La politique, un défi majeur dans sa stricte application en Haïti Vue générale sur la politique:

Le philosophe grec Platon soutient la thèse faisant croire que "tout homme est pour tout homme un ennemi et en est un pour lui-même"(lois, 626c). Une approche qui n'est pas non plus différente de celle de l'éminent philosophe anglais Thomas Hobbes dans le Léviathan (1651) relatant que “l'homme est un loup pour l'homme”. Ces deux philosophes, bien qu'ils n'appartiennent pas à la même génération, partent quasiment d'une même conception de l'homme dans son évolution du moins dans la sphère politique en matière d'organisation sociale. L'homme représente un danger imminent dans ses rapports sociopolitiques pour ses semblables. Ainsi, Platon pense que la “politique consiste  à créer l'unité et assurer l'harmonie dans la cité, à travers, notamment, la vertu et l'éducation". De ce point de vue, Platon, disciple de Socrate, met l'accent sur deux notions fondamentales que sont vertu et éducation, qu'il estime importantes dans la pratique de la politique. La vertu consiste à suivre les règles, la conduite et les actions de l'homme. L'éducation se base sur les raisons pour lesquelles formation et moralité s'avèrent nécessaires pour la bonne conduite en société.

En effet, la politique peut brièvement se définir comme l'art de bien diriger, gouverner et mener un peuple, un pays ou une nation. Autrement dit, la politique c’est la bonne organisation de la cité, la communauté. C'est l'affaire d'État. Plus loin, le célèbre philosophe grec Aristote croit que l'homme ne peut évoluer en dehors de la communauté à laquelle il appartient. Pour lui, nous ne pouvons atteindre la vie bonne qu'en vivant dans une polis. C'est en ce sens qu'il affirme que l'homme est un "zoon politikon" un "animal civique, politique, social".  Ce qui montre qu'il existe un lien étroit ou une corrélation entre cette parité (homme-société) et/ou (homme-politique) pour le parfait équilibre d’une société donnée. La politique, contrairement aux dires des autres, est en quelque sorte l'affaire de tous (dirigeants, dirigés), (gouvernants, gouvernés) (élites économiques, intellectuelles, masse, pauvre...). On ne peut en aucun cas concevoir la politique sans l’homme, sans la société.

Le philosophe français Montesquieu, dans ses réflexions politiques autour de son ouvrage phare “l'esprit des lois” (1748) a évoqué quatre (4) lois naturelles de l'homme.  La dernière est stipulée ainsi: l’homme a le désir de vivre en société. Donc, l'homme est au centre de toute vie sociale. Il est effectivement un animal social. Sa vie n'a aucun sens en dehors d'une société.

Perception de la politique dans les pays sous-développés

Dans les pays démocratiques sous-développés, fort souvent d'aucuns veulent dissocier l'homme de la politique par le simple fait que cette dernière est apparemment considérée comme l'affaire du coquin, du magouilleur et du bluffer. L'homme averti, l’homme religieux, pour eux, doit se mettre à l’écart. Car, la politique appartient de préférence à la grande famille des menteurs, des corrompus et des sans soucis. Ce qui projette et renforce alors certaines idées préconçues dans la tête des gens qui, pour eux d'ailleurs, la politique c’est de la pure démagogie, la science du trompeur et du bon parleur. Ce, en raison de la façon dont les dirigeants, les responsables exécutent leur tâche à travers leur conduite, leur comportement affiché aux regards des mandants. Plusieurs exemples peuvent en illustrer. Si l’on regarde effectivement le comportement de certains dirigeants haïtiens après avoir brigué un mandat ou un poste, la stratégie politique appliquée par certains gouvernements dans l’exercice du pouvoir, la relation existant entre dirigeants et dirigés, on peut finalement déduire que la « politique haïtienne », comme le pensent certains, c’est de la démagogie creuse, du show off (ce que l'autre pourrait aussi appeler politicaillerie) au lieu d’être la bonne gestion de la cité. Donc, les plus intelligents utilisent le peuple pour accéder à la magistrature suprême, or ils sont loin de maîtriser, d'embrasser la politique dans toute son acuité, sur la base de leur ignorance et/ou de leur amateurisme.

Comment identifier ou distinguer le politiste/politologue sérieux du démagogue ?

Il faut tout d'abord mentionner que la politique, comme bien d'autres disciplines, est émanée de la science communément appelée “science politique ou politologie" s'appuyant sur les phénomènes politiques, l'organisation de l'État, la gouvernance... En effet, le politologue/politiste étant un spécialiste en la matière, il a la lourde responsabilité d'intervenir dans les diverses facettes de la gestion de la vie en collectivité. Autrement dit, le politologue devrait être la tête pensante qui, de concert avec les autres forces étatiques, établit les relations diplomatiques et anticipe sur la meilleure stratégie à adopter pour mener un pays à bon port. Cependant, nombreux qui se déclarent être politicien, politologue, politiste semblent avoir le bec cloué par le triomphe des amateurs qui prennent les rênes du pays pendant plus d'une décennie. Des amateurs avérés qui s'identifient comme des politologues expérimentés. Au fait, il est facile de les identifier : il suffit tout simplement de suivre leur comportement quand ils arrivent à la tête du pouvoir. Ils sont toujours prêts à tout faire pour sauvegarder leur mandat. Ils pillent. Ils gaspillent. Ils se mettent toujours d'accord à toute négociation fallacieuse compromettant l'avenir du pays. Ils créent confusion et encouragent le désordre. Seuls leurs intérêts mesquins et inavoués les intéressent.

Dans un article publié dans la Revue d'éthique et de théologie morale (2013 No 277 p. 9 à 23) par le professeur de philosophie Michaël Foessel, qui a essayé de comparer plusieurs approches de grands penseurs comme: Thomas Hobbes une critique de la démocratie qui, en dépit de sa proximité apparente avec celle de Platon, pose directement le problème sous l’angle du rapport entre langage et pouvoir. « Sous une domination populaire », écrit-il, « il peut y avoir autant de Néron qu’il y a d’orateurs à courtiser le peuple. » La thèse emprunte à Platon l’idée d’une implication entre le gouvernement du peuple et la démagogie, mais elle en diffère par l’importance accordée au rapport entre le langage et la logique des désirs humains.

Certes, on retrouve chez Hobbes l’idée selon laquelle la démocratie est intrinsèquement liée à la rhétorique, parce qu’elle ne règle pas ses décisions sur la nature des choses, mais sur les passions des auditeurs. L'esprit de cet article veut souligner l'inadéquation ou l'incongruence entre le langage du politicien et l’exercice du pouvoir. Deux éléments fondamentaux à relever : 1) quand le politicien veut prendre le pouvoir, il utilise un langage populiste ou familier au point d'arriver à convaincre les votants. 2) une fois élu, il utilise un autre langage dans l'exercice du pouvoir. Ce qu'on pourrait même appeler “langage codé” en communication. C'est comme s'il parle des deux côtés de la bouche: il ment d'un côté, il dit la vérité de l'autre côté... en laissant les gens dans le flou. Ils (politiciens) sont versatiles et adoptent toujours une attitude de caméléon.

Quel rôle joue la politique dans une société démocratique ?

Si l’on reprend la fameuse définition d’Aristote stipulant que la politique c’est « la gestion de la cité », l’on peut rapidement comprendre que la politique n’est pas du n’importe quoi ni de l'enfantillage. Elle est le lien, la relation synergique existant entre les responsables, le citoyen et le peuple en vue de créer un climat serein et vivable; le noble moyen à travers lequel les structures étatiques prennent source et les relations diplomatiques sont possibles. On a même cru qu’à un certain temps, ce sont les grandes idées, la politique qui mènent le monde. De fait, la politique a une importance cruciale en matière diplomatique et même économique au niveau relationnel.

Par ailleurs, contrairement de l'avis des autres, la politique dans son sens propre est une chose noble en ce sens qu'elle organise le fonctionnement de l'Etat, elle permet le dialogue sincère et facilite les rapports étatiques, nationaux, internationaux et intergroupes. C'est donc grâce à cette dernière qu'on peut parvenir à une gouvernance efficace et efficiente. Elle tisse les liens diplomatiques et défend l’organisation collective des citoyens.

Personne ne doit donc en faire fi. Tout le monde a sa place. C’est l'affaire, l'implication de tous. Pas de question d'un petit groupe ni de l'élite. Tout homme, toute femme doit fortement s'y impliquer en respectant les prescrits de la loi, de la constitution.

À cet effet, il n'est pas normal de se comporter uniquement en spectateurs, en observateurs. Il faut s'impliquer, participer davantage aux choses de l'État, tout ce qui concerne le pays, la nation afin de participer aussi dans la construction et la gestion de la communauté. Donk, okenn peyi pap janm chanje sin pa  pran zafè politik li oserye ni san leta ak pèp la pa antann yo. Kèlke  swa sistèm politik ki adopte a, moun yo dwe enplike yo pou sa mache. Paske yo di souvan leta se nou tout, se pa sèlman chef yo.

 

Dans “Le savant et le politique", le sociologue émérite Max Weber met en évidence la prépondérance de l’État, le détenteur du pouvoir politique dans les sociétés modernes, en réfléchissant aux conditions qui permettent à l’action politique d’être conforme à sa vocation. Ce dernier cherche à distinguer les tâches historiques de chacune de ces deux fonctions dans une société gouvernée par la nouvelle forme gouvernementale qu’est l’État.

En quoi les partis politiques, les institutions (faculté...) peuvent-ils aider les gens au niveau de la formation ?

Les partis politiques, les facultés qui enseignent la politique, à cet effet, ont un rôle prépondérant et avant-gardiste à jouer en ce qui a trait à la formation des gens. Ils doivent les inculquer des notions de base jugées importantes, pour éviter toute équivoque, toutes idées préconçues qu’on peut faire de la politique, et même des politiciens sérieux qui accomplissent valablement leur tâche. D'ailleurs, c’est le rôle qu’incombe les partis politiques en matière de formation surtout pour les jeunes. Il est inconcevable de voir même des gens avisés croient que la politique de par elle-même est une mauvaise chose. Car, elle facilite ou crée plutôt : division, conflit, désaccord et mauvaise gouvernance... Les institutions, particulièrement les médias, grâce à leur écoute, détiennent le grand pouvoir d'informer et former les gens à travers des émissions orientées et bien ficelées.

Somme toute, il est un impérieux devoir pour qu’il y ait de bons partis politiques dans le pays, qui joueront correctement leur rôle, leur mission et qui soient capables d’orienter le peuple. Les groupes de référence, les associations, les organisations sociales, la société civile, les leaders  d’opinion, les Étudiants, etc. ont tous également leur partition à jouer. Et, comme le pense Dominique Wolton, les trois acteurs: hommes politiques, journalistes et l’opinion publique    qui ont la légitimité de s’ exprimer publiquement sur la politique, doivent justement se convertir en bon formateur en vue de réorienter le public afin de mieux embrasser, comprendre et apprécier la politique à sa juste valeur et comme science.

 

 

Jean Marc Sénatus

Communicateur social

 

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