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« Zo reken »: un documentaire d’Emanuel Licha sur la politique de l’aide humanitaire en Haïti

« Zo reken »: un documentaire d’Emanuel Licha sur la politique de l’aide humanitaire en Haïti

En avril 2021, Emanuel Licha a sorti un long-métrage titré : « Zo reken (os de requin) ». Dans ce documentaire tourné à Port-au-Prince, en plein « pays lock », et qui, jusqu’à date, reste méconnu du grand public haïtien, le réalisateur donne la parole à des citoyens haïtiens qui discutent du (post-)colonialisme et du manque de confiance des organisations humanitaires internationales tout en dénonçant la relation malsaine et l’assistanat funeste de ces organisations.  

Frappée de plein fouet par un puissant séisme le 12 janvier 2010, Haïti s’est vite transformée, le lendemain, en une République des Organisations non gouvernementales (ONG). Des milliards de dollars ont été collectés par des bailleurs de fonds afin de venir en aide à Haïti. Pourtant, le pays est devenu de plus en plus dépendant de l’aide humanitaire. 

Avec sa caméra, Emanuel Licha a décidé de lever les rideaux. « Ce qu’il y a de fascinant, si on a un peu de conscience, un peu d’intelligence, un peu de curiosité, on voit comment il y a ceux qui roulent en voiture et ceux qui la regardent. Les gens qui s’arrêtent, les gens qui voient passer cette voiture (zo reken) et qui disent ces gens-là ce n’est pas nous », a résumé un citoyen haïtien dans la bande-annonce dudit documentaire. 

Véhicules tout-puissants, les organismes humanitaires, qui, soi-disant, œuvrent pour le bien-être et le bonheur de l’humanité, utilisent les « zo reken » pour accéder à des zones difficiles d’accès. Qualifiée du « patriarcat intransigeant », l’aide internationale doit être repensée, selon les propos des citoyens haïtiens à qui le réalisateur a donné la parole. À travers ce long-métrage, les Haïtiens formulent leur requête : « ils veulent être maîtres de leur propre vie et avoir le dernier mot sur toute stratégie humanitaire en Haïti », a écrit Nadia Agamawy. 

Par ailleurs, selon une interview accordée à Radio Canada, Emanuel Licha a souligné que cette catégorie de voiture représente un symbole de pouvoir. « En Haïti, les 4x4 sont devenus un des signes ostentatoires d’une présence étrangère et humanitaire. Aussi sont-ils des objets et des espaces qui marquent les distinctions entre privilégiés et affligés, entre aidants et assistés, entre « puissants » et « faibles », explique M. Licha ajoutant : « Des passagers dénoncent, dans le film, les promesses non tenues. »

Selon le réalisateur, le véhicule « zo reken » représente aussi pour les Haïtiens un objet de répression. « Le Toyota Land Cruiser (zo reken) est utilisé en Haïti pour servir d’autres usages. Les sbires répressifs de l’ancien président Jovenel Moïse l’ont utilisé pour terroriser la population », dit-il.

Écrit et réalisé par Emanuel Licha, le documentaire de création « Zo reken » a reçu, en mai dernier, le prestigieux Prix du Meilleur long-métrage documentaire canadien au Festival international canadien du documentaire Hot Docs. Ce film a également remporté le Prix du meilleur long-métrage documentaire à la 35e édition du Festival international du cinéma francophone en Acadie (FICFA) organisée, du 11 au 19 novembre 2021, à Moncton et Dieppe (Canada).

Selon des informations collectées à partir de son blog, Emanuel Licha est artiste et cinéaste documentaire. Détenteur d’un doctorat, il a été professeur à l'École européenne supérieure d'art de Bretagne, à l'École nationale supérieure d'architecture de Paris-La Villette et à l'École des arts visuels et médiatiques de l'Université du Québec à Montréal.

M. Licha est actuellement professeur agrégé au département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques de l'Université de Montréal. Initialement formé à la géographie urbaine, puis en arts visuels, il s'intéresse aux rôles de certains objets spatiaux dans la représentation et la compréhension d'événements géopolitiques, l'amenant à envisager les objets du paysage urbain comme autant d’indices sociaux, historiques et politiques. 

Ses productions cinématographiques ont été présentées dans de nombreux festivals de films documentaires et ses projets exposés dans des institutions telles que Art Gallery of Ontario. Son travail fait partie de plusieurs collections privées et publiques, telles que Museu d'art contemporain de Barcelona (MACBA). 

 

Wilner Jean

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