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Viktor Orbán : récit d’un homme d’État passionné de football

Viktor Orbán : récit d’un homme d’État passionné de football



Lorsqu’on évoque la Hongrie dans un contexte footballistique, il est tout à fait légitime que l’on pense rapidement au légendaire Ferenc Puskas. Il a été l’acteur majeur d’une épopée aux heures de gloire de cette sélection au courant des années cinquante. Néanmoins, si Puskas a su dorer le blason de cette nation par ces prouesses sur le terrain, c’est grâce à un amoureux du foot et ancien joueur lui-même, tel que le Premier ministre hongrois Viktor Orbán que le football a su être pérennisé en Hongrie, conférant à ce sport au passage, une dimension extra-sportive ou mieux encore, politico-sportive.

Le chef du parti Fidesz-MPSZ, un parti chrétien-démocrate dont il prend la tête en 1993, V. Orbán, est féru de football et fut lui-même ancien joueur. Il a fait irruption dans la conscience du peuple hongrois après les élections législatives de 1998, remportées par les partis de droite favorisant son accession au poste de premier ministre. Il alla donc s’installer paisiblement dans la ville de Felcsút, Ville dans laquelle il bâtira la Pancho Arena. Aussi prévoyait – il deux issues possibles pour redonner à la Hongrie sa fierté d’antan dans le monde du sport : la première consistait en la construction de stades, ce qui constituerait une entreprise remarquable rapidement, la deuxième : privilégier la formation, ce qui demanderait somme toute, davantage de temps pour percevoir des effets.

Le choix fut vite fait comme l’en témoigne l’édification d’une dizaine de stades dans le pays et la rénovation de nombreux autres.

En effet, dès le début, Orbán ne cachait pas sa passion pour le ballon rond. Le journal anglais the Guardian rapporte même qu'Orbán regardait jusqu'à six matchs par jour et que son premier voyage à l'étranger en tant que Premier ministre, en 1998, a été la finale de la Coupe du monde à Paris. De plus, les dirigeants du Fidesz qui occupent actuellement les trois postes les plus puissants de Hongrie – soit, Orbán, le président János Áder et László Kövér, le président de l'Assemblée nationale - ont tous joué ensemble dans la même équipe de football.

Orbán, nationaliste de son état, s’assura d’avoir le contrôle sur tout ce qui se passe dans le pays, ainsi nous relevons le fait qu’il modifia la constitution en 2010, ensuite en, 2015 il promulgua une loi renforçant les pouvoirs des forces militaires pour « mieux sécuriser » les frontières et même le revêtement intérieur de la Pancho Arena est à son gout avec ses arches mégalithiques de style médiéval se détachant de façon surprenante dans la ville en incarnant le penchant nationaliste d'Orbán pour « l'architecture hongroise organique »

Quid du plus grand stade du pays : la Puskas Arena

Inauguré au début sous le nom de Népstadion qui signifie « stade du peuple », la Puskas Arena a été construite afin de doter la Hongrie d'un stade national plus grand pour remplacer un stade plus ancien : l'Üllői úti Stadion. Plus tard des plans vont être élaborés pour reconstruire le Puskas Ferenc Stadium dans le cadre de la candidature de la Hongrie à l'organisation de l'Euro 2012. Bien que cette candidature ait échoué, le gouvernement hongrois a continué à travailler sur les plans de construction d'un nouveau stade moderne, qui s'est concrétisé en 2014 lorsque Budapest a été sélectionnée comme l'une des villes hôtes des Championnats de l'Euro 2020.La nouvelle Puskas Arena a donc ouvert ses portes en 2019.

Par ailleurs, une rénovation en ce sens s’inscrit aussi dans une logique de créer un symbolisme autour du pouvoir en place, car il va de soi que le sport constitue une vitrine de la vitalité et de la grandeur d’une nation dans les relations internationales

Il est ou l’aspect politique dans tout ça ?

Les rénovations d’ordre infrastructurelle ne sont en rien anodine, elle porte en elle la velléité du premier ministre à renvoyer une image forte du pays sur la scène internationale et de redonner la fierté au peuple hongrois, eux habituer à des moments d’euphorie comme en 1953 ou le Onze d'or hongrois, invaincu toutes compétitions confondues depuis 1950 et auréolé de leur sacre olympique en 1952, à Helsinki ,s’est imposé sur les Anglais sur le score de 6-3 devant 100 000 spectateurs, avec un triplé de Hidegkuti, un doublé de Puskás et un but de Bozsik4. Une humiliation pour la nation mère du football !

La nostalgie est donc le cheval de bataille de Orbán afin d’affirmer ses élans nationalistes, ce fut pareil lorsqu’il était confronté à la crise migratoire de 2015 ou il préférait tenir une rhétorique laissant croire que c’est contre les valeurs chrétiennes que de laisser les migrants envahir la Hongrie. La Hongrie était selon lui la « première ligne défensive » contre l’expansion de l’empire ottoman ou selon ces mots « des « envahisseurs musulmans ». Ainsi, après avoir raccroché les crampons en 2005 Orbán combina sa passion pour le football avec la politique poussant donc toute la sphère footballistique hongroise dans un « orbanisme » exacerbé. Georges Hemingway, propriétaire du club hongrois, Honved a même déclaré que : « sans Orbán le football hongrois serait déjà mort ». Aujourd’hui : 11 des 12 clubs du championnat hongrois sont les propriétés d’un des alliés de Orbán ; 1 milliard des fonds publics a été alloué au football depuis 2010.

Orbán est un politicien très futé, il sait que la population hongroise veut revivre les sensations d’antan comme en 1954 ou ils étaient finalistes de la coupe du monde, c’est dans ce contexte que le gouvernement de Orbán s’est mis à investir dans des infrastructures sportives dans les pays voisins dans lesquels résident des minorités hongroises comme l’Ukraine, la Roumanie, la Slovaquie, etc. dans ce même champ d’action ,Le Fidesz a donc changé la loi sur la nationalité hongroise en 2011 qui permet aux descendants de ceux qui étaient hongrois avant 1920 ou durant 1941,1945d’obternier la nationalité hongroise, par conséquent le droit de vote. Donc 750 000 personnes ont appliqué selon les données de 2015. Ce qui voudrait dire que 750 000 potentiels votants directs pour le Fidesz.

Selon certaines données recueillies entre 2011 et 2016 : 1 milliard d’euros ont été investis, 1/3 allant au football, 8% de cette même somme uniquement pour le club de Felcsút. Ainsi la transparence a pris un sérieux coup, ces chiffres mirobolants n’ont donc pas laisser sans réactions les forces vivent de la nation hongroise même si les journaux qui contestent le gouvernement sont fermés ; les ONG indépendantes sont menacées d'enquêtes policières et qualifiées d' «agents étrangers». La Cour suprême hongroise a rendu deux arrêts qui obligeaient le gouvernement à publier des informations financières très confidentielles sur ses dépenses en matière de sport et de stades, ce qui aurait pu révéler le coût réel des initiatives de Orbán.

Pour les partis d’opposition, « les stades sont devenus le symbole de l'arrogance d’Orbán » a fait savoir le militant de l'opposition Gábor Vágó. De plus selon un article de The Guardian, En mai 2017, vers la fin de la saison de football, Vágó a organisé une manifestation d'environ 300 électeurs devant la maison d'Orbán à Felcsút, où ils ont jeté en l'air de la fausse monnaie représentant Orbán et Mészáros. Ce dernier est un homme politique et homme d'affaires hongrois, connu comme la première fortune du pays.

Par ailleurs, les opposants d'Orbán ont remporté une victoire en février 2017 avec une pétition contre la candidature du gouvernement pour accueillir les Jeux olympiques d'été de 2024 à Budapest, une campagne appelée Nolimpia a fait valoir que des services relevant de la fonction régalienne de l’État hongrois étaient des questions plus urgentes que les stades sportifs, et a recueilli plus de 266 000 signatures de résidents de Budapest. Le projet fut vite abandonné par le Fidesz voyant se profiler une défaite humiliante dans les urnes.

Toujours selon The Guardian, la Cour suprême hongroise a également décidé - après une série d'actions intentées contre des ministères, des fédérations sportives et des conseils locaux - que les contributions des entreprises au programme TAO (déduction fiscale pour les sociétés) versées par des entreprises qui avaient été entourées de secret, étaient bien des fonds publics et devaient donc être divulguées ». Au cours de la bataille juridique, le gouvernement avait tenté de jouer sa dernière carte en classant les dons dans la catégorie des « secrets fiscaux ». À nos jours rien de concret n’a pu être réalisé en ce sens

Pour quel résultat ?

L’Académie Puskás, qui est censée fournir de nouveaux talents locaux au football hongrois, n'a pas été en mesure de remplir sa mission. Il est reproché au gouvernement hongrois d'engager « des joueurs moyens originaires de pays qui ne sont pas connus pour leur excellence dans le monde du football ». Groupama Arena de Budapest, un stade de football situé à Budapest (Hongrie) dont le club résident est le Ferencváros TC par exemple n'attire pas grand monde, les taux de remplissage ne dépassant que rarement les 20%.

La Pancho Arena quant à lui est souvent davantage remplie par les proches d’Orbán.

Il est à rappeler toutefois que depuis 2014, la Hongrie s'est qualifiée que pour deux Coupes du monde de jeunes (U20 en 2015 et U17 en 2019) et quatre championnats européens au total (U19 en 2014, seniors en 2016, U17 en 2017 et 2019). Des parcours peu luisants, illustrant le fait que de 1986 à 2016, la Hongrie n’a plus participé à aucun tournoi majeur.

Jonathan Ménard




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