Gabriel Osson sur les traces de l’héroïne de son prochain roman, Suzanne Louverture
L’écrivain torontois Gabriel Osson d’origine haïtienne, récemment rentré de sa tournée en France, notamment au 8e Salon du livre haïtien à Paris, se propulse déjà vers un nouveau projet d’écriture.
Cette fois-ci, Gabriel entame la production d’un roman historique portant sur la vie en exil de Suzanne Louverture et ses trois fils (Isaac, Placide et Saint-Jean). Déportés par Napoléon depuis Saint-Domingue dans la petite ville d’Agen (Sud-Ouest de le France), après un court séjour à Bayonne en 1802.
Rappelons que Saint-Domingue - ancienne colonie française (1659-1804) - fut rebaptisée Haïti lors de l’acquisition de son indépendance en 1804.
Histoire d'exil
« On ne connaît pas vraiment l’histoire d’exil de la famille Louverture. En fait l’idée de mon projet remonte à quelques années déjà. »
« En 2019, j’ai caressé l’idée de me rendre à Agen pour faire des recherches sur le passage de cette famille, histoire peu connue des Agenais eux-mêmes. »
« D’autres projets et la pandémie ont fait retarder la mise en œuvre de mon plan qui m’habite depuis », cite Gabriel.
Toussaint Louverture
Tout le monde ou presque a entendu parler de Toussaint Louverture mais que dire de sa femme?
« Suzanne Louverture fut l’épouse de Toussaint Louverture, précurseur de la Révolution haïtienne entre 1791 et 1802. »
« Arrêté par les Français en 1802, Toussaint Louverture fut emprisonné dans le Jura en France où il est mort en 1803. »
« Sans voir son île natale obtenir son indépendance en 1804 grâce à son bras droit, Jean-Jacques Dessalines, les généraux, Henri Christophe, Pétion et d’autres », rappelle Gabriel.
Héritage haïtien
« Suzanne Louverture a vécu à Agen de 1802-1816. Son fils Isaac s’est établi à Bordeaux avec sa cousine, Louise Chancy, devenue son épouse et exilée en même temps qu’eux après la mort de sa mère. »
« Tandis que Placide, (fils mulâtre de Suzanne, adopté par Toussaint), s’est installé avec son épouse française, Joséphine de Lacaze, à Astaffort dans le département Lot-et-Garonne. Saint-Jean est mort à Agen à l’âge de 13 ans en 1804 », détaille Gabriel.
« Mon projet de roman vise à capter l’expérience de vie de Suzanne Louverture et ses fils condamnés à l’exil, tout en retraçant les liens étroits méconnus entre Haïti et cette région française recélant des sites historiques témoignant d’une grande richesse héritée du patrimoine haïtien. »
« Le Sud-Ouest de la France abrite plusieurs anciens domaines spécifiques ayant appartenu à de riches propriétaires français de l’époque possédant des terres et esclaves à Saint-Domingue. Ils se sont enrichis grâce aux profits tirés du labeur de nombreux esclaves haïtiens œuvrant dans les champs de coton, les plantations caféières, les moulins à presser la canne à sucre. »
Détective enquêteur
Tout en faisant appel à son imagination, l’auteur d’un roman historique doit obligatoirement se documenter, repérer les lieux, insister sur les détails. « Un travail de détective », déclare Gabriel.
C’est justement ce que Gabriel accomplira au courant des prochains mois, en allant enquêter sur la vie de Suzanne Louverture et ses fils, à Agen, Bordeaux et Astaffort.
« Question de m’imprégner de l’environnement des personnages de mon roman, de connaître leur mode de vie, leurs façons d'être, le fil de leurs pensées, de me balader à pied sur les pavés foulés par Suzanne Louverture et ses fils au début des années 1800 à Agen et à Bordeaux. »
Ainsi Gabriel planifie de retourner en France en avril-mai prochains dans le but d’effectuer les recherches nécessaires sur le terrain afin d’alimenter son écriture le plus authentiquement possible.
Soulignons que les documents qui se trouvent aux archives d’Agen et de Bordeaux ont été légués par Gragnon Lacoste, protecteur des Louverture et exécuteur testamentaire d’Isaac Louverture.
Sources historiques véridiques
« En décembre dernier, lors de ma tournée, j’ai eu l’opportunité de rencontrer les directeurs des Archives départementales et des membres de l’Académie des Sciences à Agen qui m’ont offert de consulter leurs documents sur place », explique Gabriel.
« J’ai également rencontré à Astaffort, un architecte, Jean-Francois Grattieri, passionné de généalogie reliée à l’architecture, une personne-ressource qui pourra m’aider à repérer les sites historiques entourant le milieu de vie de la famille de Placide Louverture à Astaffort. »
À Bordeaux, je saisirai l’occasion de m’entretenir avec l’historien-chercheur Jacques de Cauna, célèbre auteur de plusieurs ouvrages portant sur Toussaint Louverture et sa famille. »
Projet de deux ans
« Dans un premier temps je prévois rester un mois à Agen en avril, puis poursuivre mes recherches à Bordeaux au courant de mai. »
Gabriel a soumis une demande de subvention auprès du Conseil des Arts du Canada afin d’obtenir un appui financier pour réaliser ce projet d’envergure qui, selon lui, pourrait s’échelonner sur deux ans: un an d’enquêtes incluant plusieurs séjours de recherches en France, suivi d’un an d’écriture.
L’écrivain est en train de rédiger un plan détaillé de son roman à partir duquel il structurera son récit. Une belle page d’histoire à écrire.
À suivre…
Annik Chalifour, www.l-express.ca, 2022.01.22
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