Le corps poétique de Léa ou la beauté en mille morceaux de Joubert Joseph
Ici, le poème de Joubert Joseph pense sa propre pensée. C’est en entretenant des relations entre les mots que cet énoncé poétique devient séductif. L’attractivité entre les mots fait de ce dernier le lieu par excellence cathartique et l’instance identifiante du rituel poétique.
La nuit devient prétexte
Pour écrire
Quand tes cheveux
Se mettent à grimper
Branche par branche
Les pentes de mon âme, (page 14)
Une bonne lecture d’un poème ne devrait pas se référer à la vanité du réel qui donnerait à celui-ci un statut secondaire ou de copie. Mais elle devrait être prise dans son essence de figuration littéraire comme un dispositif du jeu de langage qui prend sens dans l’acte de son émission, dans sa nature hétérocosmique ou ontologique pour créer des situations d’apparence.
Pour ainsi dire, chaque poème dans ce recueil porte en son corps sa manière de se dire, de se séduire. La page comme support n’est autre que ce miroir fidèle qui reflète ce besoin communicationnel. Avec éloquence d’un sentiment érotique, chaque son, chaque syllabe, image, chaque mot et sa construction essaie d’investir, de surfer sur la prose fixe du réel pour trouver son équilibre et devient aussitôt autonome.
Ô fine fleur
Je sens l'irrésistible envie
D'habiter ton corps
Comme la fleur
Dans le poème(page 9)
Le poème dégage sa vérité pour devenir cette forme d’identification mimétique entre le déjà-là et l’advenir. Cette dialectique qu’il entend faire vivre avec les éléments de la nature, n’est autre que son contenu en puissance afin de subsumer toutes les expressions du monde phénoménal. La disposition des vers facilite cette lecture qui est appelée à rendre actifs les mots dans leur pouvoir nominatif et de transfiguration.
Les murs
En se métamorphosant
En miroirs
Se font complices
De chaque parcelle
De tes gestes( page 10)
Le poème comme espace de métamorphorisation et de métaphorisation entend faire vivre la beauté naturelle et artistique en prenant la figure féminine comme apparition pour construire le nœud plastique de sa poésie. Il entend nommer avec les mots comme source de pouvoir et de puissance pour créer du signe poétique. Le poème lie son attitude lyrique au choix des mots et à ses contenus pour garder sa cohérence organique du langage. Cette harmonie existant entre les mots et les vers accouple la nécessite substantielle de l’imagination dans la poétisation des éléments culturels. Ce que le titre du poème traduit bien, la dimension diversifiée de l’imaginaire.
Je suis tombé amoureux
De la route
Qui mène à tes seins
Ô tes seins
Des astres troublant
L'âme de la planète (page 18)
Le poème se raconte lui-même, se charme lui-même. Comme le peintre, pour paraphraser Merleau-Ponty, Joubert Joseph prête son corps au poème pour faire naître des existences qui deviennent autonome une fois qu’elles sont transformées en œuvre d’art. La beauté du poème peut-être saisie dans sa disposition des sens, dans son envie de faire manifester la nature à travers lui.
Écrire sur quoi? grimper sur quoi? habiter où? mur…la route, miroir…tout cela évoque ce support, ce corps, cet espace matière que le poème a besoin pour mieux vivre son monde, pour mieux tisser son monde au regard de l’autre monde…
Orso Antonio Dorelus
2 commentaires
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Valbrun Frantzley
Un beau papier mon frère Dorelus !
Hilaire Argousto
Bèl kout plim !