Lettre ouverte au Premier ministre Ariel Henry
En ses bureaux.-
Monsieur le Premier ministre,
Il n'est pas coutume de commencer une lettre par une interrogation. Permettez-moi, Exellence de briser la routine: " Comment rester sans réaction"? " Comment rester sans réaction face à cette chute vertigineuse du pays? C'est impossible. De ma position de citoyen engagé qui lutte quotidiennement pour réaliser le désir d'habiter un pays qui m'a vu naître, je me dois de placer mes mots dans le plus strict respect de votre personne sur la situation actuelle du pays.
Dans mes lectures sur l'histoire de ce pays, j'ai eu à constater que ce territoire actuellement sous l'administration de l'État haïtien a connu un système esclavagiste dur qui nous a placés comme noirs africains déportés de notre territoire initial comme esclaves qui a comme devoir de produire pour que d'autres comme nous puissent en jouir. De ce fait, outre que les châtiments corporels subis, tout un cadre a été mis en place afin de construire, sur une longue durée, le nègre que nous sommes. C'est une destruction continue de notre humanité. Mais toute crise apporte en son sein ses opportunités. C'est ce qu'ont compris des leaders qui se sont mis dans une dimension pour construire un discours et poser des actes pour nous sortir de ce système qui a transformé nos vies en celles qui ne comptent pas. L'Indépendance, quoique remplie d'un symbolisme fort, ne s'était pas munie d'un projet d'émancipation sociale et économique dans l'objectif de résoudre les tares coloniales. Ce qui a comme conséquence l'installation d'un État néocolonial qui alimente une injustice sociale et une violence qui sévit jusqu'à aujourd'hui.
Monsieur le Premier ministre, nous avions connu des gouvernements tantôt totalitaires et autoritaires, des occupations étrangères, des dettes souveraines jusqu'à ce que le peuple haïtien dans son esprit de mobilisation et de résistance a donné naissance à une Constitution qui, à la différence des autres, rend effectives ses conquêtes démocratiques. Mais une fois de plus, l'injustice sociale, l'ingérence internationale, et le déficit criant d'identité nous enfoncent à chaque fois que nous faisons un pas mémorable.
C'est cette injustice sociale qui est à la base de tout ce qu'on vit aujourd'hui. Si l'État avait l'écoute comme qualité, cela ne serait pas produit.
Monsieur le Premier ministre, vous êtes mieux placé en tant qu'acteur pour comprendre les conséquences qu'il y aura si l'État continue cette politique d'autruche. Cette politique m'amène à faire des interrogations. Comment comprenez-vous les départs et les déportations massifs des jeunes haïtiens en quête de mieux-être? Qu'est-ce qui vous vient à l'esprit quand la classe moyenne, une classe qui croupit sous le cumul de dette et qui voit ses journées de travail et son salaire s'écourter? Que dire des commerçants des villes de province qui assistent avec peine leur marchandise périmée alors qu'ils prévoyaient de l'écouler à Port-au-Prince? La guerre des gangs de Martissant leur en empêche. Les plus courageux y traversent, les malchanceux y perdent leur vie. Aucune déclaration suivie d'action de la part des autorités. On ne peut plus circuler en toute quiétude.
Avec plus de 5000 gourdes, on n'arrive pas à s'approvisionner en eau potable. La question du carburant nous déshumanise à chaque rumeur de distribution. Que fait l'État que vous dirigez? Un État qui continue à prélever des impôts sous prétexte de retour sous forme de service. Au fait, existe-t-il toujours un État en Haïti?
Prouvez, monsieur le Premier ministre, qu'il existe un État haïtien. C'est à dire conscient et à l'écoute des revendications populaires.
Pour conclure, historiquement nous avions donné sens au concept de l'humanité en l'universalisant à toute personne opprimée. Mais, cette nation que nous sommes peut disparaitre si nous ne nous mettions pas à la dimension que l'Histoire nous a mise.
Agissez! L'histoire vous acquittera.
Respectueusement
Bazar Jude
Docteur en médecine
judebazar93@gmail.com
1 commentaire
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Belluneluckendoff16@gmail
Enfin compte, nous sommes juste des marionnettes à qui la communauté étrangère ne fait que nous faire agir à leur bon vouloir, et d'exécuter leur volonté... Triste réalité.