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Au coeur de l’excès

Au coeur de l’excès



On ne va pas feindre d’ignorer que le carnage du 29 juin à Delmas est le énième acte d’un long feuilleton meurtrier qu’on se plait, pour faire savant, à appeler crise politique. Le pire est que, à chaque jour qui passe, à chaque prise de parole dans les médias, à chaque accord, à chaque note d’ambassade, à chaque mission de bons offices, on espère naïvement un dénouement, un coup de sifflet final ou que les joueurs, épuisés, quittent le terrain en se serrant la main.

Pourtant, telles des braises, les exécutions sommaires, les massacres, les expéditions punitives et les menaces occupent le devant de la scène et anéantissent tout le reste. Par exemple, on aurait préféré entendre les explications de la ministre de la Santé publique et de la Population sur l’inexplicable libéralisation de la vaccination anti-Covid-19 au lieu de se perdre dans les exercices de style du chef de la Police. À force de penser à leur propre mort, les Haïtiens sont en passe d’oublier la terrible pandémie et les difficultés au quotidien pour contourner, un tant soit peu, la grande pauvreté.

Depuis deux jours, même avec la fuite en avant des autorités policières, et le grand effroi suscité par ce carnage, personne ne peut expliquer la non-intervention des forces de police ni identifier et déterminer la responsabilité d’un groupe dans ce drame qui a quand même coûté la vie à une vingtaine de personnes. Aucune d’entre elles n’était, au moment de leur mort, dans une situation à risque. La mort est venue à elles au moment où elles étaient tranquillement dans leur quartier. Et, naturellement, le doute engendre les accusations. Toutefois, il est certain que des escadrons de la mort agissent dans le pays dans un niveau d’impunité qui dépasse la simple arrogance.

Un mort, dans ces conditions, est toujours un mort de trop. Ce, sans prendre en compte la richesse, la couleur, le quartier de résidence et le statut social de la victime. Mais, il y a des morts qui sont plus encombrants pour les autorités. Comment peut-on laisser tuer, même par passivité ou par le rétrécissement des capacités de l’État, un bâtonnier de l’Ordre des avocats ainsi que des journalistes ? Il ne s’agit simplement pas d’un épiphénomène dans la crise politique, mais d’un pays qui s’éloigne du bon sens et de la tolérance nécessaires dans la prétention de construire ou de renforcer la démocratie.

Il faut être en proie à une forme supérieure du désespoir pour essayer de noyer dans l’insécurité ambiante l’exécution brutale de deux journalistes qui n’hésitaient pas à afficher publiquement leurs sensibilités politiques et les enjeux de leur activisme. Tout compte fait, le totalitarisme est plus subtil que ça, puisqu’il a besoin, en plein vingtième siècle, de l’adhésion aveugle d’une partie de la population, d’une légitimité dans le maintien de l’ordre et de l’intelligence d’un discours populiste qui rassure, dans une certaine mesure.

Avec le sacrifice d’Antoinette Duclaire, Netty, et de Diego Charles, nous venons de constater et d’admettre la monstruosité des seigneurs du désarroi haïtien.

Jean-Euphèle Milcé




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