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Combien faudra-t-il de temps pour vacciner toute la population haïtienne contre le Covid-19 ?

Combien faudra-t-il de temps pour vacciner toute la population haïtienne contre le Covid-19 ?



Pendant toute l’année 2020 et jusqu’à ce jour, la vaccination a été présentée comme un sésame qui devait permettre de venir à bout de la pandémie du Covid-19 qui, au 26 juillet 2021, avait contaminé 214.017.546 personnes et causé 4.455.132 décès à travers le monde. Faute de médicaments contre ce fléau, la stratégie définie par l’OMS et les pays occidentaux était de vacciner au moins 80 % de la population mondiale afin d’atteindre l’immunité collective. D’où une course aux vaccins sans précédent dans les pays les plus avancés qui a abouti à la mise au point de vaccins en l’espace de dix à quinze mois alors que le délai traditionnel pour la production de vaccins s’échelonne généralement autour de 10 à 15 ans. Comme il était admis que les pays pauvres n’auraient pas les moyens de se procurer les quantités de vaccins pour l’ensemble de leur population, il était prévu un dispositif dit COVAX qui est un mécanisme international créé en avril 2020 pour accélérer gratuitement l’accès de ces pays aux outils de lutte contre le Covid-19 (traitements et vaccins à venir), avec la clé la fourniture des doses nécessaires à la protection de leur population. C’est à ce titre que Haïti a pu bénéficier au mois de juillet, pour lancer sa campagne de vaccination, de 500 000 doses du vaccin en majorité de la marque Moderna, devant expirer en novembre prochain. De quoi satisfaire en théorie 250 000 personnes. Une toute petite quantité eu égard aux 9 millions d’individus à vacciner en théorie - pour atteindre une immunité collective de 80 % - et qui, selon les premières observations, risque de ne pas être entièrement utilisée avant la date d’expiration. D’où l’impérieuse nécessité de se poser la question de savoir combien faudra-t-il de temps pour vacciner toute la population haïtienne contre le Covid-19 ?

L’étude que nous entreprendrons dans les pages à venir s’attachera à montrer les différentes étapes du processus de la campagne de vaccination qui a été lancée le 16 juillet dernier dans le pays.
1. Un démarrage du genre retard à l’allumage

Haïti est le dernier pays de la région Amérique latine et Caraïbe à avoir démarré sa campagne de vaccination. Ce qui explique d’ailleurs en partie les chiffres insignifiants du nombre de personnes vaccinées à ce jour qui ne dépasse pas 25 000.

Pour comprendre ce retard à l’allumage, il faut remonter aux divers éléments de blocage du processus de la vaccination dans le pays.

1.1 Le déni de la maladie et la défiance vis-à-vis de la maladie et du vaccin

On sait que depuis l’éclatement de la pandémie et la déclaration des premiers cas en Haïti bon nombre d’Haïtiens n’ont jamais voulu entendre parler de la pandémie, considérée comme une maladie des Blancs ou comme un complot conçu par les étrangers pour les éliminer avec la complicité des dirigeants. Même, au sein des autorités sanitaires et du personnel médical, la réticence est de mise contre le vaccin quand on entend le docteur Eddy Jean-Baptiste à l’émission Le Point de Télé Métropole et le docteur Ernst Noël, directeur du Programme national de sécurité transfusionnelle. Rappelons que celui-ci avait déclaré péremptoirement à l’émission Le Point du 31 mai 2021 qu’il est encore trop tôt pour envisager de vacciner la population haïtienne et qu’il avait surenchéri à la même émission en reprenant l’argument classique lancé par certains virologues et infectiologues à savoir « qu’on ne vaccine pas en pleine pandémie ».

1.2 La longue valse-hésitation du gouvernement haïtien vis-à-vis de la vaccination

Le premier couac du gouvernement haïtien par rapport à la vaccination contre le Covid-19 était son refus affiché officiellement en avril de 756 000 doses du vaccin AstraZeneca qui lui avait été proposé par l’OMS « en raison, disait-on à l’époque, de l’agitation qui entoure le vaccin d’AstraZeneca.

Entretemps, le retard d’Haïti, en matière de vaccination, s’aggravait et le docteur Lauré Adrien, directeur général du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), avait imputé cette situation au fait « que le pays ne disposait pas des infrastructures nécessaires pour assurer un stockage adéquat du vaccin ».

Cependant le tir a été rectifié au mois suivant, c’est-à-dire en mai, en pleine flambée de la pandémie en Haïti (la troisième vague), où le gouvernement était revenu au cours de la troisième semaine du même mois sur son refus du vaccin AstraZeneca, annonçant en même temps qu’il envisageait de placer commande d’autres vaccins pour élargir la gamme de ce type de produits dans le pays.

On sait que, parallèlement, des médecins haïtiens comme William Pape, Edson Augustin et Ralph Ternier avaient depuis quelque temps ouvertement insisté pour que le gouvernement se lance au plus vite dans une campagne de vaccination, estimant que c’est la seule manière de protéger la population, dans le contexte de l’indigence de nos infrastructures sanitaires et d’accélération de la maladie qui avait alors fait tomber de nombreuses têtes.

Finalement, à ce jour, le gouvernement haïtien n’a jamais acheté une seule dose de vaccin et c’est grâce à un don des États unis, dans le cadre du programme COVAX que le pays a pu recevoir au mois de juillet 500 000 doses de vaccin, essentiellement de la marque Moderna. Entretemps, dès le mois de juin, certaines doses de vaccin commençaient à circuler dans le pays, dans le cadre des envois du gouvernement américain pour ses nationaux résidant en Haïti.

2. Le lancement de la campagne de vaccination dans le pays

On peut regretter l’ambiance glaciale qui a présidé à la campagne de vaccination. En effet, on n’a pas noté de grandes activités de sensibilisation ni dans les rues, ni à travers les médias tel qu’on pourrait s’attendre pour une affaire si importante. Comme si tout était fait pour que cette campagne passe inaperçue et soit vouée à l’échec.

La campagne de vaccination avait été lancée de manière impromptue deux jours après la réception des 500 000 doses de vaccin avec l’ouverture du premier centre de vaccination à l’Hôpital universitaire la Paix (HUP) de Delmas où de nombreux professionnels de santé et personnes âgées s’étaient présentés pour recevoir une première dose du vaccin Moderna. Progressivement, de nombreux autres centres ont pu ouvrir pour atteindre au 20 août le chiffre de 51 à travers l’ensemble du territoire. Tout cela relève d’une certaine préparation qui a été mise en place pendant toute la période où tout le monde croyait que le ministère était indifférent à la vaccination de la population.

2.1 Les grandes lignes du plan de vaccination de la population contre le Covid-19

Le plan de vaccination de la population haïtienne contre le Covid-19 a été présenté officiellement le mercredi 30 juin, soit un mois et demi avant l’arrivée des premières fioles de Moderna. Les autorités avaient précisé que son objectif est de réduire le nombre d’infections et de décès liés au coronavirus, moyennant l’atteinte d’un taux de 62 % de la population, soit près de 7 millions d’individus.

Dans le détail, il était précisé que la campagne devait se dérouler en trois phases. La première phase devait viser le personnel de santé, la deuxième devait cibler les personnes âgées de 50 ans ayant des comorbidités et la dernière phase, les personnes âgées de 18 à 49 ans vivant avec des comorbidités. Cependant, toute autre personne n’entrant pas dans ces catégories serait bienvenue pour se faire inoculer le vaccin, selon le directeur général de la Santé publique et de la Population.

Il semble que ce que l’on craignait le plus en termes d’infrastructures a été résolu grâce à l’appui des partenaires internationaux, notamment l’UNICEF qui a fourni un appui de taille en ce qui concerne le fonctionnement de la chaîne du froid et le transport des stocks de vaccins.

2.2 Comment a-t-on pu résoudre le problème du fonctionnement de la chaine du froid dans le cadre de la campagne de vaccination en Haïti ?

Les toutes premières craintes en ce qui concerne la conservation des doses de vaccin étaient liées au problème du manque d’électricité dans le pays pour permettre la conservation des fioles de vaccin dans les conditions optimales.

On sait que l’irrégularité de la fourniture de cette forme d’énergie ne permettrait pas la conservation des vaccins qui nécessitent une alimentation continue en courant électrique. Par exemple, la conservation des stocks de Moderna sur une durée de sept mois environ, exige une température de -15 à -20 degrés Celsius contre -70 degrés pour Pfizer.

Toujours pour Moderna, le flacon non ouvert peut être conservé au réfrigérateur entre 2 et 8 °C, à l'abri de la lumière, pendant 30 jours maximum. Pendant cette période, la durée maximale de transport du vaccin à l’état liquide est de 12 heures entre 2 °C et 8 °C.
Toutefois, le flacon non ouvert peut être conservé à une température comprise entre 8 °C et 25 °C pendant un maximum de 24 heures après son retrait du réfrigérateur.

Quand le flacon est décongelé et avant dilution il peut être conservé deux heures maximum à température ambiante (maximum 30 °C) tandis qu’après dilution, la conservation ne peut pas dépasser 6 heures avec une température comprise entre 2 et 30 °C.
Pour résoudre avantageusement la question de la chaine du froid, l’astuce a été de mobiliser pour le stock de Moderna 920 réfrigérateurs solaires fournis par l’UNICEF.

Dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, chaque jour, des infirmiers et infirmières et des agents de santé transportent dans des glacières des doses de vaccins contre la Covid-19 depuis les frigidaires à énergie solaire de l’hôpital Saint Damien de Tabarre jusqu’aux points de vaccination de la capitale.

2.3 Le problème du transport des stocks de vaccins à travers le pays

Le second défi pour la distribution du vaccin dans toutes les zones du pays est lié à la grande densité des zones de non-droit qui sont des zones impénétrables. On sait que certaines routes sont bloquées du fait de la violence générée par les gangs qui sont disséminés dans le pays et que le plus souvent on ne peut les traverser sans risque majeur et sans dommage pour la conservation des stocks de vaccins. C'est pourquoi l’UNICEF de concert avec le ministère de la Santé publique et de la Population avait envisagé également de transporter les vaccins contre la Covid-19 par voie aérienne vers d'autres zones », selon Ernsly Jackson, spécialiste de la vaccination pour l'UNICEF à Port-au-Prince.

3. Quid de la campagne de vaccination depuis le 16 juillet ?

Comme il fallait s’y attendre, la campagne de vaccination contre le Covid-19 en Haïti est très poussive. Certains d’entre eux comme l’Hôpital OFATMA exigent un quota d’une dizaine de candidats qui doivent prendre rendez-vous pour opérer afin d’éviter des gaspillages, car une fois qu’une fiole est ouverte, la quantité de doses non utilisées qui ne peut pas être injectée le lendemain doit être mise au rebut.

3.1 Le fonctionnement des centres de vaccination

La cinquantaine de centres de vaccination, du moins ceux qui opèrent dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, respectent les normes internationales fixées par l’OMS. Généralement, les candidats à la vaccination sont reçus sous une tente dans une aire séparée, où sont appliqués les principes de distanciation sociale et où l’on procède à leur inscription et à l’ouverture de leurs dossiers. La formalité est simple. Tout commence par la signature d’un formulaire d’informations personnelles sur les candidats à la vaccination qui sera conservé. Ils sont ensuite soumis par l’équipe médicale à un interrogatoire sommaire qui vise à s’assurer que la personne ne présente pas symptômes s’apparentant au Covid-19. L’entretien porte aussi sur leur état leur passé sanitaire, notamment sur les allergies et les risques d’incompatibilité qu’ils pourraient encourir suite à l’inoculation du vaccin. Après qu’ils ont été reçus à la salle dédiée aux injections où sont entreposées les fioles dans une glacière, la personne vaccinée doit rester une quinzaine de minutes dans une salle d’observation pour qu’on puisse détecter éventuellement leurs réactions à la vaccination. En l’absence de signes inquiétants, la personne reçoit son carnet de vaccination, quelques conseils d’usage, puis est invitée pour le rendez-vous pour la deuxième dose en cas de primo-vaccination. Il faut ajouter qu’au moins un médecin est disponible dans les centres de vaccination. Histoire de pouvoir intervenir éventuellement en cas d’urgence ou de choc anaphylactique après l’inoculation.

Ce qui est désolant, c’est de voir que ces centres de vaccination sont faiblement fréquentés. En dehors du principal qui est l’Hôpital universitaire la Paix, il est rare de constater des affluences de candidats à la vaccination. Au maximum, on trouve rarement au même moment une cinquantaine d’« attendeurs » même dans un centre très important qui est le centre IMIS Gheskio à Tabarre.

3.2 Combien de personnes vaccinées depuis le 16 juillet ?

On dispose régulièrement de chiffres des personnes vaccinées fournis par des bulletins quotidiens du ministère de la Santé publique et de la Population depuis le début de la campagne de vaccination qui attestent la grande indifférence de la population pour cette opération.

Au 26 juillet, soit dix jours après l’ouverture de la campagne de vaccination, où on comptait cinq centres de vaccination dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, 3 028 individus avaient reçu une dose de vaccin tandis que 341 avaient le statut de vaccinés au complet avec une seule dose, sans doute Johnson et Johnson.

Au 5 août, 12 300 personnes avaient reçu leur première dose de vaccins anti-Covid-19 dont 1 423 la même journée.

Au 10 août, 16 597 premières doses de Moderna étaient distribuées dans les 37 centres de vaccination du pays.

Au 24 août, on dénombrait 24 219 primo-vaccinés et 1 800 vaccinés complets.

Enfin, au 27 août, 28 736 personnes avaient été reçues dans les centres de vaccination, dont 3 360 totalement vaccinées. Ce qui correspond à un taux de vaccination complète de 0,04 % tandis que le pourcentage de personnes primo-vaccinées ne dépasse pas 0,41 %.
Ces pourcentages concernant Haïti sont proches de ceux de la plupart des pays africains. On relève en effet au Cameroun un taux de 0,28 %, au Tchad un taux de 0,07 %. Cependant, le taux d’Haïti est de loin le plus bas dans la zone Amérique latine et Caraïbe : 20 % à la Martinique, 29 % à Cuba, 42 % en République dominicaine et 76 % au Chili. En France, ce taux s’élève à 63 %, à 60 % en Allemagne et à 52 % aux États-Unis.

Au total, ces données confirment le caractère très poussif de la campagne de vaccination en Haïti où seulement 1 000 à 1 500 personnes sont reçues chaque jour.

3.3 Une campagne de vaccination mal partie

Que représente une campagne de vaccination contre le Covid-19 dans un pays de 12 millions d’habitants où l’on ne distribue quotidiennement que 1 000 à 1500 doses dans une cinquantaine de points de vaccination ?

Cela signifie que les centres de vaccination reçoivent en moyenne 20 à 30 personnes par jour à l’échelle du pays. Cela représente sans conteste un gâchis eu égard, d’une part, aux investissements qui ont été consentis pour les installer et d’autre part, aux dépenses engagées pour leur fonctionnement, sachant en outre que certains des points de vaccination sont installés dans des locaux qui ont été loués à des particuliers.

Il faut se demander combien de doses de vaccin sont jetées chaque jour pour cause de sous-utilisation des fioles, car en l’absence du principe de rendez-vous, quand une personne se présente à un centre de vaccination on est obligé d’ouvrir un flacon pour la servir, quitte à envoyer le reste au rebut.

3.4 Les inquiétudes légitimes pour le devenir de la campagne de vaccination

Il faut donc s’inquiéter sur le devenir de la campagne de vaccination. En effet, si le rythme actuel de la vaccination qui est autour de 1 000 à 1500 doses quotidiennes est maintenu jusqu’au mois de novembre qui est la date d’expiration du stock de 500 000 doses de Moderna, on peut prévoir que 130 000 à 150 000 doses au maximum seront utilisées d’ici cet horizon. Il resterait alors environ 350 000 à 370 000 doses qui seraient frappées de péremption.

Ce serait alors la fin brutale de la campagne de vaccination, car, au vu de l’échec de l’opération, l’OMS ne prendrait point le risque d’envoyer de nouvelles fioles de vaccin en Haïti. Au rythme où vont les choses depuis un mois et demi, on peut légitimement prédire qu’il faudra une année pour écouler 500 000 doses de vaccin dans le pays. Au-delà, on devra compter une douzaine d’années pour vacciner l’ensemble de la population haïtienne dans l’hypothèse d’un vaccin à dose unique et le double pour un vaccin à deux doses comme Moderna, Pfizer ou AstraZeneca.

Pour sauver la campagne, il faudrait que le ministère de la Santé publique et de la population s’active à sensibiliser les populations de manière énergique à travers une puissante campagne de communication qui ne se résume pas simplement à demander aux grands acteurs religieux d’inciter les fidèles à se faire vacciner.

Conclusion

Ce texte dépeint les immenses difficultés de la campagne de vaccination de la population haïtienne contre le Covid-19 qui est une campagne extrêmement poussive en raison du déni de la maladie dans le pays et de l’hostilité de nos compatriotes envers tout ce qui concerne cette pandémie. Maladie des Blancs au départ, maladie des gens aisés quand on annonce les décès de personnalités connues. Vaccins créés pour tuer tous les Haïtiens et les Africains. Existence de moyens naturels pour traiter localement la maladie du coronavirus. L’échec de la campagne de vaccination est patent, le nombre de doses distribuées quotidiennement dans le pays n’ayant jamais atteint le volume de 2 000. La première prédiction que nous avons faite est que 70 % du stock de 500 000 doses prévues pour 250 000 personnes au titre de la première donation dans le cadre du Programme COVAX ne trouveront pas preneurs au mois de novembre où elles seront périmées. Au-delà, pour vacciner l’ensemble de la population haïtienne dans l’hypothèse d’une dose unique, il faudrait compter une douzaine d’années et 24 ans dans le cas de vaccins à deux doses. Autant dire que pour Haïti comme pour les pays africains, la perspective concoctée par l’OMS et les pays développés d’atteindre l’immunité collective par la vaccination anti-Covid-19 s’avère être une chimère.

Jean SAINT-VIL
jeanssaint_vil@yahoo.fr




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