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La proposition du Collectif des chercheurs haïtiens et universitaires pour la démocratie et l’État de droit (COCHUDED) sur la crise actuelle.

La proposition du Collectif des chercheurs haïtiens et universitaires pour la démocratie et l’État de droit (COCHUDED) sur la crise actuelle.



Nous, membres du Collectif des Chercheurs haïtiens et universitaires pour la démocratie et l’État de droit (COCHUDED), condamnons dans les termes les plus forts et sincères l’assassinat du Président de la République d’Haïti, Monsieur Jovenel Moïse, survenu dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021.

Cette attaque odieuse est un affront à la démocratie, au droit à la vie et la dignité de la personne humaine. Personne n'a le droit d'ôter la vie d'une autre personne dans de telles circonstances, quelle que soit la mésentente politique, sociale, économique et religieuse.

Le Collectif des Chercheurs haïtiens et universitaires pour la Démocratie et l’État de droit dénonce profondément cet acte crapuleux et présente ses pensées, ses plus vives sympathies à la famille présidentielle, au peuple haïtien et à toutes les personnes affectées par la disparition tragique du président de la République Jovenel Moise.

Ce crime de trop ne doit pas rester impuni. La République doit donner un exemple et fixer la responsabilité des auteurs et co-auteurs de cet assassinat afin que celui-ci ne soit plus reproduit dans la République.

COCHUDED en profite pour demander aux autorités haïtiennes, aux forces vives du pays et à la communauté internationale d'agir avec transparence dans ce dossier afin de donner la vérité et toute la vérité au peuple haïtien. Le Collectif est contre toute velléité ou initiative visant à laisser l'enquête sur l'assassinat du président Jovenel Moïse sous la responsabilité unique de la communauté internationale. Pour ce faire, COCHUDED propose de former une commission d'enquête spéciale qui pourrait être dénommée "Commission de Vérité nationale" composée des membres du pouvoir judiciaire, du pouvoir législatif et de la société civile ( organisations de défense des droits humains, universitaires, entre autres). Cette dernière fera appel bien évidemment à des enquêteurs internationaux issus de certains pays dont les contributions sont importantes dans l'aboutissement de l'enquête, notamment, les États-Unis, le Canada, la France et la Colombie, dont des ressortissants sont accusés dans cet assassinat. La formation de cette commission ne doit pas mettre fin aux premières actions des Forces de l'ordre et de la justice visant à appréhender les suspects et présumés assassins du Président Jovenel Moïse. La vérité judiciaire est la seule vérité de l’histoire parce qu’elle met l’homme devant lui-même.

Cet assassinat enfonce davantage Haïti dans une crise dangereuse. La crise politique est, en effet, une anomalie dans le fonctionnement des sociétés démocratiques. Celle-ci bloque le progrès social, économique, politique, écologique et culturel. Depuis plusieurs décennies Haïti vit une crise permanente qui bloque ses capacités sociale et politique à poser les véritables enjeux de son temps. La mort tragique du président de la République, Monsieur Jovenel Moïse, marque, en outre, l’aboutissement d’une situation en décomposition où la violence devient la seule forme de dialogue possible. Cette attaque constitue un acte de barbarie, de sauvagerie sans nom, et, porte atteinte à l’essence de la République, au droit de l’homme et aux valeurs civilisationnelles. Bref, cette mort est la résultante des faiblesses institutionnelles. On pourrait dire que c’est la mort de nos institutions. Pour penser Haïti, il faut d'abord penser à refaire les institutions républicaines.

Le Collectif des chercheurs haïtiens et universitaires pour la démocratie et l'État de droit estime que la mort du président Jovenel Moïse ne peut pas, et ne doit pas, constituer un moyen politique pour résoudre la crise actuelle. Car, cela supposerait que la mort d’un homme est la seule issue pour mettre fin aux désaccords politiques. Dans une telle perspective, le débat démocratique serait vain, et, le respect de la dignité de la personne humaine, la décence élémentaire n’aurait plus sa place dans le monde civilisé. Et c’est cette conception des choses qu’il faut changer radicalement.

C’est pour ces raisons que COCHUDED se positionne pour une sortie de crise par le haut et dans le temps long. Une sortie de crise qui tient compte de cet acte de barbarie où tous les coupables seront poursuivis et jugés selon les lois et les dispositions juridiques de la République, afin qu’une telle tragédie ne se reproduise plus jamais dans le pays.

Le Collectif des chercheurs haïtiens et universitaires pour la démocratie et l'État de droit pense qu’il est fondamental, aujourd’hui, de définir dans le cadre d’un "Grand Rassemblement" et d'un "Accord inclusif" les bases d’une nouvelle société démocratique reposant sur le respect des droits fondamentaux de la personne humaine par la refondation de l'État haïtien en commençant par les institutions républicaines, notamment, l'armée, la police, la justice. Le principe de la séparation des pouvoirs doit être théoriquement et matériellement redéfini en Haïti.

COCHUDED estime que la démarche du « Protocole d’Entente nationale » est biaisée à la base parce qu’elle n’est pas représentative de la société haïtienne. Cette démarche s’inscrit dans une vision politicienne de la prise du pouvoir sans tenir compte des autres secteurs de la vie nationale - le secteur universitaire et de la recherche, la diaspora haïtienne, les intellectuels, le monde associatif, etc. -. Néanmoins, le Collectif des Chercheurs haïtiens et universitaires pour la Démocratie et l'État de droit pense que cette anomalie peut être corrigée et la démarche peut être renforcée afin de garantir la fiabilité de cette dynamique. C'est la raison pour laquelle le Collectif propose aux acteurs de la vie nationale de se tourner rapidement vers le "Grand Rassemblement" pour un "Accord inclusif". Le grand rassemblement exige la réunion de toutes les filles et fils de la nation indépendamment de leurs idéologies et familles politiques pour une sortie de crise dans le temps long pour reprendre l’expression de Fernand Braudel.

Le Collectif des Chercheurs haïtiens et universitaires pour la Démocratie et l'État de droit (COCHUDED) se veut être au cœur de la dynamique actuelle afin de garantir la visibilité et l’intégration du monde universitaire dans la recherche d’une solution alternative, durable, inclusive et pérenne à la crise actuelle. Toutefois, nous ne devons pas perdre de vue que la classe politique actuelle fait partie du problème. Ainsi, elle ne peut être, à elle seule, la solution du problème.

La refondation de l'État, le renforcement des institutions publiques, la reconstruction de la police nationale, la restauration de la confiance dans les institutions publiques et la prise en compte des grands enjeux contemporains, comme le changement climatique et la crise environnementale haïtienne, la décentralisation, sont des défis à relever collectivement. Le COCHUDED exige un grand rassemblement pour un « Accord inclusif » interhaïtien nécessitant des solutions innovantes et révolutionnaires.

Compte tenu de tout ce qui précède, et face à tous ces enjeux fondamentaux, le Collectif des Chercheurs haïtiens et universitaires pour la Démocratie et l'État de droit se porte volontiers dans la recherche d’une solution durable à la crise permanente actuelle. Pour ce faire, il propose de:

1) mettre en place un gouvernement de transition avec pour missions prioritaires:

- refonder l'État. La mort du président Jovenel Moïse consacre la mort de nos institutions. Le prochain gouvernement provisoire doit d'abord travailler à la refondation de l'État par la reconstruction et le renforcement de nos institutions républicaines ;

- gérer les crises insécuritaires qui paralysent le pays (crises politique, alimentaire et sanitaire) ;

- fixer un nouveau calendrier pour les prochaines élections générales dans le pays. Cependant, COCHUDED s'oppose à toute velléité et volonté d'un quelconque groupe d'organiser les élections générales cette année (2021) dans le pays. La situation actuelle du pays n'est pas propice aux élections. Tous ceux qui alimentent la division au sein de la famille haïtienne ne font que parler d'élections immédiates. Le Collectif exige une période raisonnable de stabilité et de réconciliation allant de un an à deux ans avant de réaliser les élections en Haïti. Aujourd'hui, la priorité nationale doit être accordée à la refondation de l'État haïtien visiblement et matériellement disparu; et la reconstruction de la confiance nationale et patriotique.

2) créer une commission indépendante pour:

- organiser le Grand Rassemblement autour d'une table ronde nationale sur la "parole citoyenne " avec les forces vives de la nation (enseignants-chercheurs, politistes, sociologues, philosophes, juristes/avocats, intellectuels, représentants des départements, politiques, leaders et acteurs locaux, etc.) en vue d'arriver sur cet "Accord inclusif" à proprement parler.

3) mettre en place un mécanisme de démocratie participative en vue de porter les revendications socio-politiques de la population.

4) créer les conditions appropriées pour redéfinir un Accord politique et social inclusif pour les 50 prochaines années. Cet accord politique d’un demi-siècle est un facteur fondamental dans la construction d’une société juste et équilibrée. C’est un gage de stabilité sur le long terme et pour l’avenir de nos enfants.

Fait à Port-au-Prince, le 12 juillet 2021.


Pour le Collectif des Chercheurs haïtiens et universitaires pour la Démocratie et l’État droit :

Monsieur Elan GUERRIER, Docteur en Droit public

Monsieur Joram VIXAMAR , Docteur en Droit public

Monsieur Levenson JEAN-LOUIS, Docteur en Droit public

Monsieur Joël MICHEL, Docteur en Sciences de l’Éducation et de la Formation

Monsieur Chedly DELICE, Médecin spécialisé

Contact :(509) 34109239/44975857/




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