11 septembre : quand la mémoire devient histoire
Vingt-cinq ans ont passé. Pourtant, pour ceux qui l'ont vécu, le 11 septembre 2001 n'est pas une page d'histoire. C'est une blessure qui n'a jamais complètement cessé de brûler.
Ce matin-là, tout le sud de Manhattan fut plongé dans le chaos. Les rues se vidaient. Les transports étaient paralysés. Les ponts et les tunnels devenaient inaccessibles. On ne donnait qu'une consigne : partez. Marchez vers le nord.
Les images de Pearl Harbor viennent naturellement à l'esprit. Mais le 11 septembre fut aussi une rupture particulière dans la conscience américaine. Des milliers de personnes découvrirent brutalement que leur ville, leur pays et leur sentiment de sécurité pouvaient basculer en quelques minutes.
Puis il y eut Ground Zero.
Un lieu à la fois immense et terriblement silencieux. Les témoins y étaient écrasés par l'ampleur de la destruction, tout en étant frappés par des détails presque banals : un guichet automatique recouvert d'une poussière blanche, des voitures entièrement blanchies, un Burger King transformé en centre de triage qui, finalement, n'eut presque personne à soigner. Beaucoup fuyaient. D'autres étaient déjà morts.
Et au milieu des ruines, il y avait les hommes et les femmes qui étaient entrés dans les tours pendant que tout le monde cherchait à en sortir.
Près de 3 000 vies furent perdues. Parmi les victimes figuraient des centaines de pompiers, policiers et secouristes venus accomplir leur devoir jusqu'au bout.
Vingt-cinq ans plus tard, les images ont changé de statut. Pour ceux qui étaient là, elles restent des souvenirs. Pour ceux qui sont nés après, elles deviennent de l'histoire.
C'est précisément pourquoi les témoignages de ceux qui ont vécu cette journée sont si précieux.
Lou Young, journaliste à NBC New York, a raconté ce qu'il a vu avec une précision qui dépasse les chiffres. La poussière qui s'envole dans le vent. Le paysage devenu méconnaissable. Les structures métalliques tordues. Les lumières des équipes travaillant dans les ruines pendant la nuit. Cette sensation étrange que le temps lui-même s'était arrêté.C'est là toute la puissance de la mémoire vécue.
Un jour, ceux qui pourront dire « j'y étais » ne seront plus là pour raconter. Le 11 septembre cessera alors d'être une mémoire transmise par ceux qui l'ont vécue pour devenir une histoire enseignée aux générations suivantes.
Le mémorial n'est donc pas seulement destiné à ceux qui se souviennent.Il est destiné à ceux qui ne peuvent pas se souvenir.
Il leur dit ce qui s'est passé. Il leur montre ce que la violence peut détruire. Il rappelle le prix payé par des innocents et le courage de ceux qui ont couru vers le danger lorsque tous les autres tentaient de lui échapper.
Vingt-cinq ans après, le défi n'est plus seulement de se souvenir.
C'est de transmettre.
Parce qu'une nation qui oublie les voix de ceux qui ont vécu son histoire risque un jour de ne plus comprendre les cicatrices qu'elle porte.
Le 11 septembre appartient désormais à deux générations : celle qui l'a vécu et celle qui devra apprendre à s'en souvenir.
Entre les deux, il y a un devoir : raconter.
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.