De l’enfumage quantique à la conscience enfumée

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Précédemment, nous avions montré que l’enfumage quantique qui faisait buguer l’intelligence du collectif haïtien est en lien avec l’insignifiance d’une culture qui pousse les êtres au déracinement et au dépouillement de leur dignité par un processus culturel dans lequel la conscience joue un rôle déterminant. C'est parce qu’il en est ainsi que l’école et l’université ont un poids immense dans le devenir des individus, la performance des institutions d’un pays, l’évolution d'une société et le devenir d’un collectif.

Donc, quand de pompeux et illustres universitaires haïtiens, marxistes, structuralistes, anarchistes et autres illustres « toutistes », m’envoient relire Marx pour m’éduquer à la lutte des classes, je ne peux m’empêcher de les défier en leur rappelant que pour comprendre la lutte des classes, il faut acquérir une grande conscience de classes. Ce qui présuppose un état de conscience en vibrations poétiques intranquilles, car pour être passeur de dignité et éclairer les autres vers le changement, il faut être illuminé de l’intérieur. Or l’enfumage quantique qui règne dans ces milieux universitaires laisse croire que, de par leur déficit d’imagination et leur incapacité à se projeter dans l’anticipation et à faire preuve de prospective éthique, ils ne peuvent aucunement s’engager responsablement et courageusement pour faire vivre la pensée critique en Haïti. D’où leur imposture en matière de lutte pour le changement.

 

Il est difficile de croire qu’en un lieu où les élites de savoir et de pouvoir se montrent indifférentes vis-à-vis de ce qui porte l’éclairage de signaux anticipatifs, il puisse y avoir un brin d’intelligence. C’est ce qui me conforte dans mon insolence vis-à-vis des gens de ces réseaux, car je connais l’immonde insignifiance des espaces d’entre soi qu’ils entretiennent.  Une insignifiance qui se manifeste dans certains comportements à valeurs d’axiome. De fait, deux axiomes semblent servir de cadre régulant l’activité de ces espaces d’entre soi :

      1. Axiome du consensus contre la vérité :

 

En Haïti, progressistes, anarchistes, universitaires, gangsters ont, entre autres valeurs partagées, une profonde aversion pour la vérité. Celle-ci n’est tolérée que si elle protège leurs accointances mafieuses et met en lumière celles de leurs ennemis. Toute autre vérité est sujette à non-divulgation. C’est une omerta partagée à tous les niveaux de la société haïtienne : seule la vérité qui enlaidit nos ennemis est à bonne à dire! Si bien qu’il est plus facile de retrouver de fortes coalitions entre toutes les couches sociales haïtiennes contre ceux et celles qui portent une vérité mettant à nu le modèle crapule et corrompu de la réussite. Un modèle crument exprimé dans ce proverbe: Se sòt ki bay, se embesil ki pa pran ! Traduction : seul le sot partage, seul l'imbécile refuse de prendre !

 

    2. Axiome de la non-solidarité avec la pensée critique :

En Haïti, la vie étant précaire, l’engagement pour des valeurs fortes et dignes ne court pas les rues, car on ne cherche que les opportunités pour prendre le plus possible. Aussi est-il rare de voir grand monde s’acoquiner et prendre parti publiquement pour ceux et celles qui portent une pensée profondément critique. Mille fois sur mille, en Haïti, on se montrera complaisant et tolérant vis-à-vis de la criminalité, mais intraitable et impardonnable avec la pensée critique. En Haïti, même parmi le petit nombre de ceux et celles qui solidarisent en privé avec la pensée critique, il y en a très, et vraiment très peu qui oseront le faire publiquement. Car les réseaux qui distribuent les prix, les titres, les subventions exigent une allégeance totale. Ici la règle est d'or : on ne  critique pas le management quand on sert le management !

 

Pour mieux expliquer le concept de signaux anticipatifs, j’apporte un exemple contextuel dans lequel retentissent les deux axiomes ci-dessus comme ferments culturels de l’insignifiance. En avril 2020, les principaux médias occidentaux, La Presse.Ca[i], Le Figaro[ii], RFI[iii], TV5 Monde[iv], le Nouvelliste[v], relayaient à grands tirages les prédictions catastrophiques de l’éminent Dr William Pape sur le coronavirus en Haïti. Étrangement, personne dans les médias, dans les universités, dans la société civile n’avait demandé à voir et à vérifier les données et les résultats de la simulation oxfordienne sur laquelle se basaient ces prédictions qui annonçaient plus de 20 000 morts sur 3 mois pour Haïti. C’était un signal fort relayé de manière assourdissante par le système.

 

À l’inverse quand un anonyme, un quidam, nommé Erno Renoncourt, qui n’a ni renommée académique, ni accointance diplomatique, ni subventions économiques des élites locales, et en plus se comportant comme un emmerdeur de première, chasseur impénitent d’indigent, trouble-fête importunant le confort des SMIC-ards, avait osé contester[vi] la validité scientifique de ces prédictions, il n'y avait pas grand monde pour reprendre ses mots. Et de fait, son message avait été faiblement retransmis par les médias. Pour cause, allant à contrecourant des intérêts du système, contestant la parole élue du système, les réseaux relayant la vérité qui conforte le système n’avaient aucune raison de prêter attention voire d'amplifier ce signal. Évidemment, avec force provocation, pour ne pas perdre la face, le média haïtien, qui avait servi de tremplin pour relayer les prédictions faussement scientifiques du Dr Pape, avait dû accepter de publier timidement le texte qui les contredisait. Mais pour la société haïtienne, pour les médias occidentaux, ce signal devait résonner faiblement, car nuisible pour le système. Ce message devait résonner comme un signal faible, c'est à dire un cri d’aigreur venant d’un râleur qui cherche à se mettre dans la lumière.

 

Et quand, 6 mois plus tard, les prédictions papales furent révélées mensongères par les faits, personne, dans les médias, dans les universités, dans la société civile haïtienne, n’a eu le courage de relever ce qui n’a été qu’une forfaiture scientifique pour desservir des intérêts inavoués. Et c’est dans un média[vii] à tirage faible appelé Haïti24 qu’une reconnaissance d’erreur avait été publiée.

« Des prévisions pour le moins alarmistes avaient été révélées, en avril dernier, par le Dr. Jean William Pape, sur l’évolution de la Covid-19 en Haïti. Des milliers de morts devraient être recensés entre fin avril et août 2020. Cependant, les données fournies par les autorités sanitaires décrivent, jusqu’à présent, une situation très différente. Le Dr. Jean William Pape, co-président de la Commission sectorielle de gestion de la pandémie en Haïti, a reconnu qu’une erreur s’est glissée dans les prévisions. »

 

Et même que l'erreur n'avait pas été totalement assumée, puisque l’intéressé avait laissé comprendre que c'est Dieu qui avait épargné Haïti. Mais qu'il peut être perfide ce Dieu qui épargne une population d'une contagion qui ne tue pas et l’abandonne sans défense à un régime criminel qui kidnappe et tue ses enfants, viole ses femmes et ses filles et pille ses ressources avec l'aide des organisations internationales qui distribuent des récompenses a ceux et celles qui exécutent leur volonté. De fait, un an après, Haïti apprenait et acclamait la nomination du Dr William Pape au conseil scientifique de l’OMS[viii]. Le job a été fait ! Ceux et celles qui ne sont pas insignifiants comprendront aisément que ce qui s’est passé n’est qu’un retour d’ascenseur par lequel le système produit des signaux forts pour assurer sa pérennité. Et c’est justement pour rendre ces signaux crédibles que le système octroie une renommée académique, scientifique, technologique, littéraire artistique à ceux et celles qui auront la sale besogne de les relayer comme contre feux pour enfumer l’intelligibilité des signaux faibles.

 

Or selon Sylvie Blanco, docteure en sciences de gestion, professeure à l’école de management de Grenoble, « les signaux faibles sont les bases pertinentes d’une veille stratégique pour construire une réelle innovation de rupture[ix] ». Oui, les signaux faibles sont une source d’anticipation pour les sociétés, les organisations et les collectivités évoluant dans les écosystèmes chaotiques. Car annonçant des événements futurs, qui sont encore au stade de la rumeur, de l’incertain, ils offrent un temps pour manœuvrer et sortir du danger, en cherchant, non pas une solution optimale individuellement (orientée vers le SOI indigent), mais un possible humain vivable comme ferment de reliance entre la société, les organisations et les individus (orientée vers le Soi éthique). J’espère que ceux qui liront cet article comprendront enfin pourquoi malgré ses légions doctorées, diplômées et médaillées Haïti reste insignifiante. Car, méprisant les signaux faibles, les élites haïtiennes sont incapables de s’enraciner dans leur environnement et de trouver les postures intelligibles pour affronter les incertitudes de leur écosystème.

Quand toute une économie repose sur une logique d'affaires structurée en cartels, les réseaux culturels, les universités, les écoles n’ont pas d’autres missions que de produire des cadres pour performer cette économie de la criminalité. C’est cette réalité que nous avons cartographiée pour produire notre axiomatique sur l’indigence en formulant une problématique contextuelle pour oser penser l’extraction d’Haïti hors de ce chaos à travers un sauvetage éthique :  sur certains domaines anthropologiques défaillants, l'espace des solutions pour un possible humain harmonieux est une fonction de coût éthique élevé, en raison du risque de tomber dans un minimum insignifiant confortable par routine et adaptation au statu quo. C’est parce que ce coût éthique est au-dessus du possible des élites haïtiennes qu’elles se complaisent à reproduire la barbarie séculaire de la déshumanisation, car étant elles-mêmes déracinées et insignifiantes, elles n’ont besoin d’aucune intelligence contextuelle.

 

Les faits tendent ainsi à confirmer la pertinence du raisonnement par lequel l’errance a été mise en équation quantique comme un rayonnement indigent provenant de l’enfumage des élites de savoir. En effet, la psychologie cognitive apporte de plus en plus de preuves permettant de soutenir que l’Errance anthropologique en un lieu est proportionnelle aux Médiocrités qui empêchent, au collectif qui y vit, de mettre ses Connaissances en résonance avec son Contexte problématique pour agir sur les défaillances qui l’oppriment et le déshumanisent. Une conscience effondrée correspond à l’état objectivant d’une société effondrée. Or, une société effondrée est toujours le résultat d’une culture insignifiante. Cette corrélation quantique forte suggère d’autres corrélations enchevêtrées : à culture indigente, société pestilente ; à savoir insignifiant, collectif impuissant.

 

Oui, n’en déplaise à l’insignifiance doctorée haïtienne, qui m’avait ri au nez quand j’avais proposé une équation quantique[x] pour expliquer contextuellement l’impuissance du collectif haïtien à prendre en mains son destin, les principes de la mécanique quantique permettent de comprendre le comportement humain et de modéliser les sociétés chaotiques comme un espace anthropologique culturellement fermé sur l’apprenance et indignement ouvert sur l’indigence. En conséquence on peut oser unifier la physique, les mathématiques, les technologies, la topologie et la sociologie pour proposer une axiomatique expliquant l’évolution de certaines sociétés humaines. Comme l’a écrit Daniel Parrochia[xi], nous vivons dans un monde dangereux et complexe qui oblige à assumer le surgissement de l’irrégulier comme une forme logique de crises contre laquelle on ne peut se prémunir qu’en renouvelant sans cesse les outils, les méthodes, les savoirs, pour sans cesse trouver la bonne posture entre le corps et l’esprit, entre la matière et la conscience, entre la société et les individus, entre la connaissance et l’éthique. Une exigence qui rend les sociologues, les politologues beaucoup moins armés pour comprendre le réel, s’ils ne font pas appel à la reliance morinienne qui synthétise la théorie systémique dans son effort méthodologique incessant pour offrir un nouveau cadre scientifique comme réforme de la pensée pour agir le monde. Reliance qui résonne quantiquement dans les travaux de Michel BitBol[xii] et d’Alexander Wendt[xiii], puisqu’ils ont compris, comme de nombreux autres penseurs avant-gardistes, disséminés un peu partout dans le monde, et conscients de l’emprise du contexte sur la conscience, qu’une épistémologie transversale peut rigoureusement relier les sciences humaines et la mécanique quantique, pour proposer des voies d’agir plus intelligentes, plus performantes.

Et c’est là que retentit toute l’insignifiance des élites culturelles haïtiennes, notamment celles qui interviennent sur le front de l’action éducative et formative, tant elles se montrent incapables de comprendre la pertinence et l’importance de ces thématiques comme enjeux d’innovation à saisir pour reprendre la main sur la gouvernance de leur pays. Insignifiance doublée d’une sourde imposture, dont la conjonction, avec la malice promue comme valeur dominante de l’écosystème, les empêche de s’inscrire avec authenticité et humilité dans tout débat qui exige un minimum de pensée critique, de conscience de soi et de courage pour assumer la moindre vérité qui menace les zones de succès médiocres. C’est cette posture culturelle d’insignifiance qui amplifie l’indigence haïtienne, puisque privant les acteurs du changement des outils, des armes pour opérer un changement de paradigme et penser contextuellement les structures sociales pour conduire le cycle du changement dans cet écosystème chaotique, précaire et shitholique qu’est Haïti.

 

S’il est vrai que les fréquentations épistémologiques avec les textes de Gaston Bachelard m’ont conduit logiquement sur les traces de la pensée systémique, je dois reconnaitre que ma trajectoire d’enseignant m’a aussi permis de partir sur les traces des textes de Helene Trocme Fabre[xiv] dont la lecture de deux de ses ouvrages m’a permis de comprendre toute la puissance que peut avoir un modèle éducatif qui met le cognitif intrinsèquement au service de l’humain : une véritable pédagogie du signifiant comme outil pur façonner sa conscience et agir sur son environnement. Manifestement, l’éducation qui, pour motiver les apprenants, s’appuie sur des référents externes de réussite, comme l’obtention d’un diplôme, la promotion dans un poste d’influence, la réception d’un prix, d’un titre ou d’une distinction honorifique, sans valeurs intrinsèques, a toutes les chances de déboucher sur une société insignifiante, inconscience, indifférente, corrompue, criminelle et pour tout dire indigente.

 

Qui peut encore douter que le culte de l’insignifiance érigé en système passe forcément par un enfumage quantique au travers duquel la défaillance résonne toujours comme un cantique anthropologique de l’errance ? Manifestement, c’est contextuellement ce qui est arrivé à Haïti. C’est objectivement ce que j’avais voulu dénoncer, quand j’avais osé aller à contre-courant de la parole élue du directeur du Collège Catts Pressoir qui avait vanté, dans les colonnes du Nouvelliste en aout 2020, le modèle d’excellence de son école, alors même qu’il se glorifiait de poursuivre le mesquin objectif de dispenser un enseignement qui vise à former exclusivement des entrepreneurs, des hommes d’affaires. Cela nous avait paru scandaleux qu’on puisse associer, de manière aussi décomplexée et suffisante, l‘excellence pédagogique à un objectif aussi grégaire et matériel que la réussite patronale ; et de fait, conformément à notre engagement citoyen et notre démarche de provocation, nous avions osé porter le dissensus contre cette conception de l’excellence pédagogique[xv] en rouspétant d’aigreur et de rage contre cette culture du succès du minimum insignifiant confortable. Car,  dans un pays où le modèle d’affaires prôné par l’entreprenariat est à la frontière infractionnelle entre la culture des mauvais arrangements et l’éloge de la corruption, il faut que les processus d’éducation et de formation s’appuient sur des valeurs qui permettent de faire vivre l’apprentissage comme un processus cognitif, dont les motivations sont purement intrinsèques et orientées vers la construction du sens, vers un réenracinement pour se lier et se relier avec son environnement ( Hélène Trocme Fabre, J'apprends, donc je suis, p. 92).

Une nouvelle preuve s'il le fallait que fuir son environnement, être dans l'insouciance, l'indifférence ou l'inconscience par rapport aux défaillances de son milieu sont des signes d'insignifiance, d'incompétence et d’indigence. Quelle joie de retrouver dans chaque nouvelle lecture des fondements méthodologiques qui structurent systémiquement la pertinence de ses intuitions !  Intuitions pourtant assimilées par l’insignifiance doctorée à des provocations gratuites. Quelle victoire de savoir que la logique quantique est le fondement de la systémisation contextuelle ! en ce sens qu’elle suggère qu’on peut statuer par un langage impertinent, insolent et provocateur pour énoncer une vérité en se référant à une démarche anticipative particulière comme contextualisation pour sensibiliser sur des faits observables qui échappent à l’insignifiance collective[xvi].

Cela sous-entend que c’est son contexte de cohérence et de pertinence qui doit permettre de juger d’une idée et non la subjectivation qu’une personne s’autorise à faire d’après son ressenti ou ses intérêts personnels. Autrement dit, le choix d'une démarche, d’une logique est recevable pour autant que ce choix peut être justifié par une théorie offrant un modèle signifiant pour éclairer un contexte de fait donné[xvii]. Dès lors, face à ce langage impertinent, insolent, provocateur, il ne s’agit pas de s’offusquer ou de se verrouiller dans le déni de l’indigence, par un marronnage qui devient un éloge de la fuite, un évitement pour mieux échapper à la critique et se complaire dans ses insignifiances. Puisque l’indifférence vis-à-vis de la réalité ne la fait pas disparaitre, il semble plus intelligent que ceux et celles qui se sentent visés par ces provocations apprennent à écouter le message profond qu’elles renferment par-delà l’apparence irritante qui les enveloppe. De toute certitude, tout ce qui est signifiant a un sens profond qu’il faut chercher et construire, car l’intelligible va toujours au-delà de l’apparent. Et pour faire encore plus polémique, disons avec Bachelard que face à l’indigence qui nous déshumanise, rien ne se gagne sans confrontation. Tout est provoqué. Dans ce contexte, il vaut mieux qu’on apprenne à supporter les provocations pour découvrir leur intelligibilité. Il vaut mieux qu’on cherche à décoder les signaux faibles pour accéder aux signifiants qu’ils contiennent et qui sont toujours porteurs de messages anticipatifs[xviii]. Ce n’est donc pas le déni ou le marronnage qui est la solution face à la provocation, mais de préférence :

  • La disponibilité intellectuelle pour s’ouvrir aux échos qui font remonter les inconforts des uns et des autres, lesquels sont toujours des signaux alertant sur les dérèglements sociologiques et les hiatus anthropologiques ;
  • Et le courage éthique pour apprendre à manifester sa solidarité avec toute idée pertinente pour l’écosystème, pour le collectif, même quand celle-ci heurterait nos intérêts personnels.

De l’errance anthropologique à l’intelligence collective

Sans ces deux attitudes, aucune intelligence collective n’est possible ; or, sans intelligence collective, il n’y a nul moyen de surmonter la complexité pour vaincre l’indigence. C’est ce que semble résumer ces deux phrases d’Edgar Morin :

  • « Enseigner la tolérance et compréhension entre les humains est la condition absolue de la solidarité intellectuelle et morale de l’humanité[xix]».
  • « Chaque intelligence individuelle nait de la coopération collective de plusieurs milliards de neurones, chaque intelligence collective nait de la coopération de nombreux individus ».

Mais en sachant que l'indigence interdit toute solidarité avec la pensée critique, il y a lieu de convoquer les élites académiques et culturelles haïtiennes pour les questionner sur le poids de leur insignifiante réussite dans l’errance du collectif haïtien.

  • comment faire jaillir l'intelligence collective pour appréhender la complexité en un lieu défaillant ?
  • de quelles ressources doivent disposer les acteurs du changement pour contrer l’impuissance et se démarquer de l'insignifiance ?

Question légitime et pertinente, puisque s’il faut croire l’enseignement de la nature, livré en langage mathématique, l’intelligence n’a de sens que par son effective disponibilité à régner sur l’indigence. Ce qui nous autorise à croire que problèmes et solutions vont toujours ensemble dans un écosystème donné, et que c’est forcément par une perte de sens ou inconscience qu’on laisse. En effet, dans un écosystème où l'imposture et le marronnage interdisent toute solidarité avec la pensée critique, il est significatif de savoir comment mettre à contribution la pertinence de certaines réflexions avant-gardistes pour les faire résonner dans une reliance propice à réduire la cacophonie de l'invariance. Gardons-nous de croire cependant que ces choix sont simples ; car manifestement ils varient selon la problématique à résoudre, et sont fortement dépendants des ressources dont chacun dispose, ainsi que l’état cognitif du sujet décidant. État qui est le reflet de sa conscience et de son intelligence face à un contexte donné.

Ceci nous renvoie à l‘hypothèse que « la cognition humaine obéit à la loi de la mécanique quantique »[xx], puisqu'elle se présente dans « un a priori complètement indéterminé »[xxi] et que son potentiel de décidabilité ne prend forme qu'au contact d'une problématique contextuellement exprimée par des contraintes objectivables et des ressources mobilisables. Bienheureuse soit la vérité qui confirme l’axiomatique mise en récit depuis des années pour proposer aux peuples des écosystèmes défaillants, une autre manière, plus contextuelle, plus systémique, plus humaine, pour apprendre à travailler, à décider et à vivre sur leur terroir sans se déraciner, sans se VIDER de leur dignité et sans se dépouiller de leur humanité en se laissant guider par un repère éthique !  J’espère qu’on ne m’en voudra pas d’insister autant à révéler le spectre intelligible de l’irradiance de mes colères authentiques longtemps prises comme des provocations gratuites. Car dans un lieu où l’indigence permet à la médiocrité de triompher, il faut brandir, quoi qu’il en coûte, les étendards de la vérité comme des signaux anticipatifs pour alerter les pilotes sur les brouillards qui menacent de se présenter à l’horizon de leur gouvernance.

Mais encore faut-il que ce ne soit pas la vérité qui dérange nos adversaires et nous arrange, mais la vérité intégrale qui nous met à découvert et nous pousse au corps à corps contre l’indigence, quitte à menacer nos zones de confort. Voilà un nouvel angle que j’offre pour approprier le récit sur l’axiomatique de l’indigence comme une pédagogie contextuelle permettant d’affronter les incertitudes d’un écosystème défaillant. Cette pédagogie propose une manière efficiente pour modéliser le processus de décision sur un domaine donné par une loi normale offrant des probabilités pour passer du périmètre invariant des incertitudes au périmètre innovant des choix

Albert Einstein avait postulé, pour sa théorie de le relativité restreinte, l’équivalence entre la matière et l’énergie, dans mon délire contextuel, je suggère d’appliquer ce modèle quantique au collectif haïtien, en assimilant son errance à une lenteur certaine de l’imagination de ses réseaux culturels. Ceux-ci ne peuvent que subir l’effondrement sous l'effet de la pesanteur des précarités de leur écosystème, car étant dans l’incapacité de produire des idées innovantes pour résister aux incertitudes induites.

La pensée, la conscience sont donc des objets quantiques. Cela sous-entend que le cerveau agit, par cognition quantique, comme un système complexe qui traite l'information selon son contexte d'appropriation et en fonction de processus probabilistes mathématisables. C'est là une découverte qui donne plus de relief à la théorie de l'indigence, puisqu'elle postule que l'errance anthropologique est une déficience cognitive qui rend inapte à traiter les informations d'un contexte problématique donné pour en déduire les postures d'action intelligentes. Manifestement, si la pensée suit les lois quantiques, alors un collectif qui s’engouffre dans la fuite ou l'adaptation et l'acceptation des médiocrités et des précarités de son écosystème ne peut être qu’un collectif prisonnier d’un trou noir. Cela sous-entend que la lumière émise par ce collectif (l’imagination, la pensée, l’esprit) ne va pas assez vite pour anticiper les pièges de la pesanteur et amener le corps social à résister des incertitudes.

Cette information déplaisante et peu flatteuse pour le collectif haïtien lui offre cependant des pistes à portée de conscience et d’actions pour qu'il se prenne en mains. Comme l'indique l'illustration qui accompagne ce texte, l'enchevêtrement qui maintient Haïti dans l'invariance de cette servitude séculaire qui déshumanise sa population est un processus managé par différentes forces dont certaines ne sont pas à portée de ses influences. Mais, les forces de réponse et de résistance à ce processus d’enchevêtrement et d'enlisement dans la barbarie sont les contraintes culturelles et académiques qui sont à sa portée. Ce sont elles que le collectif haïtien doit dimensionner pour trouver les lignes de fuite pour sortir de l’errance et penser l'avenir de ses enfants et de son écosystème loin des médiocrités qui font le succès de la corruption et de la criminalité. Des médiocrités qui ne sont que des variables détournées pour rejouer la barbarie de l’esclavage avec des colons qui se dissimulent derrière les fanions de l'assistance humanitaire et des bourreaux qui sont intronisés dans l'enfumage des succès académiques, médiatiques et culturels.

Voici les variables que nous comptons mettre en corrélation dans notre récit de contextualisation de l'indigence  : à culture indigente, société pestilente; à savoir insignifiant, collectif impuissant. Toute une axiomatique pleine de postulats et de théorèmes qui éclairent les contours de cette médiocrité plurielle qui va si bien à ceux et celles qui réussissent dans cette Haïti shitholique.

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