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Qui a parlé de révolution ?

Qui a parlé de révolution ?



Un mort par ci, une famille forcée de quitter son domicile par là, l’actualité douloureuse de la Covid-19, ce sont autant de fragments qui alimentent ce terrible mal de vivre en Haïti actuellement. On est loin et même nostalgique de la dérive anarchiste - porteuse d’espoir tant de fois -post-dictature. À l’époque, il y avait comme un pacte entre Haïtiens qui permettait le rêve, même maladroit. De l’eau furieuse a coulé dans les rues depuis. Nous avons appris, trébuché et sombré presque en 2021. Contrairement aux idées que nous avions tous chéries et défendues, la révolution ne peut pas se faire en élisant quelques parlementaires, en persécutant quelques ennemis retors, en supportant une transition et en menaçant, armes à la main, ceux d’en haut. Il est, dans ce cas, permis d’imaginer qu’il ne s’agit pas des paysans qui raclent les terres arides, par la force des choses, de Kenscoff, mais ceux qui, cyniquement, se sont installés sur le toit du pays avec l’aide de leurs combines douteuses, y compris les armes et les moyens qu’ils fournissent aux gangs désormais incontrôlables.

Ce malaise généralisé, au-delà du danger immédiat qu’il représente pour les vies - certaines fragiles - et les biens - certains mal acquis - nous conduit brutalement et sûrement vers un pays vaincu par ses propres fils. On nous dira, dans un vacarme permanent, que les Blancs ont décidé de nous enfoncer par vengeance et par pragmatisme. Toutefois, ce n’est pas de trop d’avouer que nos laquais et courtiers haïtiens ont toujours agi sans retenue et sans conscience. La réussite haïtienne passe par la capacité de maitriser les réseaux, même les plus mafieux, des affaires et du pouvoir. C’est une chape d’inquiétude et de pitié que nous sentons sur nos épaulesen regardant les spéculateurs locaux à l’œuvre.

Entretemps, une communauté de sourds-muets, vulnérable parmi les plus vulnérables en Haïti, a été obligé de fuir les logements sociaux qu’elle occupait, pour les belles promesses de la révolution à venir. Paroles, paroles. Promesses, promesses. Le pays se meurt, parce que nous sommes incapables d’accepter d’avoir tort, d’écouter l’autre, de le contredire, de discuter et de trouver ensemble la solution.

Entretemps, le très réputé photographe de presse Dieu-NalioChery a mis sa carrière haïtienne entre parenthèses et mis les voiles avec sa famille par crainte de se faire assassiner. La raison est simple : il est allé trop loin dans son travail et cela dérange. Il est toutefois nécessaire, voire important, d’expliquer à tous les animateurs de pouvoirs de contre-pouvoirs et de révolutions que la presse cherche surtout à informer. Elle le fait mal des fois, mais elle reste perfectible et s’ajuste à chaque fois que la loi et l’opinion publique lui rappellent sa mission.

En 2021, l’agenda politique est chargé en Haïti, en plus de la contrainte qu’impose la pandémie dans un pays à l’épreuve de ses propres limites en termes d’infrastructures et de politiques publiques. Vouloir exterminer les défenseurs des droits de l’homme et la presse n’est pas très intelligent. Cela ne peut, en aucun cas, servir la révolution.

Jean-Euphèle Milcé




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