Quand l’histoire d’Haïti saigne aux quatre veines

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Comment chanter et comment même vivre, dans une société sans paroles, sans presse, sans art, sans tribune, sans littérature, sans travail, sans morale, sans idéale et sans âmes ? Le XXIe siècle haïtien peut-être considéré comme le siècle le plus anguleux et avilissant de l’histoire de ce pays, l’arbitraire emporte sur les normes républicaines, les Haïtiens deviennent un peuple trias, dénigré et humilié partout. « Pito nou lèd nou la » constitue le credo maléfique qui le prive de tout idéal de vie et les écarte de leurs responsabilités et de leur engagement pour le pays.  Tout en se référant à quelque textes historiques qui couvrent notre réalité, les réflexions que nous produisons à travers cet extrait partant d’un constat largement partagé, quant à l’impératif de reconfigurer l’architecture administrative de notre chère Haïti.

Haïti, un pays qui souffre et trépasse dès son départ

Au lendemain de 1804, tout n’était pas si facile. Haïti a été considéré comme une fatalité sous les yeux des puissances colonisatrices états-uniennes et celles européennes. Ces dernières ont tout fait pour la prostrée du fait qu’elle a mis en déroute l’ordre mondial. Après son indépendance, aucune des grandes puissances ne voulait la reconnaitre comme un pays libre et souverain, un véritable refus diplomatique fut organisé, car non seulement la résistance haïtienne a représenté une énigme pour les puissances coloniales et esclavagistes, mais aussi, cette indépendance proclamée par ces « va-nu-pieds » constituait une menace pour les Métropoles. Il fallait donc tout faire pour mettre sur silence cet évènement afin d’éviter que cette révolution d’esclaves ne serve de modèle  aux autres pays colonisés de la caraïbes et du reste du monde. Pour cela, on a utilisé des moyens d’effacement direct ou de banalisation (Trouillot, 1995).

       Après l’indépendance d’Haïti en 1804, l’entente historique conclue pour la gérer a eu la vie courte. L’Élite et la Masse avaient des opinions divergentes de l’État- nation, elles n’avaient pas une perception symbiotique de la vie.  Jean Roger Petit-Frère souligne dans son livre « La renaissance d’Haïti  1804 –1843, manuel d’histoire d’Haïti » que le problème fondamental qui a dominé la genèse de l’État haïtien de 1804 était d’ordres idéologique, politique et économique.

Donc, le plus grand problème du pays était à l’intérieur. La perception des deux groupes (les mulâtres et les noires) ne pointait pas vers le même horizon, ce qui allait accoucher trois grandes idéologies: tout d’abord, l’idéologie libérale assimilationniste soutenue par les mulâtres, particulièrement Pétion et certains d’autre dans le Sud; l’idéologie Nationalisme, radicalisme ou l’idéologie créole soutenue par J.J. Dessalines, Christophe et quelques autres généraux, enfin l’idéologie coutumière ou la vision de la grande masse.

Les assimilationnistes (conservateurs), voulant revivifier les mêmes pratiques de leurs pères  européens et bâtir une Haïti à l’image de la France,  s’opposaient à toutes pratiques culturelles et ancestrales (le vaudou comme exemple) et s’approprient des biens vacants. Les Noirs (rénovateurs) descendants d’Afrique majoritairement, se battaient pour la répartition équitable des biens et aussi pour rétablir le vodou comme tissu ancestral qui, selon eux , relie les  différentes ethnies de l’Afrique au nouveau monde. L’écrivain haïtien Laennec HURBON a bien expliqué dans un chapitre intitulé « Le vodou dans son cadre historique, économique et social », que les structures sociales du pays correspondent fondamentalement, à celles de la période coloniale. Ce qu’il qualifie de « similitude étonnante ».

Ces deux groupes (les conservateurs et les rénovateurs), alimentés par une tendance bipolaire, un sentiment d’européanité et de non-européanité, devaient, en toute urgence, fonder à leur manière l’État nation. Comme en majeure partie, les visions communes n’ont pas été partagées, cette divergence idéologique va tragiquement avorter en 1806 le projet salvateur dont le Père de la patrie en fut le porteur.

L’assassinat de Jean Jacques Dessalines, il s’agit d’un événement de grande signification, car la dissolution de cette alliance, par suite de contradiction de classe, a été accompagnée d’une dérive politique et culturelle, élargissant ainsi le fossé entre la classe dominante qui s’était donnée une vocation européenne et la masse des anciens esclaves qui, pour survivre ont dû mettre au point un système de marronnage  économique, politique , social et culturel (FRANÇOIS H. et ANSELME Remy, 2000). 

Comme le pouvoir est toujours à prendre, deux (2) groupes vont s’opposer pour le conquérir après la mort de J.J. Dessalines. Ce qu’il faut retenir, c’est que, bien avant toute analyse sur sa perception des choses, Pétion avait, par son profil académique, le mérite de diriger tout le pays parce qu’il était plus ou moins formé que les autres. Mais dans l’exercice de la prise du pouvoir, certains axes lui manquaient. Ce qui lui obligeait de programmer une guerre tout de suite après l’assassinat du père de la nation (La bataille de Sibert, Janvier 1807). Christoph, de son côté, se croyant maîtriser une grande partie de l’échiquier, va être dupé par le machiavélisme de Pétion. 

Qu’est-ce qui va se passer?

L’idéologie assimilationniste démocratique va s’étendre sur l’Ouest et le Sud, et l’idéologie nationalisme va s’étendre sur le Grand Nord du pays. Une division systématique pointe sont doit.

Paraphrasant l’historien David PLACIDE,  Pétion a construit  « une république de Camarade » et laisse comme héritage, une culture « laisser-faire » qui perdure encore dans le temps. Pendant 36 ans de règne, Pétion et Boyer  ont laissé un système de racisme à rebours, sans vision de l’avenir. Pendant que le Nord, dans un premier temps, sous le gouvernement de   Christoph se progresse et prend, de plus en plus une extension considérable.

Après le suicide du Roi Henri Ier en 1820, le pays est unifié sous l’obédience de la république de l’Ouest. Mais, durant tout le règne de Boyer, le pays souffre tout entier d’une  carence d’humanité, l’absurdité et le « rien du tout » prennent le dessus.  Comme conséquence, l’État d’Haïti va devenir un vaisseau fantôme habité par la volonté d’un corpuscule blanc qui se fait passer pour Haïtien afin de trouver la légitimité de leurs actes et aussi pour garantir la sécurité de quelques négoces. Et, pour faire valoir son ambition, ce petit groupe engrène l’État dans une sorte d’aliénation politique[1], ce qui va donner à cette minorité la mainmise sur presque tous les domaines de la vie nationale : les banques, les terres, les douanes, le droit à l’importation et le commerce[2].

La masse, soit la majorité de la population, paie seule comme une dette, le fardeau de l’indépendance, le fardeau de l’étiquette de la liberté. Leur présent reste muet. Elle n’a toujours pas d’accès à la perception de l’avenir. Privée de tout (santé, éducation, sécurité et tous les autres éléments qui constituent les besoins d’un peuple), la masse vit toujours dans la condition la plus déshumanisante que l’on pourrait imaginer.

    Pendant tout le XIXe siècle et le XXe  Haïtien, le pays était, en quelque sorte, sans défense intérieure et extérieure, il était victime de toute tentative, de toute manœuvre et de tout acte d’extermination, que ce soit à travers des évènements et par d'autres manœuvres (affaires Villat, Luders, etc.). En 1825 par Charles X, la France la réclama  une somme de 150 millions de franc-or, ce qui valait dix fois plus de son budget et encore d'autres exigences douanières. Enfin Haïti a fini par payer plus que  le double de la valeur réclamée par les Colons.                                                                                                                                                                         

 Delorme, dans le livre « l’indépendance d’Haïti et la France » (1840-1882/1883) explique comment nous avons payé lâchement l’indépendance du pays en argent et en sang, une dette qui a gravement endommagé la capacité d’émergence du nouveau pays indépendant et qui est, en quelques sorte, responsable de la déchéance d’Haïti.  Au début du XXe siècle pendant que les grandes puissances européennes se livrent dans la guerre, les Américains débarquèrent en pleine violation du Droit international. Ils instaurent leur hégémonie dans le pays pendant 19 ans, et détruisent la force morale, intellectuelle et économique du pays. Cette occupation laisse de grands handicaps dans l’esprit de nos  citoyens et les plonge dans une « pauvreté anthropologique ». On entend par la pauvreté anthropologique: « tout moyen qui consiste à dépouiller l’être humain non seulement de son avoir, mais aussi tout ce qui constitue son être et son essence : son identité, son histoire, son enracinement ethnique, sa langue, sa culture, sa foi, sa  créativité, sa dignité, ses ambitions, son droit à la parole » (A.Ngindu Mushete)

 L’État haïtien, un État sous l’emprise des ténèbres

         Dans les années 1901 Justin Dévot, l’un des grands doctrinaires de la Génération de la Ronde, dans ses réflexions sur la situation de décadence et l’effondrement de la société haïtienne, souligne à travers les ouvrages suivants : « le travail intellectuel et la mémoire sociale ;  l’état mental de la société haïtienne », les imperfections de notre société au point de vue de sa constitution psychologique nous invitent à scruter les causes qui font de notre pays ce qu’il est actuellement. Cette réflexion, souligne-t-on, devrait impliquer un sentiment subversif bourré d’orgueils nationaux.

En souvenance, il faut avouer que ce siècle a été une dénégation de culpabilité pour la majorité des jeunes étudiants et de la classe prolétarienne face à l’imbroglio du pays. Ce qui allait pousser une grande quantité de la population à rejoindre le mouvement   Firminisme, un mouvement qui a été créé après le vote de censure que le parlement a donnée au gouvernement de T. Simon Sam dont Antenor Firmin, en faisait partir.

Se méfiant d’un modèle d’Etat fondé sur l’exploitation, la discrimination et l’exclusion, ce mouvement se veut l’intégration et l’émergence de la jeunesse et de toutes les autres couches de la société dans la vie politique du pays. Ils ont été  parfaitement stipulés en vue d’éradiquer les bévues du  passé  et de travailler pour la prospérité de ce pays glorieux. (L’idée du Professeur Michel Soukar).

 Les levées de boucliers de différents groupements de la vie nationale furent, à cette époque, les preuves qui traduisaient la rupture entre le peuple (la masse) et le système politique de l’époque (un système qui ne garantissait que l’inégalité, la dictature maquillée, l’exploitation à outrance du pays) pour construire l’État nation qu’on a raté en 1804, une nation  juste, souveraine et indépendante.

Après  plus d’un siècle, Haïti continue à faire face à des défis qui prévalent son existence et hypothèquent l’essence même de sa souveraineté. Malheureusement les Haïtiens n’ont pas su apporter une contribution constructive et opérationnelle qui pourrait répondre aux exigences du pays. Haïti n’arrive pas à améliorer les conditions existentielles de ses fils et filles, les élites politiques et économiques du pays ne priorisent aucune démarche  collective pouvant apporter un peu de mieux-être à l’endroit de toute la population. Les hommes qui briguent le fauteuil présidentiel n’ont qu’un seul objectif: « piller le pays pour évaser leurs pécuniaires en banque étrangère ». Le pays devient une nouvelle forme de colonie assujettie aux directives des métropoles.

Au cours des émeutes du février 1986 qui ont accouché la chute du régime duvaliériste, le peuple haïtien, harassé de subir la répression et l’injustice, a pu se démarquer de l’ornière dans laquelle il patauge, cependant, le départ de Duvalier n’était pas anodin, ce n’était pas une révolution soudaine. Le mécontentement de la population envers ce régime de répression était vraiment accru (ce fut l’un des régimes dictatoriaux le plus sanglants de l’Amérique après celui de Pilochet, au Chili). Toutefois, l’aspiration du peuple à se divorcer de ces pratiques qui faisait obstacle à la dignité humaine était sans équivoque.

Malheureusement, l’événement de 1986 n’était pas la fin du régime, on va assister à une autre forme de Duvaliérisme sans Duvalier et, le résultat après 35 ans n’est que la continuité des mêmes pratiques, de la même culture et de la même réalité.  

Sans aucun scrupule, des hâbleurs politiques, en affinité avec certains nantis de la vie nationale, laissent plonger le pays dans une rechute. La démobilisation des Forces armées D’Haïti (FADH) au profit d’une intervention étrangère le 19 septembre 1994 en est l’illustration probante. En réalité, cette démobilisation a affecté tous les organes vitaux du pays. L’insécurité foncière, la prolifération des gangues deviennent une nouvelle réalité dans l’actualité du pays. Ce qui renforce totalement le pouvoir économique et politique d’une minorité de la population contre le reste.

Haïti devient le pays le plus inégalitaire du continent. La Professeure Marie Meudec dans son éditorial « Corps, Violence et politique en Haïti » et le démographe Dr Emmanuel ADE, présentent le tableau sombre et révoltant de la réalité qui existe entre les (prétendus) riches et les pauvres dans le pays. Ainsi, soulignent-ils que 4% de la population possèdent 66% des ressources du pays, 16 % disposent 14% des ressources, 70% disposent 20 % et 10 % n’en disposent pratiquement rien, ces données attestent la dictature néolibérale, l’hégémonie et la colonisation interne en Haïti.

Si l’on se réfère au livre « Du Nouveau contrat social »  de J.J. Rousseau, l’on comprendra alors que l’État devrait être un organe régulateur qui est là pour protéger les plus faibles contre les plus riches. Malheureusement l’État haïtien ne partage pas ce principe, au contraire il enrichit les plus riches au nom des pauvres. Ce que le poète Apollon Pascal qualifie dans le Slam « Génération Jacques Stephen Alexis »  de « l’État bourgeois ». Et, cette réalité perdure et dupe toute l’histoire dans son actualité.

                  En 1986, après la chute de l’idéocratie duvaliériste, l’État n’a pas changé. On va assister, cette fois, à une forme d’enlisement de transition au profit des gouvernements sans vision et sans culture. Des gouvernements toujours caractérisés par la corruption et la violence (en majeure partie). Les institutions dites morales sont en faillites, l’incompétence administrative, l’instabilité chronique sont devenues vertueuses. Conséquences : le peuple s’engonce dans une méfiance de tout pouvoir de nature « totalitaire » alimenté  par une démon-cratie (un monstre légitime qui dévore le peuple) et une pauvreté anthropologique3 qui le ronge.

 Le peuple (le petit peuple) se plonge dans l’abime de l’irrationnel et ne sait pas à qui faire confiance. Son estime se dégrade de temps à autre. Il ne sait même pas qu’il ne sait rien de ce qui se passe.

Les dirigeants n’incarnent plus la force morale, ce qui devrait servir de sève en temps de drame et de détresse. La société se décompose ; une crise morale généralisée. Par ailleurs, « l’appétit de pouvoir » devient un critère qualificatif pour tous ceux qui souhaitent se tailler une place importante dans les fonctions publiques. Être dépourvu du sens du bien commun, d’humanité et du devoir, c’est-à-dire être sans scrupule, sans pudeur et sans moralité sont les qualités requises pour être un leader d’une renommée national.

La période poste-duvaliériste peut être classée comme celle où le verdict d’un peuple innocent est prononcé. Après 35 ans un Haïtien est deux fois plus pauvre qu’en 1986, tous les indicateurs économiques sont à rebours. Selon un rapport de l’OCHA environ 4.5 millions d’Haïtiens sont dans l’extrême pauvreté. Pourtant, malgré cette catastrophe il n’est pas étonnant de parler de l’abondance relative. Haïti est l’unique pays du continent américain où une minorité  de la population contrôle plus de 50% du revenu national. L’économiste  Fritz Alphonse JEAN, dans le livre Haïti, une économie de violence explique que l’État du pays se trouve sous l’emprise d’une violence interne alimentée par trois secteurs : le secteur traditionnel des affaires, les entrepreneurs politiques, et les grands commis de l’État, tels que: les ministres, directeurs généraux, etc. Sur ce, nous pouvons ajouter un quatrième mousquetaire qui est l’Église catholique. Celle-ci contrôle aussi un pourcentage considérable du budget national. Ces mafieux gangrènent l’Etat, et font tout ce qu’il faut pour entraver le salut du peuple.

Aujourd’hui, malheureusement les Haïtiens n’ont pas encore décidé de changer l’état de l’État, ils se croient toujours incapables de résoudre les problèmes du pays, développent un sentiment « Blancomanie aveuglant » et pensent que les solutions d’Haïti doivent venir des Blancs. Et quant à eux, ils sont impuissants pour les résoudre. Les uns se méfient aux autres. Ils digèrent très mal les divergences d’opinions.

Haïti se trouve dans une impasse terrible et fragile. Malgré les grandes difficultés qui rongent le pays, les Haïtiens ne peuvent pas se mettre ensemble, ils préfèrent plutôt s’ expatrier à tous les coins de la planète à la recherche d’un peu de mieux-être. Cela plonge le pays dans une indignité et une dépendance honteuse.

La souveraineté d’Haïti est totalement piétinée par des clans  (l’international, le CORE GROUPE, le G9, 400 MAWOZO, la présidence, etc.) Le pays est détourné de sa trajectoire de pays libre, souverain et garant de la liberté de tous.  Aujourd’hui, Haïti fait partir des pays où tout est désacralisé. La liberté haïtienne est emprisonnée, l’État devient un foyer de bandits, la corruption est la noblesse nationale. Comment prêcher la vie dans un pays mort, tué par la complicité de ses propres fils?

Après la chute de Duvalier, toute une chaine d’Haïtiens se croyaient pouvoir enfin prendre le gout de la vie, le gout de la liberté et le gout de l’affirmation de soi, malheureusement chaque gouvernement qui succède, engonce le pays dans un conservatisme de bassesse et d’ignominie. Plus rien n’est en priorité.

Chaque élection présidentielle organisée en Haïti donne naissance à une tête nouvelle, souvent venue de nulle part. Le destin du pays se place dans le hasard. S’il faut illustrer: En face de L. M. Basin (un homme politique expérimenté de l’époque), s’élève un Aristide (un prêtre catholique), à la place du professeur Manigat se trouve un Préval, en face de la professeure Mirlande s’élut un Martelly communément appelé « Sweet Micky, et plus tard Tèt kalé »,  à la place du politologue Sauveur Pierre Étienne, se trouve un Jovenel (Nèg bannann Lan). Le hasard occupe une grande place dans la poursuite de la vie politique en Haïti. Mais, à quel point pourrait-on être insensé de croire que le succès dépend  d’un tirage  qui se fait entre « le moins mal, le mal et le pire », pendant que l’on exclut le bien?

 

 

Pérenniser l’informel ou bâtir l’utopie?

Les circonstances de la vie et le chemin du destin nous conduisent souvent au carrefour où s’entrechoquent les évènements qui participent à construire l’histoire et font de nous des témoins privilégiés de ce que sera l’avenir.

La réalité que vivent les Haïtiens dans le temps actuel prédit tous les fléaux de l’humanité et traduit le résultat d’un peuple en voie à la disparition. Et pourtant, notre histoire, avec toute la légende qu’elle porte, nous dit une autre chose.

Il n’est pas sans intérêt de citer maintes fois le nom de Duvalier dans cette réflexion puisque cette dynastie a donné une autre allure à la scène politique du Pays.

Parmi tous les régimes et idéologies politiques, les plus connus qui ont dominé le temps et les espaces, il faut avouer qu’Haïti ne s’identifie pas formellement à travers l’un d’entre eux. Elle s’est détournée de l’ordre mondial et se crée un Etat fantoche rempli de haine, de désespoirs et de peur. Faute de lampe magique, tous les programmes politiques du pays se sont bifurqué vers le « déjà-là » et le « n’est pas encore ».

Après 1986, l’élite politique du pays, à l’exception des Macoutes, se mettait d’accord pour sauver le pays. Le temps n’inspirait qu’une chose : « divorcer avec la dictature ». La plus grande preuve que cette rupture a inspirée était l’adoption d’une nouvelle constitution (la constitution de 1987, rédigée  quelques mois après le départ de Duvalier). Celle-ci devrait, de façon générale, apporter l’air démocratique dans le climat politique  du pays.

Par contre, si l’on regarde de plus près, l’on comprendra que la tentative de démocratisation du pays n’était qu’une démarche entreprise par les plus intelligents de l’époque dont leurs plus grands soucis étaient de donner à nouveau, naissance à une oligarchie mulâtre afin d’exercer la dictature sous une autre forme. On ne fait que suivre des traces.

En deux occasions (1994-2004), en plein exercice de la démocratie, l’étranger a été invité à intervenir sur le sol de Dessalines, à l’invitation de l’État haïtien lui-même. À rappeler qu’après le départ de Duvalier, les nouveaux Macoutes se sont engagés seulement à passer de la pauvreté à la misère. Irresponsables, incompétents, hypocrites et sans convictions, les présidents qui siègent sous l’égide de la démocratie ont trahit tour à tour, le peuple et la  race en général.

Depuis le départ de Duvalier, tous les gouvernements fredonnent une seule chanson : « la masse mérite une vie décente ».  Cependant, si l’on regarde de plus profond, l’on comprendra alors que c’est le même Duvaliérisme qui poursuit son Chemin. Duvalier a utilisé la masse en les faisant sentir qu’elle est indépendante. Et, les autres gouvernements qui le succèdent  s’adressent à la même clientèle et utilisent les mêmes fantasmes des masses populaires. Sous des autres formes.

Il est des moments où nous faisons l’histoire et d’autres où c’est l’histoire qui nous fait. L’actualité d’Haïti s’échappe de toutes analyses rationnelles et de toutes réflexions scientifiques et politiques. Les dirigeants s’entretuent (l’État s’entretue). Le peuple, la véritable victime, doit finalement se surveiller contre, la misère qui bat son plein dans le pays, contre les nouveaux bandits (les employés de l’état), contre les catastrophes humaines et naturelles et surtout contre l’État. Car, quand l’état a faim, il mange le peuple, mais hélas, quand la terre a faim, elle mange une partie de l’État. Ce que l’on n’a pas encore vu dans les annales liturgiques de l’existence.

L’histoire est une bonne chose, mais qui nous saigne parfois.

 

      MICHEL Altès D.

Étudiant finissant en tourisme, activiste culturel

 

              SINOBLE Frantz

 Étudiant en économie, activiste politique

 

 

 BIBLIOGRAPHIE

  1. FICK Carolyn E. (2017), Haïti, Naissance d’une nation, Edition de l’université d’État d’Haïti, Port-au-Prince, 537p
  2. Dr. Jean Price-Mar, (1919), La vocation de l’Élite,
  3. PETIT –FRÈRE Jean Roger, (2018) La Naissance D’Haïti 1804-1843
  4. WESNER Emmanuel, (….), Saint–Domingue Redevient  Haïti
  5. LORQET Joël, (2013, Christianisme et culture; points de vue d’un réaliste Haïtien, Port-au-Prince, Media texte, 141 p.
  6. DAVILMAR Jose Joachin, (2016), La Saga Haïtienne à la loupe d’un candidat Edition Nemours, canada, 200 p. 
  7. Louis Joseph Janvier, (1882), Les Détracteurs  de la race noire  et de la  République D’Haïti.
  8. Demesvar Delormeles, (1870),théoricien pouvoir
  9. ALFRED Mentor, (2009), L’haitiannité; Inextricable Cheminement d’une Nation Récalcitrante. 210 p.
  10. TOUSSAINT Hérold, (2015), Le courage de vivre en Haïti au XXIe siècle, la vocation de l’université Citoyenne. 228p.
  11. Bestgen Charles (….), L’ingérence de la communauté internationale dans les élections présidentielles (2006, 2010,2016)
  12. [1]Selon Carl  Marx, l’aliénation politique  vient du fait que la classe possédante (la bourgeoisie) s’empare du pouvoir politique et utilise l’Etat comme instrument de domination de la classe prolétarienne. 

[2] Lescot 1942 a donné le Droit aux étrangers d’importer et exporter, ce qui ruine les paysans. Nous vous suggérons de lire le livre d’Alphonse  Jean «  Haïti, une Economie de violence ». Il présente un ensemble des secteurs qui contrôlent la vie politique et économique du pays. 

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