Dans un contexte de crise sécuritaire et sociale, les violences contre les femmes et les filles continuent de se multiplier dans le pays. Une survivante raconte comment sa vie a basculé alors qu’elle se rendait au marché de Malpasse. Le véhicule dans lequel elle voyageait a été intercepté par des hommes armés, qui ont brutalisé les passagères, les insultant et les battant.
Nadège, nom d’emprunt pour protéger son identité, confie avoir un temps envisagé d’en finir, tant le traumatisme et la honte lui semblaient insurmontables. Mais au-delà de la douleur, elle lance aujourd’hui un cri, rappelant qu’une personne victime de violence n’est en rien responsable et demeure la même personne. Elle appelle les autorités à assumer leurs responsabilités, à mettre fin à l’impunité, et à garantir protection, justice et réparation pour les victimes.
Fara Nelcide, superviseuse à la clinique «â€¯PRAN MENM » de MSF, indique que depuis 2022, le nombre de cas de violences enregistrés a triplé. En 2024, MSF a pris en charge environ 4 500 survivantes, et depuis le début de 2025, plus de 4 000 femmes et filles ont déjà été accueillies.
«â€¯La violence sexuelle est une urgence médicale. Il est impératif que les victimes bénéficient d’un suivi rapide, dans les 72 heures suivant l’agression, afin de prévenir le VIH et d’assurer toutes les autres attentions médicales nécessaires », déclare Fara NELCIDE. Elle précise que passé ce délai, de nombreux moyens de prévention ne sont plus disponibles, ce qui augmente considérablement les risques de grossesse et d’infections. MSF offre un accueil gratuit, confidentiel, sécurisé et disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, au sein d’un espace protégé, et rappelle aux survivantes qu’elles ne sont pas seules. Des services d’aide sont également accessibles via la ligne verte 8108.
Pour Me Kattia Dorestant, avocate et membre du Bureau des Avocats Internationaux (BAI), l’enjeu dépasse les soins : il s’agit de justice, de réparation et de reconnaissance des droits fondamentaux. Elle dénonce l’inaction de l’État, le délabrement du système judiciaire et le manque de volonté politique pour prendre en charge ces crimes, pourtant trop fréquents. Elle exhorte les autorités à agir, à appliquer les lois existantes, à poursuivre les auteurs et à permettre aux victimes d’accéder à des mécanismes de réparation, qu’ils soient juridiques, psychologiques ou sociaux.
Elle insiste également sur le rôle de la société civile, des familles et des écoles, «â€¯L’éducation sexuelle est une clé pour prévenir la violence », souligne-t-elle. Dans un message adressé aux victimes, elle les encourage à briser le silence, à porter plainte et à réclamer justice, car garder le traumatisme pour soi revient à accepter l’injustice et à perpétuer l’impunité.
Face à cette situation alarmante, la psychologue Kétua Michel rappelle que les professionnels de la santé mentale sont disponibles pour soutenir toutes les survivantes, sans jugement. Elle précise que l’Association Haïtienne de Psychologie met à disposition une ligne d’assistance gratuite et anonyme au 39 19 90 00.
Enfin, elle lance un appel aux parents rappelant qu'il est essentiel d’être présents, à l’écoute et vigilants face aux signes de souffrance ou de changement de comportement chez les enfants. Une attention précoce peut prévenir de nombreux drames.
Somme toute, la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles reste un combat, mais elle devient possible dès lors que chaque acteur social familles, institutions, professionnels, citoyens joue pleinement son rôle. Ce ne sont pas les victimes qui doivent se taire ou se cacher, ce sont les violences qui doivent cesser.
Modeline Youte
