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L’absurdité du stress

L’absurdité du stress



En Haïti, nous sommes tous familiers de la brutale fatalité au point que nous avons développé des moyens pour la contourner ou - pour être plus juste-, pour nous adapter. Les humanitaires, maitres de la vérité après des conclusions hâtives, ont trouvé le terme « résilience » pour complimenter les Haïtiens de leur passivité face au malheur. Le malheur qui les guette et les broie en permanence.

Tôt ce matin, la terre a quand même tremblé en faisant fi de nos préoccupations actuelles. Le pays vit une période assez exceptionnelle de son histoire avec le cadavre d’un président assassiné dans sa chambre à coucher, une enquête policière transnationale, la cacophonie qu’imposent les demis vérités, une capitale assiégée par des gangs, des milliers de personnes qui fuient leurs domiciles par peur de se faire massacrer, la pénurie des produits pétroliers et le coronavirus qui échappe à tout contrôle. Pour un pays, même habitué au pire, la facture est sacrément salée. Trop.

Et, fiel sur la viande déjà faisandée, les acteurs politiques se battent bruyamment pour le fauteuil présidentiel vacant, les seigneurs patibulaires fourbissent leurs armes, les partenaires internationaux deviennent de plus en plus lapidaires et des troupes étrangères lacent leurs bottes, cherchent les bons endroits d’Haïti sur la carte. Au cas où !

Justement, Haïti n’offre actuellement aucun bon endroit. De la montagne, la mer est loin. De la mer, la montagne est inaccessible. Il s’agit, depuis quelque temps, d’un territoire dépecé et chaque parcelle est contrôlée par un caïd cruel, manche longue à la main gauche, smartphone à la main droite (c’est efficace pour Tik tok) et la troupe dévouée à ses pieds. La peur est devenue un état banal et nous acceptons de nous cacher, de fermer les yeux sans chercher les causes et les moyens de nous défaire de cette situation qui perdure. Qui s’éternise.

Nous avons longtemps cru que l’expérience pouvait alimenter la mémoire pathogène de la douleur et nous fournir les clés d’une possible adaptation face au stress. Mais, l’enlisement du pays ne connaît point de limites sinon l’espoir de partir. De foutre le camp, les poches pleines, pour certains, ou un sac à dos, pour d’autres. De toute façon, il est recommandé de voyager léger quand il faut, en parfaite illégalité, traverser des frontières.

La terre a tremblé ce matin comme pour nous rappeler que nous sommes plus mortels que les autres. La très sérieuse revue « European Heart Journal », a publié, en 2013, les résultats d’une étude sur le risque amplifié de maladie coronarienne chez les personnes, signalant un impact négatif du stress sur leur santé. Il en ressort que les individus « affectés par le stress avaient plus du double du risque (2,12 fois plus élevé) d'avoir ou de mourir d'une crise cardiaque, par rapport à ceux qui n'avaient signalé aucun effet du stress sur leur santé ».

Il est donc devenu primordial d’exiger, de ceux qui ont pris des engagements, d’agir et de parler au nom de notre pays, qu’ils nous fassent grâce et qu’ils nous aident à nous protéger.

Il ne s’agit nullement d’un sentiment lâche de victimisation. Le pays a plutôt besoin d’air frais pour organiser sa survie et se projeter dans un avenir décent, commun à tous les hommes.

Jean-Euphèle Milcé




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