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Père David G. César: le chef d’orchestre et pasteur des musiciens haïtiens désormais au ciel

Père David G. César: le chef d’orchestre et pasteur des musiciens haïtiens désormais au ciel



Le père David Gérard César est né à Port-au-Prince et a fait ses études classiques d'abord à l'école Sainte Trinité ensuite au Petit Séminaire Collège Saint Martial. Il a fait des études supérieures en sciences juridiques, en théologie et en pédagogie musicale. C’est à la section musicale de l'École Sainte Trinité qu’il a appris la musique. Et c’est autour de la musique que tournait la vie de celui qui portait le nom de deux rois : David et César.

Père Ceyrac a dit : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu ». C’était la citation préférée du père César. Il aimait la vie et se faisait un point d'honneur d'en profiter pleinement, d'ailleurs il disait toujours que sa joie de vivre, il l’a reçue de Dieu. Cette joie de vivre,il la partageait volontiers avec qui voulait la recevoir. C’est pourquoi, à ses côtés, David n’aimait pas voir la tristesse. Il savait trouver les paroles et les blagues appropriées pour décrisper les visages.
Lorsqu’il rentrait à la sacristie pour s’habiller avant la célébration de la messe il disait toujours à ceux qui avaient le visage fermé, qu’ils n'étaient pas encore prêts pour la messe. Triste ou abattu, on ne pouvait pas résister aux blagues de David. Même aux funérailles, dans ses sermons, il donnait des blagues, il voulait démystifier la mort.

Père César était un grand prédicateur et un grand communicateur, il avait la technique pour capter l’attention de ses fidèles lorsqu’il prêchait. Il était un prêtre aimé particulièrement à la Cathédrale Sainte Trinité et à Saint Jacques Le Juste pour ses jeux de mots et les images toujours appropriées pour illustrer ses sermons.

Comme chrétien et musicien, il avait un sens très poussé pour l’œcuménisme. Il se faisait avec tout le monde, il avait du temps pour écouter tout le monde, croyant ou non, surtout ses collègues musiciens, toutes tendances confondues. À ce titre, il a été considéré comme pasteur des musiciens haïtiens. Beaucoup se tournaient vers lui tantôt comme musicien, tantôt comme leur pasteur. Pour lui, la musique était aussi une façon d'évangéliser et de réconforter. Il avait fait sienne cette citation qui dit que "la musique adoucit les moeurs ".

Après le tremblement de terre, David pensait que c’était l’un des moments parmi les plus appropriés pour que la musique puisse jouer son rôle de thérapie au milieu des survivants. Pour avoir été diacre au service de la cathédrale, lors du tremblement de terre du 12 janvier qui a détruit toutes les infrastructures physiques du Complexe Sainte Trinité, particulièrement l’école de musique et sa fameuse salle Sainte Cécile, j’étais proche du père César et je sentais toute sa peine lorsqu’il récupérait certains instruments de musique sous les décombres de l’école. Il croyait aussi qu’au moment des crises politiques, l’école de musique devrait pouvoir jouer sa partition en remplaçant les pistolets entre les mains des jeunes des quartiers défavorisés par des instruments de musique pour les sortir du cycle de la violence. Ç’aurait été une contribution énorme à la société tout entière.

Dans les conférences de clergé (presbyterium), David était rarement parmi les premiers à arriver, mais souvent le dernier à prendre la parole pour permettre à tous, par une blague, d’en sortir joyeux, avec un sourire aux lèvres. Dans mes expériences personnelles avec lui, je n’ai rien relevé de conflictuel chez le père César. Il développait d’excellents rapports avec ses collègues. Pour la fête de la Sainte Trinité cette année, soit le 30 mai dernier, j’étais choisi pour être le prédicateur du jour. Le lendemain, Père David m’a appelé, comme toujours pour avoir de mes nouvelles, mais spécifiquement pour me dire que c’était bon et pour me remercier d’avoir cette fois-ci prêché un sermon allant au-delà de dix minutes. Je retiens de cette conversation l’amour que père David avait tant pour son église que pour son pays. Il m’a dit «Mwen espere mesaj la rive nan kè tout moun e y ap mete tout awogans akote pou fè mache legliz la ak peyi a». C’était notre dernière conversation.

Humaniste et musicien dans l'âme, père César voyait la musique partout et pour lui que tout pouvait être musique, et cette dernière, l’un des moyens efficaces pour réduire la violence dans le monde, particulièrement en Haïti où depi tanbou frape ayisyen leve danse. Qui dit musique dit rêves et des rêves, l'artiste qui sommeille en lui en avait ! L'un de ses rêves les plus chers c’était, voyant les nombreux talents pour l’art et la musique en Haïti, de doter le pays d’un conservatoire.

David a marqué de manière indélébile notre vie. Pour Haïti, pour le diocèse et pour la musique nous sommes et resterons toujours en communion. Papa Da, comme j’aimais t’appeler, tu es parti, tu étais ici-bas un chef d’orchestre. Je me réjouis à l'idée que tu resteras toujours à nos côtés par tes réalisations sur terre. Que Dieu console ta famille, sèche nos larmes et t'accueille dans sa demeure comme le père l'avait fait pour son enfant parti, mais revenu.
Pars en paix, l’héritage est lourd, mais la mission continue. Qu'il en soit ainsi !

Révérend Père Jean Fils Chéry
Curé, Paroisse Saint Jacques Le Juste.
Pétion-Ville, Haïti.




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