté des nations.

RoodyEdmé

 

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