Cette mortelle insécurité dont on ne parle pas

Si Donald Trump aime le ridicule – c’est le sujet de conversation le plus populaire ces temps - nous, en Haïti, sommes abonnés au malheur. Depuis le début de la semaine, un visuel proposant les bons comportements et reflexes à avoir pour se protéger de l’insoutenable insécurité, est massivement partagé, entre Haïtiens, sur les réseaux sociaux. Normalement, la règle d’or est de se barricader chez soi et dans sa voiture si, par malheur, un déplacement est inévitable. Ceux qui n’ont pas de voitures et de villas individuelles ne sont pas concernés. Circulez, il n’y a rien, absolument rien à voir !

 

Si Donald Trump aime le ridicule – c’est le sujet de conversation le plus populaire ces temps - nous, en Haïti, sommes abonnés au malheur. Depuis le début de la semaine, un visuel proposant les bons comportements et reflexes à avoir pour se protéger de l’insoutenable insécurité, est massivement partagé, entre Haïtiens, sur les réseaux sociaux. Normalement, la règle d’or est de se barricader chez soi et dans sa voiture si, par malheur, un déplacement est inévitable. Ceux qui n’ont pas de voitures et de villas individuelles ne sont pas concernés. Circulez, il n’y a rien, absolument rien à voir !

Loin de vouloir banaliser les kidnappings, braquages et autres meurtres spectaculaires, cette manie de faire le tri et de hiérarchiser les actes d’insécurité peut porter préjudice à la lutte obligatoire qu’il faut mener pour garantir le droit à la vie en Haïti. A ce petit jeu, même les structures étatiques de sécurité s’y collent. Les morts, trop nombreux, sur les routes haïtiennes ne comptent pas vraiment et ne sont nullement une cause de préoccupation.

Depuis quelques années et dans un bruyant désordre, les motocyclettes chinoises ont conquis le système, déjà dangereux et aléatoire, du transport public en Haïti. Sur les axes routiers urbains comme sur les pistes défoncées ou à peine tracées de l’arrière-pays, les deux roues assurent l’essentiel du transport tarifé des personnes et des marchandises. Un mal nécessaire dira-t-on. Et, comment ?

Le problème est que les accidents de route impliquant des motocyclettes de trafic sont trop nombreux. Evidemment, l’incapacité et le refus des conducteurs de moto à s’adapter aux règles de la circulation et aux mauvaises conditions des routes haïtiennes sont à prendre en compte. Mais, la société et les autorités ne s’inquiètent guère du nombre de morts et de traumatismes de la circulation routière en Haïti.

Le groupe Stop accidents, qui travaille, sans doute, dans une solitude glaçante, a dénombré 79 victimes dans des accidents sur les routes haïtiennes dont 10 morts sur le coup. Ceci, que pendant la semaine allant du 2 au 8 novembre 2020. Ce phénomène est sous estimé quoiqu’il soit à la base de beaucoup de décès prématurés, de blessures graves qui peuvent occasionner des traumatismes sévères et des handicaps.

Pendant que la Police encagoulée joue son rôle dans la pièce Terminator et autres niaiseries de la sous culture hollywoodienne, il est possible de mettre en application des mesures pour assurer la sécurité des Haïtiennes et des Haïtiens obligés de se déplacer, chaque jour que le bon Dieu fait, à califourchon sur des motocyclettes, efficaces et utiles certes, mais tellement meurtrières.

Les données sont probantes et donnent froid au dos. Ces morts, comme les autres, infligent à la société et aux familles de lourdes souffrances. Comme ils sont de trop, la possibilité de les éviter doit certainement être possible. La mort de l’écolière morte en se rendant à l’école à moto est tout aussi choquante et politique que celle d’Évelyne Sincère. Nous ne pouvons pas nous permettre de choisir parmi les morts stupides, évitables, provoqués par le laxisme combiné à l’irresponsabilité des pouvoirs publics.

Il est tangible que les pauvres, la grande majorité de nos concitoyens, meurent, loin de nos commentaires indignés, par dizaine chaque semaine. Il s’agit aussi d’insécurité. Et, la situation est préoccupante.

Jean-Euphèle Milcé

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