RTPacific Contact Avis
 
22.94° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Théorie du complot et schizophrénie

Théorie du complot et schizophrénie



Avec la crise du coronavirus, les théoriciens du complot non seulement ont augmenté en nombre, mais leurs « idées » souvent délirantes se sont radicalisées au point qu’elles deviennent inquiétantes. Pour les psychologues, rien d’étonnant : ces personnes auraient des caractéristiques proches des schizophrènes, dont une vue souvent déformée des choses.

Les « idées » des conspirationnistes ne sont plus de simples histoires mythiques, souvent bizarres, relatives à la pandémie. Le contenu de leurs propos - souvent proches du délire paranoïaque -, devient de plus en plus inquiétant. En Allemagne par exemple, ce milieu s’adonne à des pratiques aussi rebutantes que rébarbatives : racisme, propagande antisémite, glorifications d'Adolf Hitler et du Troisième Reich, slogans nazis, incitations à la haine, appels à la violence, menaces à l'encontre de politiciens et de scientifiques, misogynie, homophobie et bien plus encore.

Selon les psychologues, une caractéristique distingue les théories conspirationnistes de la pensée critique : il n'y aurait aucun problème à considérer comme vraies des déclarations incohérentes tant qu'elles contredisent le mainstream, le courant dominant. Un exemple parmi d’autres relatif au vaccin contre la Covid-19 : « Eux là-haut nous forcent à prendre des vaccins dangereux » et « Eux là-haut accaparent les rares vaccins » se contredisent sur le fond, mais pas sur le plan du rejet émotionnel. Le « eux là-haut » est là. C’est ce qui importe : pointer du doigt l’ennemi supposé.

Un complotiste écrit sur sa page que le taux de mortalité dû au Coronavirus est beaucoup plus bas que ce qui est officiellement déclaré parce que beaucoup plus de personnes ont été infectées que l’on suppose. Plus loin, on lit que beaucoup moins de gens ont été contaminés que prévu parce que les tests PCR produisent des faux positifs. Bien sûr, une seule de ces deux affirmations peut être vraie, mais le véritable message est « le mainstream » – c’est-à-dire les scientifiques, le gouvernement, la presse, etc. – « a tort », ment. Les gens « d’en haut », Bill Gates compris bien entendu.

Des scientifiques ont même trouvé un lien entre les adeptes de ce genre de croyance et les schizophrènes. Des chercheurs de l'Université des sciences appliquées de Francfort (UAS de Francfort) et de l'université Philipps de Marbourg ont tenté de découvrir si une erreur de raisonnement associée à la psychose, ce qu’on appelle le fameux « saut aux conclusions », est également présente chez les partisans des mythes complotistes. « Nous avons également constaté que les personnes qui étaient plus susceptibles d'être d'accord avec les théories du complot ont tendance à penser de manière plus intuitive et moins analytique que les autres. Ils décident très rapidement sans collecter beaucoup d'informations. », indique le chercheur Nico Pytlik, doctorant en psychologie à l’université de Marbourg (1).

Tous ceux qui croient aux complots ne sont pas des malades mentaux. Mais ces psychologues ont toutefois essayé d’établir une caractéristique qu’ils ont en commun avec les schizophrènes. On a découvert chez eux cette même distorsion cognitive, une sorte d'illusion d'optique au niveau de la pensée, souvent observée chez les patients atteints de schizophrénie. On estime que cette étude offre de nouvelles perspectives sur les fondements cognitifs de cette prédisposition à croire aux sombres machinations. « Les personnes délirantes ont tendance à prendre des décisions hâtives qui sont généralement basées sur peu de preuves. Nous avons également pu déterminer cela chez les personnes test qui ont révélé un niveau plus élevé d'accord avec différentes théories s’appuyant sur un mythe. », explique la docteure et professeure Stephanie Mehl (2), qui travaille également à l'hôpital universitaire de psychiatrie et de psychothérapie de Marbourg.

« La tâche de pêche »

Pour y parvenir, Stephanie Mehl et Nico Pytlik ont interrogé 519 volontaires non cliniques. C’est-à-dire qu’ils se sont inscrits à l'étude, mais aucun d'entre eux ne souffrait de schizophrénie cliniquement manifeste. Ces personnes qui se sont prêtées à cette expérimentation ont d'abord effectué ce qu’on appelle la « tâche de pêche » pour déterminer si elles étaient enclines à tirer des conclusions rapides basées sur peu de preuves. « Dans le cadre de cette tâche, les participants ont vu des photos de deux lacs différents. On leur a dit que 60% de poissons orange et 40% de poissons bleus vivent dans le lac A, alors que 60% de poissons bleus et 40% de poissons orange vivent dans le lac B », explique Mehl (3). On a ensuite montré aux cobayes successivement des photos de poissons qui avaient été pêchés dans l'un de ces lacs. Leur fonction était de décider de quel lac provenait chaque poisson ; ils ont eu l'occasion de voir jusqu'à dix autres poissons du même lac.

Dans la partie suivante de l'étude, les sujets ont indiqué à quel point ils croyaient en vingt histoires mythiques différentes, y compris l'hypothèse selon laquelle les traînées de condensation des avions étaient des expériences secrètes de « chemtrail » ou encore l’idée répandue parmi les complotistes qui veut que le World Trade Center ait pu exploser de l'intérieur. Les personnes soumises à ce test ont ensuite pris part à une enquête dans laquelle on leur a demandé d'indiquer si elles avaient une préférence pour un style de pensée analytique ou intuitif. « Les sujets testés ayant montré une tendance à croire aux théories du complot, ont recueilli moins d'informations pour arriver à leur décision dans la tâche de pêche », explique Pytlik.

Selon cet expert, les individus qui avaient un penchant pour les récits de conspiration ont recueilli moins d'informations avant de prendre position dans l’expérience concernant les poissons. Selon cet expert, les individus qui penchaient pour les récits de conspiration ont recueilli moins d'informations avant de s'engager dans leur mission. C’est là que les chercheurs ont découvert qu’ils présentent un point commun avec les patients schizophrènes, selon Mehl : les personnalités atteintes de troubles délirants montrent une tendance à prendre des décisions hâtives, généralement fondées sur peu de preuves. Mehl considère les résultats de l'étude comme une « pièce du puzzle pour expliquer la pensée conspirationniste ». Mais pour la comprendre, dit-elle, il faut prendre en compte d'autres facteurs, notamment ceux de nature sociale.

Enfin, les chercheurs, en particulier sur les réseaux sociaux, les gens bougent à l’intérieur de leurs cercles de relations, partageant les mêmes convictions qu’eux. Cela pourrait les amener à être influencés par des informations incorrectes. « Surtout dans les situations stressantes et très émotionnelles, nous sommes sujets à des distorsions cognitives et avons tendance à tirer des conclusions assez précipitées. Par conséquent, il est important de rechercher des informations qui correspondent également à d'autres points de vue. C'est le seul moyen à la fois rationnel et raisonnable pouvant nous permettre de nous forger notre propre opinion », conseille Mehl.C'est la seule façon dont nous pouvons nous forger notre propre opinion », conseille Mehl. La psychologue ajoute qu’il est aussi « important d'avoir des amis qui nous contredisent et remettent en question nos conclusions. De plus, nous devons prendre le plus souvent possible en considération les faits scientifiques afin de tester nos convictions et de nous informer ».

Huguette Hérard

N.D.L.R.
1) Nico Pytlik étudie les théories du complot depuis 2016 et était membre d'un réseau de recherche international et interdisciplinaire financé par l'Union européenne qui traitait également de ce sujet (conspiracytheories.eu) jusqu'à sa fin 2019.

2) Stéphanie Mehl, professeure à la faculté de travail social et de santé de l’université de Sciences appliquées de Francfort. Elle travaille également à l'hôpital universitaire de psychiatrie et de psychothérapie de Marbourg.

3) IDW-Nachrichten Informationsdienst Wissenschaft, 30 mars 2021. Statement : « Décisions irréfléchies : Découverte de points communs entre la schizophrénie et la croyance dans les théories du complot ».




Articles connexes


Afficher plus [4243]