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La protection des droits de l’Homme en période de crise humanitaire : le cas du Grand Sud

La protection des droits de l’Homme en période de crise humanitaire : le cas du Grand Sud



Haïti, plus particulièrement le Grand Sud et principalement la Grand’Anse vit depuis le 14 août 2021 un moment critique de son histoire. Un terrible tremblement de terre de magnitude 7.2 sur l’échelle de Ritcher vient de foudroyer ce coin de terre déjà longtemps oublié par les dirigeants de ce pays. La souffrance humaine a , depuis ce jour fatidique, atteint un niveau d’insupportabilité jusque là inégalé.

En effet, cette année, l’Organisation des Nations Unies va commémorer ses 76 ans d’existence le 24 octobre prochain. Durant ses trois quarts de siècle, c’est pour la première fois dans toute l’histoire de cette majestueuse organisation qu’un sommet mondial sur l’Action humanitaire a été organisé à Istanbul en mai 2016 sous le haut patronage de son secrétaire général d’alors, Monsieur Ban-Ki-Moun.

Lors de ce sommet, il était convenu que les dirigeants du monde entier y compris ceux d’Haïti, en période de crise humanitaire ne doivent « laisser personne de côté » et ont aussi l’obligation de travailler continuellement ensemble pour « investir dans l’humanité »

Par crise humanitaire, nous entendons :

a- Les conflits humains tels : les guerres, les génocides, les exterminations ethniques , raciales ou religieuses, etc.
b- Les pandémies telles : la peste, la grippe espagnole, le choléra , la covid-19, etc.
c- Les catastrophes naturelles comme : les tempêtes, les éruptions volcaniques, les cyclones , les incendies de forêt, les tremblements de terre, etc.

Durant ces périodes de crise humanitaire, il est incontestable que la détérioration et les violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire peuvent facilement engendrer des crises de toutes sortes, mais peuvent aussi faire augmenter les besoins humanitaires des populations touchées à un rythme exponentiel. C’est ce qui arrive présentement dans toute la Grand’Anse plus spécialement à Jérémie, Pestel, Corail, Latibolière, Beaumont etc.., dans le département du Sud et dans les Nippes.

Dans sa Résolution À/Rés./48/11 du 7 janvier 1994, l’Assemblée générale des Nations unies a jugé opportun de donner plein et entier mandat au Haut Commissariat des droits de l’Homme (HCDH) de faire en sorte que la « promotion de tous les Droits de l’Homme constitue un souci légitime de la communauté internationale. »

C’est bien sûr durant ces périodes de fragilité et de vulnérabilité extrême que les droits humains doivent faire l’objet d’une surveillance renforcée surtout en ce qui concerne les droits à l’alimentation et au logement qui sont des droits universels, indivisibles, interdépendants et étroitement liés les uns aux autres. C’est le moment plus que jamais propice pour le Haut Commissariat des Droits de l’Homme de l’ONU de confirmer sa présence en Haïti dans le cadre du mandat qui lui est confié spécifiquement pour ces moments d’urgence humanitaire par le sommet d’Istanbul de 2016 sur l’Action humanitaire.

Le Haut Commissariat a pour devoir, durant les périodes de crise humanitaire comme celles que nous vivons actuellement dans la Grand ’Anse, le Sud et les Nippes, d’aborder ses interventions selon une « approche de l’action humanitaire fondée sur les Droits de l’Homme. »

Dans ces moments tragiques de grandes crises humanitaires, il faut agir avec prudence et dextérité pour ne pas violer la dignité des victimes même si elles sont dans la plus grande désolation et le plus grand besoin.

Pourquoi filmer et interviewer en direct les victimes à qui l’on tend un sac de riz, de pois et quelques boîtes de sardines ?

Pourquoi publier sur Facebook, WhatsApp et Instagram la distribution de l’aide lorsque les victimes s’entredéchirent les vêtements pour attraper quelques boîtes de sardines en plus ? Ce qui s’est passé sur le wharf de Jérémie avec les bateaux dominicains ne fait pas honneur à nous en tant que peuple qui a occupé ce pays durant 21 années. Un tel agissement foule au pied la dignité, le respect et l’honneur du peuple haïtien.

En publiant ces images humiliantes sur les réseaux sociaux, même si nous sommes convaincus de la bonne foi de ceux qui les ont publiées, mais sans s’en rendre compte, ils piétinent la dignité de l’être, le rabaissent jusqu’à l’animalité.

La façon de donner, enseigne Pierre Corneille, vaut mieux ce qu’on donne. En réalité, on peut toujours voler au secours des plus faibles sans faire de la publicité, surtout si elle faite à des fins électoralistes.

Dans ces moments de grandes tragédies, l’aide est fondamentalement nécessaire. Elle sera toujours importante et indispensable. Cependant, il faut, autant que faire se peut, essayer de réduire totalement la « discrimination et la politisation dans la distribution de l’aide et de proposer des mesures pour prévenir les violations et leur récurrence. »

Il faut surtout éviter que les politicards véreux et sans vergogne qui sont beaucoup plus attachés à leur rosette qu’au bien-être de la population n’utilisent l’aide bien méritée à des fins de politiques politiciennes.

En 2016 après Matthew, l’aide a été déroutée de sa trajectoire et utilisée par des politiciens à des fins électoralistes. En tant que peuple, il faut toujours se souvenir du passé pour ne pas commettre les mêmes erreurs dans les mêmes conditions, car, « un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre », avertit Winston Churchill.

Il faut toutefois se rappeler que lors du premier sommet mondial sur l’action humanitaire tenu à Istanbul, les acteurs ont pris des engagements dont le nombre était fixé à 32 en faveur de l’action humanitaire afin de « contribuer aux efforts collectifs visant à prévenir et à réduire la souffrance humaine. »

Apporter une aide aux populations sinistrées est louable et méritoire. Pourtant, cela ne suffit pas. Il faut que la Communauté internationale et Haïti travaillent ensemble, dans un coude à coude fraternel, afin d’enrayer le dénuement et la privation qui minent le fondement social et économique des familles haïtiennes. Il faut que les engagements pris au sommet d’Istanbul en 2016 en faveur de l’action humanitaire se concrétisent dans les faits en Haïti, plus particulièrement dans la Grand ’Anse, le Sud et les Nippes. Les mots ne valent plus dans cette circonstance . Il est temps d’agir la pensée et penser l’action.

A cet effet, certaines organisations de la société civile et d’autres institutions indépendantes telles : la Brigade d’Intervention médicale (BIM), la Fondation Julia et Jade, Chand’Elles, J-Com, Découvrir la Grand’Anse, Anderson Duvert Blog, GRADE, Fondation Avenir, Together for Haïti, Children Vision Center (CVC), Equalhealth, etc.. ont déjà montré un bel exemple de solidarité dans leur manière d’intervenir habilement en faveur des sinistrés. C’est un modèle à suivre.

Un autre modèle de solidarité citoyenne qui respecte la dignité de l’Homme en période de crise humanitaire reste et demeure l’exemple inédit donné par un groupe de citoyens de la commune des Abricots, pour la plupart de pauvres paysans, qui ont, une semaine après le tremblement de terre, rempli 3 chaloupes en denrées alimentaires pour venir en aide aux populations besogneuses de Corail, de Pestel et des Îles Caymittes. Dans ce geste de solidarité extériorisé par les paysans des Abricots remuent l’esprit et les idées du sommet mondial sur l’action humanitaire d’ Istanbul de 2016. Bravo aux abricotins ! Quand on veut on peut. Les premières réponses doivent être locales avant d’être nationales et internationales. C’est ce que le sociologue pestelois, James Saint-Germain, appelle dans ses écrits : « l’intercommunalité. »

Il est donc aujourd’hui urgent que la Communauté internationale et Haïti comprennent que la crise humanitaire qui sévit dans le Grand Sud depuis le 14 août dernier est sur le point de se transformer en catastrophe humanitaire. Il faut agir vite et bien pour atteindre le plus grand nombre de victimes possibles. Il faut que les engagements pris à Istanbul lors du fameux sommet sur l’Action humanitaire s’appliquent chez nous aussi. Avant le tremblement de terre, les sinistrés vivaient dans l’abjecte pauvreté. Aujourd’hui, ils sont dans le dénuement le plus total. Au seuil d’une rentrée des classes qui s’annonçait déjà incertaine, ce séisme vient d’ajouter de la gazoline sur le feu. Les familles sont de plus en plus décapitalisées. Elles passent de la misère à l’extrême pauvreté . Ce n’est plus le moment de profiter de leur situation désastreuse à des fins personnelles ou politiciennes. Il ne faut pas non plus admettre, selon Alexis de Tocqueville, qu’un « acte injuste, attentatoire aux droits sacrés de l’humanité puisse se justifier par une raison d’utilité. »

Rosny SAINT LOUIS
Av. Ma. DIDH
Diplômé de l’ École Nationale de la Magistrature de Bordeaux
stlouisrosny@yahoo.com ou saintlouisrosny3@gmail.com




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