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Partir de rien

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Plus les échecs sont spectaculaires et humiliants dans la gestion des après catastrophes en Haïti, plus on devient bienveillants vis-à-vis des experts, des politiques et des gestionnaires en charge des travaux d’évaluation des pertes et des dommages dans des zones touchées par un désastre. La bienveillance, malheureusement proche de la résignation, est l’une des mauvaises qualités auxquelles les Haïtiens s’accrochent pour ne pas sombrer dans la démence. De 2008 à nos jours, soit en un peu plus de 12 années, pas moins de 4 évaluations des besoins post-catastrophe (PDNA, en anglais) ont été conduites en Haïti avec grand déploiement de moyens et d’experts.

Gustav, Ike, Fay et Hanna ; séisme de janvier 2010 ; Matthew ; et maintenant le séisme du 14 aout 2021, ce sont autant d’exercices d’évaluation des pertes et dommages auxquels se sont prêtés l’État haïtien et une brochette de ses gros partenaires comme les Nations unies, la Banque mondiale et l’Union européenne. Évidemment, ces exercices sont assortis de stratégies de réparation des dégâts causés par le désastre et aussi de projections vers une reconstruction intelligente, durable et inclusive.

Mais, dans un pays où les villes et les villages ont tendance à pousser et à se développer hors réseau, la collecte des données pour établir les lignes de base représente toujours un écueil de premier ordre. Or, il est compliqué d’évaluer et de planifier l’après si les informations ne permettent pas de bien cerner la situation d’avant la catastrophe. C’est peut-être en connaissance de cause que lors de la présentation du Comité de pilotage technique de l’exercice PDNA en cours, le Gouvernement haïtien et les partenaires techniques et financiers ont concédé qu’il sera plus rentable et moins laborieux d’actualiser le PDNA de 2016 (post-Matthew) au lieu de produire un nouveau.

Dans cette perspective, l’utilisation des données cumulées après les dégâts causés par Mathew, puisque visiblement elles n’ont pas permis le relèvement de la péninsule du Sud, peut représenter un gain énorme pour tout le monde. Il est vrai que la crise politique n’a pas disparu avec le séisme et ses malheurs. Un jour ou l’autre, elle ne se contentera plus d’être en filigrane. Et, ce serait dommage qu’elle cannibalise les efforts, même peu convaincants, de secourir puis d’aider les populations durement touchées à retrouver les moyens pour reconstruire leur vie et leur environnement.

Pourtant, il y a malaise. Et, il ne s’agit pas de minimiser le sérieux des agences qui vont réaliser un exercice capable de « rassembler, en un seul rapport consolidé, des informations sur l’impact physique d’une catastrophe, la valeur économique des pertes et des dommages, l’incidence humaine dans les zones touchées ainsi que les priorités et les besoins de relèvement qui en découlent à court comme à moyen terme », selon le Global Facility for Disaster Reduction and Recovery (GFDRR). Les précédents rapports d’évaluation des besoins post-catastrophes n’ont pas pu servir de rampe de lancement pour reconstruire en mieux et réduire la vulnérabilité de la population aux catastrophes.

Force est d’admettre qu’il est surhumain de reconstruire ce qui n’a jamais été construit.

Jean-Euphèle Milcé




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