RTPacific Contact Avis
 
29.05° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Et si on mangeait moins de viande ?

Et si on mangeait moins de viande ?



Parvenir à la réduction de l’émission des gaz à effet de serre est trop long. Des chercheurs de l’ONU se sont penchés sur une stratégie plus rapide pour lutter contre le réchauffement de la planète. Marco Evers, rédacteur scientifique à l’hebdomadaire « Der Spiegel » rapporte les der-nières avancées en la matière.

Le chemin menant à la protection du climat est long et ardu. Les gens sont conscients de la nécessité de faire quelque chose pour la protection de la nature, mais la majorité d’entre nous n’est pas prête à faire des sacrifices. Nous avons du mal à abandonner nos vieilles mauvaises habitudes, car la défense du climat demande aussi du renoncement. Malgré les efforts des gens, des entreprises et de l’État, malgré l’accord de Paris sur le climat (décembre 2015), malgré l’accalmie économique due au coronavirus observée en 2020 en occident par exemple, les émissions globales des gaz à effet de serre continuent d’augmenter. « Au cours des 3 millions d’années, il n’y a jamais eu autant de CO2 dans l’atmosphère que maintenant ! », rappelle Marco Evers dans son article paru sur le sujet dans le « Spiegel » du 22 mai 2021.

Devant l’apathie des citoyens à adopter une attitude écologique, des chercheurs ont pensé que l’humanité devrait penser à une solution plus simple. Sur cette route malaisée de la protection de la nature, il y a peut-être une sorte de chemin détourné que les chercheurs, les politiciens et le public auraient négligé. Ces scientifiques estiment qu'en empruntant ce détour, on pourrait atteindre plus de choses dans relativement peu de temps et freiner en peu d’années le réchauffement planétaire.

C’est ainsi qu’ils ont jeté leur dévolu sur le méthane. C’est un gaz incolore et inodore. Sa formule chimique est le CH4. Dans l’atmosphère, nous explique-t-on, cette molécule est beaucoup moins abondante que le CO2. Sur un milliard de particules dans la troposphère, le méthane représente ac-tuellement environ 1900 molécules, sa part n'est donc que de 0,00019 %, indique Evers. Ce qui n’est pas rien.

En raison de sa structure chimique, cette minuscule substance qu’est le méthane a une influence considérable sur le climat terrestre, comme le signale Evers. « Les molécules oscillantes du CH4 empêchent efficacement le rayonnement thermique de s'échapper dans l'espace et le renvoient par-tiellement vers la Terre ». Les experts affirment que « l'effet de serre à moyen terme causé par une tonne de CH4 atmosphérique est donc 84 fois plus important que celui causé par une tonne de CO2, beaucoup plus abondant ».

D’après les calculs des scientifiques, le CH4 présent dans l'air depuis le début de l'industrialisation, est responsable à lui seul d'un bon cinquième du réchauffement. Si l'humanité parvenait à maîtriser ce méthane, elle gagnerait du temps dans la lutte contre le CO2. « En d'autres termes, ceux qui par-viennent à réduire le méthane aujourd'hui feront davantage pour le climat futur que s'ils fermaient des centaines de centrales électriques au charbon. », précise Evers.

Le méthane a l'avantage d'avoir une courte durée de vie, signale-t-il. Il ne reste dans l'atmosphère terrestre que pendant une douzaine d'années, contrairement au CO2, qui peut y demeurer pendant plusieurs siècles. « Chaque tonne de méthane qui n'est pas émise aujourd'hui aura un effet positif sur le climat dans une décennie. », conclut l’auteur.

Réduction du méthane

Pour Inger Adersen, la directrice exécutive d'origine danoise du Programme des Nations unies pour l'environnement (Unep), citée par le journaliste, la réduction du méthane est « le levier le plus puis-sant pour ralentir le changement climatique au cours des 25 prochaines années ». Toutefois, cela ne rend pas moins urgente la réduction simultanée des émissions de CO2, s’empresse d’ajouter le rédacteur.

Vingt-deux chercheurs d'universités et d'instituts renommés ont publié le premier rapport sur le mé-thane pour le PNUE et la coalition internationale Climate&Clean Air Coalition.

Evers a remarqué que dans le genre de la littérature sur les catastrophes climatiques, « l'évaluation mondiale du méthane est atypique, car le texte est en partie rempli d'optimisme ».

Ces scientifiques pensent que le monde peut maintenant atteindre son but. Il existe trois secteurs de l'économie dans lesquels l'homme peut réduire considérablement les émissions de méthane : l'agri-culture, les décharges et surtout la production d'énergie. On estime à 41 à 82 millions de tonnes de méthane par an qu’on peut économiser de l’exploration gazière et pétrolière jusqu’à 2030, 29 à 36 millions de l’agriculture et 30 millions des détritus. Selon le rapport de l'Unep, si certaines mesures sont coûteuses, « plus de la moitié des diminutions pourrait être réalisée par des moyens qui s'auto-financent ». Bonne nouvelle. On apprend aussi que le CH4, en tant que composant majeur des gi-sements de gaz naturel, est même un produit « commercialisable », contrairement au CO2.

Les auteurs de l'Unep recommandent aux entreprises de capter une plus grande partie du méthane résiduel des usines d'extraction et de l'utiliser comme matériau recyclable. Le reliquat devrait être brûlé à la sortie, car la combustion transforme le CH4, un gaz climatique très efficace, en C2 et en vapeur d'eau, moins nocifs.

Evers annonce aussi qu’en octobre de l'année prochaine, le satellite d'observation de la terre Me-thanSAT devrait commencer à fonctionner. Il s'agit d'un projet conjoint d'un groupe environnemental américain et de l'Agence spatiale néo-zélandaise. L'appareil qui sera lancé en orbite par la société SPaceX balayera systématiquement la surface de la Terre à la recherche des émissions de méthane (1).

Les chercheurs tentent de réduire la production de méthane chez les ruminants en les nourrissant d'algues. En Allemagne par exemple, la majeure partie du méthane produit par l’activité humaine provient de l'élevage. Les herbivores, en particulier, produisent des masses de méthane dans leur tube digestif. Néanmoins, les reporteurs de l'Unep recommandent de réduire rapidement le nombre de bovins, d'ovins et de caprins. À elle seule, une vache rote et pète jusqu'à 300 litres de CH4 dans le monde extérieur chaque jour. L'humanité devrait s'habituer à un régime alimentaire comportant moins de viande et de produits laitiers. « Cela serait possible et plus sain, mais les préférences mondiales vont dans la direction opposée », constate Evers, qui apprend aux gens à manger des hamburgers moins riches en méthane ? », se demande-t-il.

L’humanité n'a plus le choix, préviennent les experts dans le rapport de l'Unep. Pour eux, si le monde ne compte que sur le CO2 pour ses efforts en matière de climat, il ne pourra que manquer l'objectif de 1,5 degré de Paris. Et Marco Evers de conclure que si les États ne luttent pas active-ment dès maintenant contre le méthane, comme le montre également le rapport de l'Unep, « la ten-dance anthropique de ces 15 dernières années se poursuivra ». C’est-à-dire que depuis 2006, le ni-veau de méthane dans l'atmosphère a augmenté plus fortement que jamais depuis le début des me-sures des paramètres du climat à l’échelle mondiale, au milieu des années 1980. D’où l’urgence de chercher ce qui est plus faisable au lieu de pousser la porte de l’impossible comme on le fait depuis des lustres.

Huguette Hérard




Articles connexes


Afficher plus [4287]