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La République à l’épreuve des passions

La République à l’épreuve des passions



À l’ère des moyens de communication modernes, la désinformation en ligne constitue une menace sérieuse pour tout système démocratique, partout dans le monde et plus particulièrement chez nous. C’est pourquoi il est indispensable de trouver des moyens pour protéger la République des méfaits de la manipulation de masse.

Contrairement à la tyrannie qui s’accommode bien des caprices d’un tyran, la République démocratique a besoin de rationalité pour promouvoir le mérite et la vertu afin d’incarner l’idéal de liberté, d’égalité et de fraternité. Il s’agit de donner « le pouvoir aux plus capables pour réaliser le plus grand bien du plus grand nombre », comme le répétait souvent le professeur Leslie Manigat.

Or, les passions déclenchées par le jeu politique dans une démocratie peuvent mettre en échec le mérite et la vertu qui sont les fondements de toute République. L’histoire récente d’Haïti illustre comment des cancres et des corrompus peuvent prendre le contrôle de l’État à travers des élections démocratiques en exacerbant les antagonismes et les passions ou en usant de la corruption.

Tout le monde peut être manipulé, même les plus éduqués. Pour résister aux stratégies de manipulation de masse, il convient de garder éveillé son esprit critique et de l’aiguiser par « l’observation, le raisonnement et l’expérimentation » de René Descartes ou encore le « voir, juger, agir » de Joseph Cardijn. Ces deux méthodes participent de la même approche qui consiste à regarder, analyser, transformer. Cette approche est inopérante sans la maîtrise des passions.

1.- Regarder

Partir des faits est la première démarche de tout esprit rationnel. Ces faits sont disponibles dans l’actualité, les rapports d’institutions officielles ou privées, les statistiques d’organismes nationaux et internationaux. Le minimum pour le citoyen est de suivre l’actualité politique pour s’informer, tout en faisant la différence entre ce qui est une information, une opinion ou une propagande. Rendre publics et intelligibles les rapports et les statistiques est le travail des universitaires, de la presse et des intellectuels.

À l’heure des réseaux sociaux où la parole de l’imposteur a la même valeur que celle de l’expert, où ceux qui portent un discours rationnel sont perçus par les amateurs du sensationnalisme comme des trouble-fêtes, il est indispensable de présenter aux citoyens des faits vérifiés et vérifiables. C’est d’abord le travail d’une presse indépendante, professionnelle et responsable. Cela implique d’oser questionner les affirmations et les propositions des politiques, de confronter leurs déclarations à la réalité. La presse ne doit pas servir de caisse de résonance au mensonge, à la propagande et à la violence. Ce serait de sa part une erreur de jugement et une faute déontologique.

2.- Analyser

Il ne suffit pas de rassembler les faits, il faut pouvoir les faire parler en posant les bonnes questions. Dans la vie – et pas seulement en philosophie et en science – les questions sont plus importantes que les réponses. Si on ne pose pas les bonnes questions, on risque de ne pas trouver les bonnes réponses.

Pour qu’une démocratie puisse bien fonctionner, il faut un système éducatif qui forme très tôt les jeunes esprits à la logique. L’école républicaine ne peut en aucun cas se satisfaire d’une éducation qui serait basée sur la simple répétition de savoirs, sur l’apprentissage « par cœur » sans stimulation de l’esprit critique, sans associer le pourquoi du comment. Un vrai enseignement républicain doit viser à développer chez le citoyen des compétences d’analyse et de synthèse pour qu’il soit capable de faire des choix éclairés et de trouver des réponses aux multiples problèmes qui ne manqueront pas de surgir dans un monde en mutation. La République fonctionnera beaucoup mieux si chaque citoyenne et chaque citoyen agissent de manière rationnelle.

3.- Transformer

L’observation et l’analyse visent à conduire à une praxis. Il faut pouvoir transformer les faits analysés en idées, projets, stratégies, actions. On n’a pas toujours de réponses à tous les problèmes. C’est à ce moment-là qu’il faut faire preuve d’imagination créatrice pour sortir des sentiers battus. Ici, la logique atteint ses limites et c’est l’intuition qui doit prendre le relais. La formation académique ne peut pas à elle seule développer l’intuition : il faut une longue pratique professionnelle et une bonne culture générale qui ne s’acquiert que par la lecture. La raison donne toute sa mesure quand la logique et l’intuition fonctionnent en harmonie.

4.- Maîtriser ses passions

La démarche « regarder, analyser, transformer » n’est pas une panacée. Elle est une méthode de travail intellectuel qui devrait être aussi une manière de vivre. Il n’est pas certain que la méthode soit infaillible face à la défaillance de la logique humaine, car les sciences humaines ont déjà démontré que les émotions peuvent obscurcir le jugement. C’est pourquoi, il est important de placer la raison au-dessus des passions.

Apprendre à gérer ses émotions devrait être un apprentissage tout au long de la vie si on ne veut pas être consumé par elles. La psychologie et différentes spiritualités offrent des outils pour apprendre la maîtrise de soi. À chacun de trouver les méthodes qui conviennent à sa personnalité.

Par ailleurs, le monde réel n’adhère pas toujours à la logique et ce n’est pas parce qu’un choix est logique qu’il est opportun. C’est en cela que les émotions sont utiles. Elles nous permettent d’exprimer de la colère face à l’injustice ou de manifester de l’empathie envers ceux qui pleurent, qui souffrent et qui désespèrent en ce monde ; ceux qu’une certaine logique économique pourrait conduire à laisser au bord de la route.

Les passions ont toujours été une épreuve pour la République. Celles-ci se trouvent décuplées par la libéralisation des réseaux sociaux, pour le meilleur et pour le pire. Si rien n’est fait, des populistes se lèveront dans différents pays. Ils séduiront beaucoup de peuples. La démocratie sera mise à rude épreuve et la République s’effondrera sous un tonnerre d’applaudissements. L’école républicaine est le dernier rempart de la République contre l’obscurantisme ; c’est-à-dire, un enseignement qui développe l’esprit critique chez les citoyens en syntonie avec l’empathie.

Alain Mondésir

N.D.L.R.
* Alain Mondésir a une maîtrise en droit public (Université Toulouse 1 Capitole) et auteur de deux ouvrages sur Haïti : « Haïti : hier, aujourd’hui et demain : maîtriser son destin » (2013) et « Dynamique des relations internationales : enjeux et défis pour Haïti » (2018). L’auteur a publié dans « Le National » une série d’articles sur l’importance d’un État de droit sous les titres suivants : « La République ou la mort », « Les valeurs de la République », « Les fondements de la République » et « Les institutions d’une République démocratique ».




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