La démocratie est-elle triomphante ?

La démocratie est l’idée politique la plus réussie du 20e siècle. Pourquoi piétine-t-elle maintenant, et qu’est ce qu’on peut faire pour la récupérer ?

Les manifestants qui ont renversé la politique d’Haïti, de l’Égypte, de l’Ukraine, etc. avaient de nombreuses aspirations pour leur pays. Leurs pancartes disaient qu’ils/elles voulaient des relations plus étroites avec les grands pays dits civilisés et champions de la démocratie, la fin du règne dictatorial et la mise en place d’un gouvernement propre pour remplacer la kleptocratie qui existait. Il faut noter que leur demande fondamentale est celle qui a motivé les gens pendant de nombreuses décennies à prendre position contre les gouvernements corrompus, violents et autocratiques. Ils voulaient une démocratie fondée sur des règles.

Il est facile de comprendre pourquoi les pays démocratiques sont en moyenne plus riches que les pays non démocratiques, sont moins enclins aux guerres civiles et ont un meilleur dossier dans la lutte contre la corruption.

Plus fondamentalement, la démocratie permet aux gens de donner leur opinion et de façonner leur propre avenir et celui de leurs enfants.

Le fait qu’une multitude de gens dans différentes parties du monde sont prêts à risquer beaucoup pour cette idée témoigne de son attrait durable.

Pourtant, ces jours-ci l’euphorie générée par les récents événements crée aussi de l’anxiété, vu qu’il y a une tendance troublante qui se répète de pays en pays et de capitale en capitale.

Les gens descendent en masse sur les places publiques. Les dictateurs et certains voyous sanctionnés par le régime souvent essaient de se battre, mais perdent toujours la bataille et leur sang-froid face à l’intransigeance populaire et la couverture de nouvelles mondiales. Le monde se réjouit de la chute du régime et veut aider à construire une démocratie. Mais souvent un autocrate apparait beaucoup plus facilement que la mise en place d’un gouvernement démocratique viable. Les nouveaux régimes trébuchent, l’économie devient de moins en moins robuste et le pays se trouve dans un état encore plus grave qu’avant. Les victimes du printemps arabe n’ont pas utilisé le paradigme des déboires d’Haïti pour éviter la catastrophe de la démocratie copiée/ collée. Ce qui est arrivé dans une grande partie du printemps arabe, et aussi dans la révolution populaire de 1986 il y a trois décennies. En 2004, M. Aristide a été évincé de ses fonctions par des manifestations de rue qui ont eu de l’ampleur au jour le jour. Cependant les politiciens de l’opposition qui l’ont remplacé se sont avérés tous aussi semblables en pensant « qu’ils pouvaient perpétuer les mêmes actions et obtenir des résultats différents ».

La chasse des autocrates

Entre 1980 et 2000, la démocratie a connu quelques revers et même après 2000, le système a échoué plusieurs fois dans les démocraties bourgeonnantes.

La démocratie traverse une période difficile. Après avoir chassé les autocrates, leurs adversaires souvent ne peuvent pas créer des régimes démocratiques viables. Même dans les démocraties établies, des failles dans le système sont devenues clairement visibles résultant en une désillusion politique. Pourtant, il y a quelques années, tout le monde pensait que la démocratie allait dominer le monde surtout après l’avènement de la globalisation.

Dans la seconde moitié du 20e siècle, beaucoup de systèmes démocratiques ont pris naissance dans des circonstances extrêmement difficiles – l’Allemagne, qui a été traumatisée par le nazisme, l’Inde, qui avait la plus grande population pauvre du monde et dans les années 1990, l’Afrique du Sud, qui avait été défigurée par l’apartheid. La décolonisation a aussi créé une multitude de nouvelles démocraties en Afrique et en Asie, et les régimes autocratiques ont cédé la place à la démocratie en Grèce (1974), Espagne (1975), Argentine (1983), le Brésil (1985) et le Chili (1989) et Haïti (1986). L’effondrement de l’Union soviétique a donné naissance à de nombreuses démocraties en Europe centrale. En 2000 « Freedom House », un think tank (entité dont nous avons grandement besoin en Haïti) américain, a classé 120 pays, soit 63 % du total mondial, dans la liste des pays démocrates.

Des représentants de plus de 100 pays se sont réunis lors du Forum mondial sur la démocratie à Varsovie cette année pour proclamer que « la volonté du peuple » était « le fondement de l’autorité des pouvoirs publics ». Un rapport publié par le Département d’État des États-Unis a déclaré après avoir constaté l’échec des formes autoritaires et totalitaires de gouvernement, « il semble que maintenant, enfin, la démocratie est triomphante. »

Une telle assurance était sûrement compréhensible après une telle série de succès. Mais avec un peu de recul, on peut voir que le triomphe de la démocratie paraissait plutôt inévitable. Après la chute d’Athènes, où elle a d’abord été développée, le modèle politique était dormant jusqu’au Siècle des Lumières plus de 2000 ans plus tard. Ce n’est qu’au 18e siècle que la révolution américaine a produit une démocratie durable. Au cours du 19e siècle, les monarchies ont mené un combat prolongé contre les forces démocratiques.

Dans la première moitié du 20e siècle, des démocraties naissantes se sont effondrées en Allemagne, en Espagne et en Italie. En 1941, il n’y avait que 11 pays démocratiques, et Franklin Roosevelt craignait que cela puisse ne pas être possible de protéger « la grande flamme de la démocratie contre les systèmes dits barbares ».

Les progrès réalisés dans la fin du 20e siècle ont régressé au début du 21e. Même si environ 40 % de la population mondiale, un nombre qu’on n’a jamais atteint auparavant, vivent dans des pays qui auront des élections libres et équitables cette année, le progrès global de la démocratie est en train de patiner, et peut-être même en marche arrière.

« Freedom House » estime que l’année 2013 a été la huitième année consécutive où la liberté mondiale a diminué, et que sa marche vers l’avant a culminé vers le début du siècle. Durant la période de 1980 à 2000, la cause de la démocratie a connu quelques revers, mais depuis 2000, le nombre d’échecs croît presque exponentiellement. Il faut comprendre que les problèmes de la démocratie sont plus profonds que de simples chiffres suggèrent. De nombreuses démocraties de par le monde sont vraiment des autocraties maquillées i.e. elles maintiennent l’apparence extérieure de la démocratie grâce à des élections, mais la faiblesse des institutions les rendent dysfonctionnelles, car ces structures sont également des aspects importants d’un système démocratique qui fonctionne.

Souvent on expérimente une euphorie démocratique après un triomphe du peuple, comme le renversement des régimes impopulaires au Caire, à Kiev et en Haïti pour ensuite revenir à un autocrate ou un kleptocrate élu légalement. En dehors de l’Occident, la démocratie avance souvent vers sa destruction.

Et au sein de l’Occident, la démocratie est trop souvent devenue synonyme de dette et de dysfonctionnement dont les tentacules impactent les néophytes de la démocratie occidentale.

La démocratie a toujours eu ses détracteurs, mais maintenant les vieux doutes actuellement prouvent que les faiblesses de la démocratie dans ses bastions occidentaux, et la fragilité de son influence ailleurs, sont devenus de plus en plus apparentes. Alors deux questions se posent, pourquoi la démocratie a perdu son élan ? Et encore une fois est-ce que la démocratie doit être un copier/coller comme on veut nous l’imposer ?

 

Les deux raisons principales sont la crise financière de 2007-08 et l’émergence de la Chine. Les séquelles de la crise ont été psychologiques aussi bien que financières. Elle a révélé des faiblesses fondamentales dans les systèmes politiques de l’Occident, ce qui compromet la confiance en soi qui avait été l’un de leurs grands atouts.

Pendant ce temps, le Parti communiste chinois a brisé le monopole du monde démocratique sur le progrès économique. Larry Summers, de l’Université de Harvard, observe que lorsque l’Amérique marchait à merveille, il a doublé le standard de vie à peu près tous les 30 ans. La Chine a doublé le niveau de vie à peu près tous les dix ans pour les 30 dernières années. Les élites chinoises affirment que le contrôle de leur modèle par le Parti communiste, couplé avec une vision continue de recruter des gens talentueux dans ses rangs supérieurs est plus efficace que la démocratie et moins sensible à l’impasse.

Le Sondage de Pew Global en 2013 a montré que 85 % des Chinois étaient « très satisfaits » de leur système, contre 31 % des Américains. Certains intellectuels chinois sont même devenus positivement vantards comme Zhang Weiwei de l’Université Fudan qui a déclaré que la démocratie est en train de détruire l’Occident, et en particulier l’Amérique, parce qu’elle a institutionnalisé l’impasse, banalisé la prise de décision et créé des présidents de second ordre.

L’avance de la Chine est encore plus palpable après une série de déceptions pour les démocrates depuis 2000. Le premier revers était en Russie. Après la chute du mur de Berlin en 1989, la démocratisation de l’ancienne Union soviétique semblait inévitable. Dans les années 1990, la Russie a titubé dans cette direction sous Boris Yeltsin. Mais à la fin de 1999, il a dû démissionner et remettre le pouvoir à Vladimir Poutine, un ancien agent du KGB qui a depuis été à la fois Premier ministre et deux fois président. Ce tsar postmoderne a détruit la substance de la démocratie en Russie, muselant la presse et emprisonnant ses adversaires, tout en préservant le spectacle, tout le monde peut voter, tant que M. Poutine gagne. Les dirigeants autocratiques d’Haïti, de l’Ukraine, de l’Argentine et d’autres pays ont emboîté le pas, perpétuant un simulacre perverti de la démocratie plutôt que de la faire disparaître complètement. Ainsi ils discréditent la démocratie davantage.

Et les néoconservateurs désillusionnés comme Francis Fukuyama, un politologue américain, déclarèrent que la démocratie ne peut pas implanter ses racines dans un sol rocailleux.

Tout cela a aussi démontré que le renforcement des institutions nécessaires pour une démocratie durable est un travail méticuleux, et a dissipé la notion populaire que la démocratie une fois que la graine est semée fleurira rapidement et spontanément. Bien que la démocratie puisse être une « aspiration universelle », comme M. Bush et Tony Blair ont insisté, il est une pratique ancrée culturellement. Les pays occidentaux presque tous ont étendu le droit de vote après la mise en place des systèmes politiques sophistiqués, avec des services civils puissants et les droits consacrés par la Constitution, dans les sociétés qui chérissaient les notions de droits individuels et des systèmes judiciaires indépendants. Encore une fois le copier/coller serait déjà voué à l’échec si on ne tient pas compte des moeurs, coutumes et la culture du récipient de la démocratie qui est plus près du solide que du liquide.

La démocratie délavée

Même dans son sein, la démocratie souffre clairement de graves problèmes structurels, plutôt que quelques maux isolés. Depuis l’aube de l’ère démocratique moderne à la fin du 19e siècle, la démocratie s’est exprimée à travers les États-nations et les parlements nationaux. Les gens élisent des représentants qui tirent les leviers du pouvoir national pour une période déterminée. Mais cet arrangement est maintenant sous l’assaut à la fois d’en haut et d’en bas.

D’en haut, la mondialisation a changé la politique nationale profondément.

Les politiciens nationaux sont devenus moins puissants, par exemple sur le commerce et les flux financiers, aux marchés mondiaux et des organismes supranationaux, le nombre de pays avec les banques centrales indépendantes, par exemple, a augmenté d’environ 20 en 1980 à plus de 160 aujourd’hui.

D’en bas viennent des défis tout aussi puissants : de soi-disant nations séparatistes, comme les Catalans et les Écossais, des États indiens, des maires des villes américaines. Tous tentent de reprendre le pouvoir des gouvernements nationaux. Il y a aussi une foule de ce que Moisés Naim, de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, appelle les « micro-pouvoirs », tels que les ONG et les lobbyistes, qui perturbent la politique traditionnelle et rend la vie difficile pour les dirigeants démocratiques et autocratiques semblables. L’Internet rend plus facile à organiser et à agiter.

La crise financière a nettement exposé les faiblesses de la démocratie financée par la dette

En même temps, les démocraties dans le monde émergeant ont rencontré les mêmes problèmes que ceux des pays riches. Eux aussi sont ivres de dépenses à court terme plutôt que d’investissement à long terme. Brésil, par exemple, permet aux travailleurs du secteur public de prendre leur retraite à 53 ans, mais n’a pas créé un système aéroportuaire moderne. Les États-Unis et la France n’ont plus leur vitesse d’antan. Même au sein de l’élite capitaliste, le soutien à la démocratie s’effiloche : les magnats des affaires indiennes se plaignent constamment que la démocratie chaotique de l’Inde produit une infrastructure pourrie pendant que le système autoritaire de la Chine produit des autoroutes, des aéroports étincelants et des trains à grande vitesse.

C’est pas la première fois que la démocratie est en péril. Dans les années 1920 et 1930, le communisme et le fascisme ressemblaient aux systèmes de l’avenir. Lorsque l’Espagne rétablit temporairement son gouvernement parlementaire en 1931, Benito Mussolini a comparé cet acte comme abandonner l’électricité pour revenir aux lampes « Têt Gridap ». Au milieu des années 1970, Willy Brandt, ancien chancelier allemand, eut à déclarer que « l’Europe occidentale n’a que 20 ou 30 ans de la démocratie gauche en elle ; après cela, il va glisser, avec son moteur en panne et sans secours dans la mer environnante de la dictature ».

Donnons du temps au temps et évitons le copier/coller.

Une démocratie correcte

La chose la plus surprenante chez les fondateurs de la démocratie moderne, tels que James Madison et John Stuart Mill, c’est qu’ils étaient incrédules. Ils ont considéré la démocratie comme un mécanisme puissant, mais imparfait : quelque chose qui devait être soigneusement conçue, afin d’exploiter la créativité humaine, mais aussi pour vérifier la perversité humaine, puis à maintenir en bon état de fonctionnement, constamment huilé, ajusté et travaillé pour promouvoir le progrès. La raison pour laquelle tant d’expériences démocratiques ont échoué récemment est qu’ils mettent trop l’accent sur les élections et trop peu sur les autres caractéristiques essentielles de la démocratie.

Les constitutions robustes favorisent non seulement la stabilité à long terme, ce qui réduit la probabilité que les minorités mécontentes prennent les rues contre le régime. Ils renforcent également la lutte contre la corruption, le fléau des pays en développement.

À l’inverse, le premier signe que la démocratie naissante se dirige vers les rochers est le fait que souvent les dirigeants élus tentent de miner les contraintes de leur pouvoir, souvent au nom de la règle de la majorité.

Haïti

Vu que nous avons toujours été le porte-étendard des mouvements sociaux du monde tels que les droits humains (Constitution de 1805 où tous les humains, blancs, noirs, rouges ou jaunes étaient vraiment égaux) etc.

pourquoi ne pas nous approprier des prototypes de démocratie préétablis de par le monde pour créer un système propre quasi parfait.

Les sept piliers requis pour établir une démocratie forte en Haïti :

1) Rédigeons une nouvelle Constitution robuste

2) Créons un plan directeur ayant un plan Marshall, un plan agricole, un plan de développement urbain et rural.

3) Créons un système légal haïtien en fusionnant des lois du système gréco-romain et celles du Common Law afin que notre Système judiciaire devienne l’un des plus robustes.

4) Revisitons notre Système éducatif sans faire des activités démagogues ou des campagnes médiatiques.

5) Créons des emplois dans les dix départements du pays.

6) Plan de déménagement/relocation des gens vivant dans les zones à haut risque.

7) Retournons à un système semiprésidentiel avec un Vice-président au lieu d’un Premier ministre.

 

Jacques Alix Louis

Chercheur et professeur

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