Le PAP Jazz, une culture métissée à la croisée des chemins de l’IMAJ-JAZZ de Kesler BIEN-AIME dans son dialogue image, musique et mots
L’histoire du jazz serait désacralisée depuis la tourmente musique du diable versus musique de Dieu. Le gospel blues fut alors un exemple vibrant d’une association de désacralisation. Nous ne parlons pas pour autant de musique sacrée, du point de vue du projet de Paul Beaubrun ou de Malou Beauvoir, dans Erzulie voire de James Germain, ramenée au vodou jazz. Tout renvoie à « un décloisonnement pour une unité de contradicteurs « pour répéter Kesler Bien-Aimé.Il est un fait que les rites et la liturgie dans les psaumes ont marqué des productions pour avoir situé le jazz dans sa matrice de negro spirituel et dans le gospel méthodiste. La tendance à l’assimilation dominante de la religion chrétienne est plutôt renversée.
Le PAP Jazz se fait un interprète dans le monde culturel haïtien à côté d’autres festivals internationaux. Nous signalons les rendez-vous de défilés, des carnavals, enterrements, danses récréatives comme expressions populaires par le vecteur de la parole, des gestes, des rites associés à la musique. C’est ce dernier aspect qui interpelle Kesler Bien-Aimé, dans son projet de JAZZ-IMAJ. Car, pour Kesler « tout acte de création et de réception émane d’immersions culturelles plurielles » (Bien-Aime, 2020 :18).
En prélude au carnaval traditionnel à mi-janvier s’interpose l’évènement du PAP Jazz, malheureusement reporté ce janvier 2022.Le carnaval, lui-même, est suivi du Rara assimilé à un carnaval rural selon Édouard C. Paul. Puis, c’est la période des fêtes champêtres, bouclée par les fêtes associées au culte du Vodou dont les Guédés et le Macaya. Le PAP Jazz fait éclater toutes les réminiscences liées aux créativités rythmiques en réunissant les différentes tendances. Durant l’intermède, le groupe Rara Follow Jah de Pétion Ville est un lieu de bain de foule du public dans une ambiance parfois de transe ou d’attraction identitaire. Le Foula Vodoule, autrefois, fut de la partie pour entrainer les gens du jazz conventionnel à la rue, dans un chorus populaire des sambas au rythme du tambour allié à d’autres instruments traditionnels.
L’Allemagne, la France, l’Espagne, la Belgique l’Italie, le Royaume-Uni, la Suède, le Canada, les États-Unis, Taiwan, Israël, Brésil ont fait leur prestation à cet évènement. D’autres acteurs ne ratent pas cette occasion ; ceux qui viennent de l’Amérique latine et des caraïbes aussi bien que de l’Afrique. Ce n’est sans raison, nous avançons l’idée de cohésion sociale que constitue cet évènement pleinement culturel. La liste de participants est restée bien ouverte, peu importe qu’il y ait d’omissions par nous. Dans le cas d’Haïti, par rapport à la mouvance du Jazz, au-delà de sa portée latino-américaine et caribéenne, elle fait la part des choses dans le vodou jazz, le créole jazz qu’on inscrit aussi dans l’Ethnie Jazz. A ce stade, nous mettons en exergue Haïti, République Dominicaine, Cuba et Puerto Rico dans les valses et échanges d’artistes et d’influences culturelles pour former soit el merengue, le cha cha cha, le danzon, le mambo en prélude au latin jazz.
On se rappelle les grandes figures de l’époque d’Or d’une musique savante avant son détournement. Nous retenons les noms de Celia Cruz, Tito Puente, Issa El Saieh, Webert Sicot, Emerante Despradines, Lumane Casimir, Ludovic Lamthe, Raoul Guillaume et les prouesses de la Somora Matancera de Cuba, El Gran Combo de Puerto Rico, des groupes dominicains de Merengue d’alors, du Jazz Des Jeunes, de l’orchestre des Casernes Dessalines et du conservatoire de Sainte Trinité entre autres.
Nous avons assisté des associations de tendances culturelles plurielles soient Mushi Widmaier d’Haïti et Mike Del Ferro, pianiste des Pays-Bas puis Alejandro Falcon et Reginald Polycar. Le PAP Jazz offre ces retrouvailles ratées belle lurette entre artistes. Ce, depuis l’époque d’or proprement dite éclipsée par une mouvance nouvelle à laquelle des controverses ne sont pas des moindres. S’il y a du triomphe d’un groupe émergent qui prône la « simplicité » caractérisant la musique populaire, la musique savante survit au prix d’une culture qui s’infiltre dans les goûts de la population. « En effet, un certain sens commun socialement partagé semble participer indéfiniment au processus de création et de réception de l’œuvre. C’est à dire un système culturel (Geetz, 1986), « un savoir local, un acquis socioculturel et non universel et transcendant » (Christias,2005) ou « une communauté de données sensibles » (Ranciere,2000) cités par (Bien-Aimé ,2020 :18-21).
La standardisation du rythme des grands orchestres ne parvient pas à faire noyer l’élan de créativité en dépit de la pauvreté des politiques culturelles en Haïti.
Repères bibliographiques
Kesler Bien -AiméJAZZ-IMAJ. Une autre pensivité photographique, Editorial Bukante, octobre 2020.-Erwan Dianteill « la danse du diable et du bon dieu-le blues, le gospel et les églises spirituelles, consulté online le 20 janvier 2020. Hancy, Pierre » le PAPJAZZ 2020, DU Melting-pot musical à l’idiosyncrasie, in Le Nouvelliste, Port-au-Prince 29 janvier 2021. Hancy Pierre, «le festival de jazz de Port-au-Prince: de la culture au service d’un rapprochement collectif » in Le Nouvelliste, Port-au-Prince, 29 janvier 2019.-
Hancy PIERRE
Professeur à l’Université
23 janvier 2022.
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.