Fort Lauderdale, jeudi 27 novembre 2025
M. Laurent St-Cyr
Conseiller-Président
Coordonnateur du Conseil présidentiel de transition
En ses bureaux.
Monsieur le Coordonnateur,
C’est avec un cœur profondément meurtri, empreint d’amertume et d’inquiétude, que j’ai pris le temps d’examiner avec la plus grande attention votre lettre adressée à vos pairs, en date du 26 novembre 2025, suite aux sanctions imposées au Conseiller-Président Fritz Alphonse Jean par le département d’État des États-Unis.
Permettez-moi de vous le dire avec une franchise sans détour, Monsieur le Coordonnateur : vous avez choisi de « sortir de [votre] réserve habituelle », non pas pour défendre la dignité d’une nation aujourd’hui avilie, terrorisée et broyée par une « diplomatie de terreur » entretenue par des pseudo-diplomates en Haïti, mais bien davantage pour préserver des intérêts personnels et claniques, ou pour maintenir vos proches — établis aux États-Unis d’Amérique — à l’abri de toute conséquence politique.
Votre correspondance, hélas, ne rend hommage ni au sacrifice de nos héros et héroïnes qui nous ont légué cette terre au prix de leur sang, ni aux aspirations fondamentales d’un peuple souverain, fondateur d’une modernité politique née de sa lutte pour la liberté.
Elle ne fait pas davantage honneur à cette nation qui, à l’heure la plus déterminante de son histoire contemporaine, attend de ses dirigeants un leadership lucide, courageux, ferme et pleinement assumé — à la hauteur de son droit imprescriptible à l’autodétermination et au respect absolu de sa souveraineté.
Demain, lorsque vos fils et vos filles, ou leurs propres descendants, consulteront les annales de l’histoire dans nos bibliothèques nationales, ou dans celles du monde, à la recherche de vérité, de fierté et de repères fondationnels, comment leur expliquerez-vous (si vous êtes encore en vie) que vous étiez prêt à laisser s’étioler la dignité d’un peuple entier pour garantir à une poignée des vôtres une vie paisible à Maryland ? Je suis persuadé qu’ils ne seront pas fiers de vous, tout comme nous ne le sommes pas aujourd’hui devant ce qui s’apparente à un tel sacrilège.
Monsieur le Coordonnateur, dans cette lettre, vous soulignez que les « démarches » initiées par plusieurs de vos collègues « nourrissent une inquiétude réelle dans l’opinion publique nationale » et suscitent « les préoccupations légitimes de nos partenaires et de la communauté internationale », tout en laissant entendre qu’elles « font désormais peser une menace sérieuse sur la stabilité du pays ».
Par ces déclarations, vous reprenez presque mot pour mot l’argumentaire de ceux qui — sans le moindre scrupule, sans retenue et dans le mépris manifeste des normes diplomatiques — intimident des membres du Conseil présidentiel de transition avec un ton agressif, possiblement à votre endroit et à celui d’autres conseillers.
Ces acteurs, pourtant liés par un cadre juridique international clair, n’hésitent pas à s’en écarter dans leurs messages WhatsApp et dans leurs pratiques, en violant notamment l’esprit et la lettre de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques — un instrument pourtant contraignant consacré par le droit international.
Au lieu de condamner ces violations et agissements, vous avancez avoir adopté cette position pour signifier aux néocolons que vous n’étiez pas dans la démarche de révoquer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, au nom de la stabilité. La révélation des communications insidieuses des diplomates ne vient-elle pourtant pas saper cette supposée stabilité au sein d’un exécutif où conseillers-présidents et chef du gouvernement sont à couteau tiré ? Comment vont-ils continuer à cohabiter et à prendre des décisions pour le pays?
Mais de quelle stabilité parlez-vous ? Est-ce celle du chaos, où églises et péristyles, universités, hôpitaux sont profanés, incendiés ou détruits ? Est-ce celle des voies livrées à l’impunité, des viols collectifs infligés chaque jour à nos filles et à nos femmes ? Est-ce celle d’un détournement méthodique des fonds publics qui laisse l’État exsangue ?
Non, Monsieur le Coordonnateur : ce que vous présentez comme une stabilité n’est que le voile d’un effondrement national refusé. Une nation prise en otage ne se stabilise pas par compromission ou résignation, mais par la rectitude, l’intégrité et la défense inconditionnelle de ses intérêts supérieurs.
Par conséquent, au regard de vos manquements répétés et de l’incapacité manifeste du Conseil à défendre, à protéger et à représenter dignement les intérêts fondamentaux de la nation, il est désormais incontestable que le maintien actuel du Conseil présidentiel de transition, ainsi que celui du gouvernement et de son chef acquis totalement à la cause étrangère, constitue un péril stratégique pour l’avenir du pays.
Ainsi, Monsieur le Coordonnateur, je vous demande solennellement de présenter, dans les plus brefs délais, votre démission, ainsi que celle de l’ensemble des membres du Conseil et du chef du gouvernement. Tous, vous avez démontré que vous êtes inaptes et incapables de défendre les intérêts supérieurs du pays. Au contraire, vous avez trahi la nation. Au lieu d’une réaction molle et d’une lâcheté inégalée, vous auriez dû déclarer les diplomates en question « persona non grata ». Cela vous aurait permis de regagner un minimum de sympathie au sein de l’opinion publique.
Le pays ne peut plus se permettre d’être dirigé par des responsables inaptes à cette tâche. La dignité nationale exige un sursaut immédiat, sans compromis, sans calcul clanique et sans tergiversation.Votre maintien au poste est indéfendable. Votre départ immédiat est désormais un impératif national. Présentez votre démission et partez dès maintenant, et profitez des privilèges de votre visa.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Coordonnateur, l’expression de ma considération résolue et, malgré la gravité de cette interpellation, profondément dédiée à l’avenir du pays.
Ernst Pierre VINCENT, Ph.D.
Expert en résolution de conflits internationaux,
spécialisé dans les relations haïtiano-dominicaines
