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Les Haïtiens à la veille de la campagne de vaccination contre le Covid-19

Les Haïtiens à la veille de la campagne de vaccination contre le Covid-19



Mi-juin 2021, le pays attend l’arrivée des premiers vaccins contre le Covid-19 où la seconde vague de la pandémie gagne du terrain depuis plus d’un mois avec une virulence liée à la survenue des variants anglais et brésilien qui ont occasionné une forte remontée des contaminations, la saturation des centres hospitaliers dédiés au traitement des malades et aussi l’augmentation spectaculaire la létalité. Plus d’un retient son souffle surtout dans les formations sanitaires et dans la tranche de la population qui a pris conscience de la gravité du mal, tandis que la majorité des Haïtiens continue de vivre dans le déni sans prendre de précaution pour se protéger, que ce soit dans les endroits à grand enjeu comme les marchés publics et les aires de restauration ou encore dans les transports en commun.

Entre-temps, les compatriotes les plus inquiets se sont offert le déplacement au cours des trois derniers mois pour aller se faire vacciner aux États-Unis, au Canada ou en République dominicaine. D’après toutes les annonces, les premiers vaccins devraient arriver au mois de juillet et les contacts évoluent positivement entre les instances étrangères et américaines d’une part, et les autorités haïtiennes d’autre part pour la mise en place de la campagne de vaccination.

À la lumière des rumeurs de toutes sortes qui circulent en cette veille de campagne qui s’annonce comme une veillée d’armes, on est en droit de se poser la question de savoir quel sera le profil de cette opération qui intéressera des millions d’Haïtiens pour que l’on puisse espérer un minimum de réussite. Notamment, combien de nos compatriotes répondront à l’appel, combien de vaccins le pays recevra-t-il et combien de temps durera la campagne compte tenu des obstacles qui se dresseront sur son parcours ?

1. Le problème de la méfiance de la population

1.1. Un peuple qui se croit au-dessus la pandémie

On sait que depuis le début les Haïtiens ont toujours nié l’existence de la maladie qui serait pour eux soit une maladie ne concernant que les pays étrangers, ou encore un mal incapable de leur faire du mal pour toutes sortes de raisons et aussi une pandémie qui vise à les détruire s’ils se présentent dans un centre hospitalier en cas de symptômes de la maladie qui est d’ailleurs minimisée sous l’épithète de « petite fièvre ». En plus, les Haïtiens sont convaincus qu’ils possèdent de la part des plantes qui peuplent leur milieu naturel toutes les substances qui permettent de venir à bout même des formes sévères de la maladie. Un ensemble de plantes passe-partout dont ils se croient être les seuls à être dotés alors que cela fait partie du patrimoine mondial de l’humanité qui a été transmis d’un pays à l’autre depuis la préhistoire, comme on peut s’en rendre compte sur Internet et dans les livres de médecine traditionnelle de tous les pays.

1.2 Les opinions des Haïtiens par rapport aux vaccins contre le Covid-19

Malgré la multiplication des annonces faisant état de la nouvelle flambée et de l’arrivée prochaine des vaccins, rien n’a changé dans leur comportement. D’ailleurs, un récent sondage a révélé que 76% de 15 ans et plus disent ne pas vouloir prendre le vaccin comme le montre une enquête réalisée entre le 5 et le 19 avril 2021 par le groupe «Safitek Research». Ce qui est de nature à faire croire que la campagne de vaccination risque de se heurter à un mur de béton tandis que 11% accepteraient « de le prendre dépendamment de son origine et de qui l’administre ».

Dans le détail, le groupe a souligné que dans le front du refus, les femmes sont plus nombreuses que les hommes, soit 80% contre 72% pour ces derniers. Il y aurait 16% des femmes qui accepteraient de le prendre dont la moitié, c’est-à-dire 8% poserait certaines conditions. En revanche, le quart accepterait de le prendre dont 14% sous certaines conditions.

L’enquête qui s’est intéressée aux corrélations entre le niveau de scolarisation et le degré d'acceptation du vaccin anti-Covid-19 a pu montrer que l’hostilité est plus prononcée de la part de ceux qui ont un niveau d’éducation dépassant le secondaire (17%) que ceux ayant atteint tout au plus le secondaire (22%) tandis que l’âge n’aurait aucune influence sur leur attitude face à la campagne de vaccin.

Les résultats de cette enquête ont conclu que l'âge n'a aucune influence sur le degré d'acceptation du vaccin anti-Covid-19.Tel n'est pas le cas du niveau de scolarisation. Fait surprenant : « ceux qui ont un niveau d’éducation dépassant le secondaire sont beaucoup plus réticents à recevoir le vaccin que ceux ayant atteint tout au plus le secondaire.» Ce qui est l’inverse des résultats obtenus dans beaucoup d'autres pays de la région où le taux d’acceptation de la vaccination est généralement plus élevé chez ceux qui ont un plus haut niveau d’éducation selon le groupe Safitek Research qui a œuvré dans plusieurs pays voisins.

De toute évidence, le chemin semble très lointain pour le lancement, voire la réussite du processus de la vaccination alors qu’à ce jour on ne sent pas du tout le moindre signe de la manifestation d’une campagne de sensibilisation.

Des contrastes se sont révélés aussi en termes d’appartenance religieuse. Les catholiques sont moins réticents envers le vaccin avec 30% de taux d’acceptation contre 21% chez les protestants et 23% chez les autres groupes religieux (vaudouisants, musulmans, non affiliés, non religieux, francs-maçons, etc.).

2. Pourquoi tant de méfiance envers les vaccins contre le Covid-19 ?

En dehors de la question de perception qui a entouré cette maladie depuis son apparition, de nombreux autres facteurs expliquent la méfiance envers le vaccin.

2.1 Les facteurs internes

D’abord, sur le plan interne. En effet, le premier couac était le refus officiel du gouvernement haïtien en avril suite au rejet de la part du vaccin d’AstraZeneca par plusieurs pays à la suite des effets secondaires graves, voire des décès qui ont été relatés au début de la campagne de vaccination « en raison, disait-on à l’époque de l’agitation qui entoure ce vaccin.
Cependant le tir a été rectifié au mois de mai, le gouvernement est revenu au cours de la troisième semaine du même mois sur son refus du vaccin AstraZeneca et avait annoncé qu’il envisageait de placer commande d’autres vaccins pour élargir la gamme de ce type de produits dans le pays.

Même, au sein des autorités sanitaires, certains s’étaient montrés très réticents envers la vaccination de la population haïtienne invoquant il y a encore un mois qu’il est encore trop tôt pour envisager de vacciner la population haïtienne et reprenant l’argument classique lancé par certains virologues et infectiologues qui « disent qu’on ne vaccine pas en pleine pandémie ».

2.2 Les facteurs externes

Ils sont principalement liés aux effets secondaires graves qui ont entouré les débuts de la campagne de vaccination dans les premiers pays où le sérum a été administré.

2.2.1 La manifestation des effets secondaires graves

C’était surtout le cas avec le vaccin d’AstraZeneca qui serait au 3 avril à l’origine de 62 cas de thrombose veineuse dans le monde, dont 44 dans les pays de l’Espace économique européen. Selon l’Agence européenne des médicaments, pour 6,2 millions de doses de vaccins distribuées, il fallait compter quatorze décès. Parallèlement, dans le pays berceau du vaccin d’AstraZeneca où 18,1 millions de doses étaient injectées, on avait compté sept décès. D’après des études, en dehors des cas de thrombose, des accidents graves provoqués par AstraZeneca ne se produisent que dans un ou deux cas sur 50 000.

Ce qui a permis à Paul Hunter, spécialiste en microbiologie médicale à l’université d’East Anglia (Angleterre), de dire que « comme nous observons maintenant que la même maladie se présente après les mêmes vaccins dans différents groupes de population, je pense que les éléments de preuves poussent plutôt à penser que le vaccin d’Oxford-AstraZeneca en est bien la cause ».

Au total, le risque demeurerait « très faible », d’environ « une personne sur un million », a-t-il poursuivi auprès de l’AFP bien moindre que le risque de mourir du Covid-19 sans vaccination.

« Les avantages du vaccin d’AstraZeneca pour prévenir l’infection au Covid-19 et ses complications continuent d’être largement supérieurs aux risques et le public devrait continuer à recevoir le vaccin quand il est invité à le faire », a-t-elle ajouté.

D’autres vaccins ont aussi été à un certain moment suspendus pendant la campagne à la suite d’accidents graves ou mortels,
ainsi, celui de Johnson & Johnson qui a été a un certain instant suspendu début avril par l’Agence américaine des médicaments à la suite d’une mort liée à une thrombose sanguine et des effets graves qu’a présentés une autre personne qui avait reçu le vaccin et qui se trouvait dans un état critique. Cependant une semaine après le vaccin a été de nouveau autorisé de nouveau aux États-Unis.

2.2.2 Les fake news de la part des anti-vaccins

Sur de nombreux réseaux sociaux, on trouve des informations qui laissant croire que la pandémie a été créée pour introduire les vaccins et gagner de l’argent et que le nombre de morts dus aux effets secondaires serait de plusieurs milliers dans certains pays comme les États-Unis et l’Angleterre. D’autres prétendent que Moderna contiendrait un ingrédient très toxique dit SM2, qui émet des radiations, donc ultra-cancérigène qui entrainerait à coup sûr la mort des individus vaccinés.

Comme les vaccins ont été préparés dans un délai record, entre neuf et douze mois, et développés avec des technologies nouvelles, plus d’une rumeur a fait le tour du monde depuis leur mise en circulation. Certains prétendent qu’ils peuvent modifier notre génome comme les vaccins à ARN messager et qu’ils contiennent des adjuvants dangereux. Certains immunologues et virologues, comme le Professeur Luc Montagnier, prétendent même qu’ils peuvent provoquer des maladies graves ou même entrainer la mort, qui annonce la mort des personnes vaccinées dans un délai de deux années maximum.

Pour les vaccins à ARN comme ceux de Pfizer ou de Moderna) ou à ADN comme ceux d’AstraZeneca et de Johnson & Johnson), qui n’ont pas besoin d’adjuvants, plus d’un prétend que la séquence d'ARN peut s'introduire dans la cellule et entraîner une modification génétique. Ce qui est matériellement impossible selon les généticiens, qui affirment que « l'ARN messager ne rentre pas dans l'ADN humain », comme l’a dit le ministre de la santé français, Olivier Véran.

Par contre, les vaccins à virus inactivés ou à protéine recombinante ont recours à des adjuvants qui sont des "signaux de danger synthétiques" servant à améliorer leur efficacité, à stimuler et à prolonger la réponse immunitaire innée. L’adjuvant le plus couramment utilisé est le sel d’aluminium, suivi de l'inuline et du squalène. Ces adjuvants peuvent induire des effets secondaires temporaires, comme une rougeur et un gonflement au point d'injection, une raideur ou une douleur du muscle ou même de la fièvre.

On y trouve aussi parfois d’autres sels comme le chlorure de sodium, le chlorure de potassium, le phosphate monobasique de potassium et le phosphate dibasique de sodium dihydraté.

À la suite de la constatation des effets secondaires lors des périodes d’essai et des débuts de la campagne de vaccination, les laboratoires ont rectifié le tir. Ils ont prévenu des effets secondaires et restreint l’âge des personnes à vacciner (par exemple excluant les moins de 55 ans pour AstraZeneca) et aussi indiqué que les personnes porteuses de certaines maladies comme les maladies auto-immunes d’éviter de se faire administrer les vaccins vivants atténués, comme les vaccins chinois Sinopharm et Sinopharm et le vaccin indien "COVAXIN".

2.2.3 Les résultats sont au rendez-vous à la suite des campagnes de vaccination

Faute de recul par rapport aux observations concernant les vaccins, la surveillance reste de mise et il n’y a pas encore de données définitives concernant les risques liés aux vaccins. Cependant, on peut croire que le maximum de précautions ont été prises tant par les laboratoires que les agences gouvernementales pour éviter de mettre leur population en danger. Mais, on n’avait pas le choix eu égard à l’urgence de la situation où trop de gens sont morts, soit plus de trois millions depuis dix-huit mois. Et l’on a effectivement constaté que, au moins dans un premier temps, les contaminations, les hospitalisations et les décès ont sensiblement baissé dans les pays qui ont été les plus durement affectés par la pandémie comme aux États-Unis, en Israël et en Europe où plus d’un tiers des populations a été vacciné au moins pour la première dose. En conséquence, la plupart des restrictions ont été levées dans les pays autrefois les plus atteints, notamment, l’obligation du port du masque et plusieurs autres gestes barrière.

Ces États espèrent arriver d’ici l’automne au bout du tunnel, malgré l’arrivée des variants comme le variant indien qu’on a baptisé depuis peu variant delta.

Conclusion

La question de la vaccination de la population haïtienne reste très problématique. Beaucoup d’obstacles restent à franchir si l’on veut arriver à protéger la population dans un contexte de paupérisation d’un pays qui ne possède pas les ressources pour acquérir les vaccins et mettre en place la logistique de la campagne de vaccination contre le Covid-19. Si l’on est à peu près sûr de trouver quelques millions de doses pour commencer la campagne de vaccination massive des Haïtiens, il reste à résoudre les problèmes de logistique et surtout à convaincre nos compatriotes de se faire vacciner. Et ce sera certainement l’aspect le plus dur de l’avenir de la maladie dans le pays où l’on ne sait pas du tout quelle sera son ampleur pendant le pic en cours actuellement. Il faudra une mobilisation sans précédent de l’ensemble des acteurs de la société haïtienne et beaucoup de bonne volonté pour que Haïti ne soit pas l’un des derniers pays à venir à bout la pandémie alors que l’on sait qu’il fait partie des douze pays où la campagne de vaccination n’a pas encore commencé.

Jean SAINT-VIL
jeanssaint-vil@yahoo.fr




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