RTPacific Contact Avis
 
27.05° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Séisme du 14 août 2021 : un mois après, le tableau est encore très sombre

Séisme du 14 août 2021 : un mois après, le tableau est encore très sombre



Dévastée par un séisme de magnitude 7.2 le 14 août 2021, la région sud d’Haïti se trouve, un mois après, dans une situation alarmante. Les cris d’alarme pleuvent de partout, les sinistrés sont aux abois, alors que l’État est quasiment absent en termes d’assistance humanitaire.

Déjà un mois s’est écoulé depuis que les départements des Nippes, du Sud et de la Grand-Anse ont été frappés par un séisme de magnitude 7.2 sur l’échelle de Richter. En effet, le samedi 14 août 2021, vers 8:30 du matin, plusieurs communes de ces départements ont connu un moment cauchemardesque. En une cinquantaine de secondes, la terre a tremblé et a fait des dégâts énormes. Des vies sont emportées ; des dizaines d’années d’efforts se sont anéanties à cause des maisons détruites et des patrimoines socioculturels se sont volatilisés. La région est plongée dans une précarité sans précédent.

À date, le bilan partiel des victimes s’élève à 2 248 morts, 329 disparues et plus de 12 700 blessés selon les responsables de la protection civile. Outre les pertes en vies humaines, environ 53 000 maisons ont été détruites et 77 000 autres endommagées. Un bilan qui est loin de refléter la réalité aux yeux de plus d’un; car jusqu’à cette date, certaines localités éloignées sont encore inaccessibles aux enquêteurs et certains cas ne sont pas déclarés affirment certaines autorités locales dont la mairesse de Camp-Perrin, Fénicile Massius.

Par ailleurs, des milliers de sinistrés occupent des camps, les hôpitaux sont encore à pied d’œuvre et la coordination gouvernementale des aides humanitaires se fait encore attendre. Des organismes privés, des congrégations religieuses et des volontaires apportent, malgré insuffisante, de l’assistance humanitaire aux victimes en absence de l’État.

En termes d’intervention post-sismique, la première étape de sauvetage a été bouclée la semaine écoulée. Depuis, les opérations de démolition ont été démarrées. Des agents du ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales (MICT) identifient des maisons à démolir d’une marque rouge, celles qui méritent d’être réparées d’une marque jaune et d’une marque verte celles qui, selon les inspecteurs, sont intactes. Ainsi, les Forces armées d’Haïti (FADH) et des agents du ministère des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC) ont déjà démoli plusieurs bâtiments dans le département du Sud, dont des écoles, des églises et des maisons privées. La caravane de démolition continue ; la métropole du Sud est défigurée alors que les chantiers de reconstruction sont encore inexistants. Il faut souligner que selon une note communiquée par les autorités municipales des Cayes, aucune activité de réparation ou de reconstruction n’avait été autorisée avant le 14 septembre, soit à un mois juste du passage du séisme.

Quant à la reprise des activités commerciales dans la troisième ville du pays, la situation est inquiétante un mois après le séisme. Certains stocks de produits sont épuisés ; ce qui a fait grimper quelques prix, notamment ceux de quelques boissons. Une bouteille d’eau se vend jusqu’à 50 gourdes dans certains endroits, une bouteille de prestige est à 125 gourdes et le sachet d’eau à 5 gourdes l’unité. Les prix des produits vivriers sont aussi à la hausse dans les marchés publics. Par ailleurs, certaines entreprises commerciales fonctionnent au ralenti. D’autres tardent encore à redémarrer.

Qu’en est-il des aides humanitaires ?

Depuis après le séisme, les congrégations religieuses, des organismes privés et des ménages volontaires sont les seuls à apporter, jusqu’à date, de l’assistance aux sinistrés. C’est le cas de la communauté des Salésiens de Don Bosco dans le Sud qui est déjà à trois séries de distribution. Le directeur de cette communauté, révérend père Cazy Guilteau, affirme avoir déjà assisté environ 2 500 victimes. La dernière distribution a été réalisée le 11 septembre dernier en partenariat avec la fondation Tzu Chi.


La communauté des Filles de Marie Auxiliatrice, de son côté, a déjà assisté près de 2 000 sinistrés en trois distributions selon la directrice de l’œuvre, Sœur Aline Nicolas. Malgré son école complètement détruite, elle se montre très préoccupée par la situation des sinistrés et lance un cri d’alarme aux bienfaiteurs en vue de continuer à assister les victimes. « Nous n’aimerions pas les garder dans un assistanat continu, mais pour le moment ils sont vraiment dans le besoin » désole sœur Aline. Parallèlement, la fondation Tzu Chi est l’un des organismes internationaux les plus actifs dans la métropole du Sud cette dernière semaine. Elle a, en effet, distribué en partenariat avec des institutions locales des sacs de riz et d’autres kits alimentaires à des milliers de victimes.

La situation n’est pas trop différente dans les autres communes. L’État est quasiment absent en termes d’assistance humanitaire. Seuls des organismes privés et des organisations non gouvernementales font quelques distributions. La mairesse de Camp-Perrin, Fénicile Massius, déclare que des représentants de l’État l’ont seulement contactée dans le cadre d’une enquête. « Si rien n’est fait dans les prochaines semaines, certains habitants mourront de faim », a-t-elle renchéri. La mairesse souhaite toutefois que ce retard constaté en ce qui concerne les interventions de l’État soit pour une bonne cause. Elle dit s’attendre à des interventions d’envergure.

Toutefois, les opinions ne s’alignent pas sur la coordination gouvernementale des aides humanitaires. Certains citoyens estiment que cela fait perdre du temps alors que les victimes souffrent. Les autorités locales, de leur côté, croient que c’est une bonne décision, mais critiquent la lenteur des autorités gouvernementales. « Il faut que les aides arrivent aux plus nécessiteux et le plus vite possible », déclare le maire de la commune de Cavaillon Jean Mary Naissant. Il dit n’avoir rien reçu de l’État jusqu’à présent. La mairesse de Camp-Perrin, Fénicile Massius, pour sa part, appelle les responsables à tirer leçon des expériences faites en 2010 pour éviter le gaspillage pendant que la population est dans le besoin.

À trois semaines de la rentrée scolaire

Face à la situation accablante de la région sud du pays, la rentrée scolaire annoncée pour le 4 octobre est encore dans l’impasse. Des directeurs d’école dont leur établissement est totalement détruit ou lourdement endommagé sont préoccupés par cette date. Des constructions, malgré provisoires, à refaire ; des réhabilitations à envisager dans certains cas ; cela, ajoutées aux préparatifs académiques ; tout parait évident que cette date ne sera pas respectée. La directrice de l’École Notre-Dame du Perpétuel Secours des Cayes, Sœur Aline Nicolas, souhaite revoir les élèves reprendre le chemin de l’école pour essayer d’oublier le cauchemar du 14 août 2021, mais s’inquiète des défis qui l’attendent. C’est le même cas de figure pour 80% des écoles de la ville.

Du côté des parents, la situation est encore plus difficile. Dormant dans la rue depuis le tremblement de terre, la situation se complique pour plusieurs d’entre eux. C’est le cas de Sirienne Calixte, vivant dans la rue avec ces cinq enfants, qui dit ne pas savoir à quel saint se vouer pour envoyer ses enfants à l’école cette année, voire en moins de trois semaines. Elle lance un cri d’alarme aux autorités étatiques pour voler au secours des parents sinistrés dans le cadre des préparatifs scolaires.

Le séisme du 14 août 2021 a, selon des citoyens, envenimé les plaies laissées par le cyclone Matthew en 2016. Si dans cinq ans les séquelles notamment économiques du cyclone étaient encore criantes, plus d’un se questionnent : « en combien d’années la région sud, particulièrement la ville des Cayes, pourra sortir de ce marasme » ?

Edver Serisier




Articles connexes


Afficher plus [8272]