La tension monte entre le Conseil électoral provisoire (CEP) et la Primature autour du décret électoral publié par le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé. Dans un communiqué conjoint, plusieurs partis politiques dénoncent un texte qu'ils qualifient d'« anticonstitutionnel » et accusent le gouvernement de compromettre les conditions nécessaires à l'organisation d'élections crédibles en Haïti.
Les signataires du document dressent d'abord un sombre tableau de la situation sécuritaire du pays. Ils dénoncent les massacres, pillages et déplacements forcés de populations enregistrés dans plusieurs régions, notamment dans la plaine du Cul-de-Sac, à Santo et dans l'Artibonite. Selon eux, l'aggravation de l'insécurité traduit « l'échec total de l'appareil sécuritaire de l'État » et l'absence d'une stratégie gouvernementale efficace face à la montée en puissance des gangs armés.
Au cœur de la controverse figure le nouveau décret électoral, que les partis contestataires considèrent comme une atteinte aux principes démocratiques. Ils reprochent notamment au texte de prévoir le remplacement du Directeur exécutif du CEP par un Directeur général, d'imposer un seuil minimal de 100 000 adhérents aux partis politiques, d'augmenter considérablement les frais d'inscription des candidatures et de multiplier les exigences administratives susceptibles, selon eux, de retarder le processus électoral.
Les organisations signataires estiment que ces dispositions favorisent les formations politiques déjà établies au détriment des nouveaux partis et risquent de restreindre la participation politique. Elles avertissent qu'elles pourraient se retirer du processus électoral si le décret demeure en vigueur.
Les critiques s'étendent également aux décisions économiques récentes du gouvernement. Les partis dénoncent la signature de contrats liés à la sécurité frontalière et à l'exploitation minière, affirmant que ces engagements pourraient compromettre les intérêts stratégiques du pays et l'avenir des générations futures.
Sur le plan international, les signataires expriment leur désaccord avec la position du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), qui a salué la publication du décret électoral. Selon eux, ce soutien équivaut à une caution accordée à un texte élaboré sans véritable concertation nationale et jugé contraire à la Constitution.
Ainsi, les partis réclament la démission du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, la mise en place d'un gouvernement de transition consensuel, le rétablissement de la sécurité nationale, la création d'un Conseil électoral provisoire indépendant ainsi que l'abrogation des dispositions contestées du décret électoral.
Tout en rejetant catégoriquement le texte publié par la Primature, les signataires affirment soutenir les efforts du CEP en faveur d'élections transparentes et conformes aux dispositions constitutionnelles. Ils appellent les acteurs nationaux et internationaux à demeurer vigilants et invitent les forces vives de la nation à se mobiliser pacifiquement pour la défense de la Constitution et de l'État de droit.
Pour cause, treize partis politiques ont apposé leur signature au bas du communiqué, parmi lesquels le Mouvement Engagement pour le Changement (MACH), le Collège national des démocrates (CND), l'Union des patriotes pour le développement d'Haïti (UPADH) et le Parti nouvelle perspective (PNP).
Vladimir Predvil
