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« Disparisyon li reprezante yon feblès nan enfrastrikti kiltirèl vil la » : Artists Institute, le pilier perdu de Jacmel

« Disparisyon li reprezante yon feblès nan enfrastrikti kiltirèl vil la » : Artists Institute, le pilier perdu de Jacmel

Par Emerson Vilbrun

Dans une ville où l’art est la respiration même de la jeunesse et de celles et ceux qui la ressemblent, la disparition d’Artists Institute résonne comme un silence brutal  dans une ambiance sereine.

Cette institution fut l’espace qui formait des voix, des regards et des récits aujourd’hui menacés d’extinction.

À travers les témoignages de trois anciens étudiants — Huguens Saintil, Junior Jovin et Pierre Lucson Bellegarde —, cet article revient sur l’impact d’Artists Institute, unique école professionnelle gratuite de cinéma en Haïti. Sa disparition met en lumière une réalité préoccupante : l’absence de structures durables pour former les jeunes créateurs dans une ville pourtant reconnue pour sa richesse artistique et culturelle aux traditions de conservation patrimoniale.

Trois voix, une même réalité

« Se te yon bagay ekstraòdinè. »

Huguens Saintil, diplômé de la première promotion en 2011, évoque une expérience fondatrice. À Artists Institute, la formation était avant tout pratique :

« Fòmasyon an te plis pratik, kote wap familyarize w ak materyèl pwofesyonèl. »

Junior Jovin, formé entre 2009 et 2011, confirme :

« Mwen te resevwa yon fòmasyon 80% pratik, 20% teyori ki te fè m vin pwofesyonèl nan sinema a. »

Pierre Lucson Bellegarde met en avant une dimension plus profonde :

« Fòmasyon an te melanje disiplin, kreyativite ak refleksyon sou wòl atizay nan sosyete a. »

Trois trajectoires, une même conviction : Artists Institute formait bien plus que des techniciens.

Filmer pour exister

Le séisme du 12 janvier 2010 reste un moment marquant dans leur parcours.

Alors que les regards étaient tournés vers la capitale, Jacmel, elle aussi durement touchée, restait en marge.

« Nou te premye moun ki pataje imaj pou fè konnen jan Jakmèl te frape », raconte Huguens Saintil.

À cet instant, le cinéma est devenu dans notre patelin natal un acte essentiel pour documenter, témoigner, exister.

« Nou pa t sèlman etidyan; nou te yon kominote kreyatif », rappelle Pierre Lucson Bellegarde.

Une école qui donnait un métier et une vision

Pour les anciens étudiants, Artists Institute a été un véritable tremplin pour aiguiser les rêves des jeunes visionnaires en formation.

« Lekòl la kontribiye anpil ak moun mwen vin ye jodi a », affirme Saintil, qui a exercé pendant dix ans le rôle de directeur de production de ladite institution.

 

Junior Jovin évoque une prise de conscience décisive :

« Lè m kòmanse travay avèk lòt pwofesyonèl, mwen te konprann mwen se yon pwofesyonèl tou. »

Bellegarde insiste sur la portée sociale de cette formation :

« Atizay pa sèlman yon fòm ekspresyon, men yon zouti pou refleksyon sosyal ak kiltirèl. »

L’annonce de la fermeture de l’Institut a laissé des traces profondes et vivaces d’angoisse et de douleur pour les étudiants dont l’Alma Mater ne peut être sauvée, faute de moyens et la situation exécrable dans laquelle patauge notre pays.

« Se te yon kout kouto nan kè m », confie Huguens Saintil.

« Se yon gwo tristès », ajoute Pierre Lucson Bellegarde.

« Se yon dezespwa nan milye atistik la », affirme Junior Jovin.

Tous évoquent une cause centrale : le manque de moyens.

« Depi sous la sèch, jaden an pap bay ankò », résume Jovin.

La disparition d’Artists Institute dépasse largement le cadre de ses anciens étudiants.

« Fèmti lekòl la limite anpil opòtinite pou jèn ki gen talan », souligne Bellegarde.

Pour Jovin, les conséquences sont concrètes :

« Fèmti enstitisyon an mete dezespwa ak regrè lakay anpil jèn ki te vle vin sineyas. »

Dans un pays où les structures artistiques sont rares, ce vide apparaît comme une perte majeure.

Artists Institute participait activement à la vie culturelle et économique de Jacmel.

 

Festivals, projections, activités éducatives, productions internationales : toute une dynamique gravitait autour de l’école.

« 70% nan bidjè film sa yo te konn envesti nan ekonomi peyi a », rappelle Saintil.

Junior Jovin décrit un effet en chaîne :

« Otèl yo, restorant yo, atis yo… tout sektè sa yo touche. »

Ville emblématique de la créativité artistique en Haïti, Jacmel perd avec Artists Institute un pilier structurant de ses ressources créatives.

« Disparisyon li reprezante yon feblès nan enfrastrikti kiltirèl vil la », analyse Pierre Lucson Bellegarde.

Malgré tout, l’énergie artistique de la ville demeure.

Face à ce constat, les anciens étudiants appellent à une réflexion collective.

« Sa mande vizyon ak patenarya solid », estime Bellegarde.

« Fòk gen yon lòt vizyon, yon objektif koyeran e reyalizab », insiste Jovin.

Pour Saintil, il faudra imaginer une nouvelle structure, adaptée aux réalités actuelles.

Artists Institute a formé plusieurs générations de jeunes femmes et de jeunes hommes talentueux qui ont pu dorer le blason du cinéma haïtien. Sa disparition en laisse une autre sans repère.

Et face à ce vide, une question demeure, urgente : Qui portera désormais haut et déterminé le flambeau  du cinéma haïtien ?

Emerson Vilbrun

Écrivain-journaliste

Vilbrunemerson@gmail.com

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