De quoi Éric Zemmour est le nom ?
La campagne pour les présidentielles a commencé en France. Deux candidats d’extrême-droite vont s’affronter, Marine Le Pen (53 ans) et Éric Zemmour (63 ans). Si la fille de Jean-Marie Le Pen s’est « assagie », le juif arabe xénophobe et fasciste investit dans l’excès de langage.
Être pour ou contre la peine de mort est un marqueur idéologique très fort pour connaître les opinions politiques d’une personne ou d’un groupe. L’abolition de la peine capitale en France sous la présidence de François Mitterrand restera à jamais dans les annales idéologiques de ce pays. Les droites républicaines et la gauche, toutes tendances confondues, étaient à l’unisson pour en finir avec cette vilaine tâche sur ce pays que l’on considère comme la patrie des droits de l’homme. Même l’extrême-droite version madame Le Pen ne fait plus figurer dans son programme politique le rétablissement de la peine de mort comme étant la priorité des priorités.
Avant même l’annonce de sa candidature, le projet fasciste dont le candidat de l’extrême droite, Eric Zemmour (soixante-trois ans) porte, ne faisait aucun doute. Décomplexé, le fondateur du parti « Reconquêtes » fraîchement formé, ressuscite toutes les vieilles lunes des extrêmes droites françaises. Par exemple, il affirme qu’il est « philosophiquement favorable » à la peine de mort. On ne voit pas trop bien ce que le mot philosophie vient faire là. Encore une de ces postures intellectuelles pour séduire afin de mieux faire passer la pilule lorsqu’on accouche les idées les plus immondes.
En bon fasciste qui se respecte, Zemmour s’invite même dans la vie privée de ses compatriotes, allant jusqu’à vouloir réglementer le port du prénom. Sous son règne, « un Français n'aura pas le droit d'appeler son fils Mohammed ». Il va remettre une vieille loi de 1815 établie par Bonaparte et abrogée en 1993 selon laquelle tout citoyen français doit avoir un nom du calendrier chrétien. C’est son explication. En réalité, il fait référence à la loi n°2614 du 11 Germinal an XI (1er avril 1803), « relative aux prénoms et aux changements de noms ».Voici ce que stipulait son titre premier, article 1 : « A compter de la publication de la présente loi, les noms en usage dans les différents calendriers, et ceux des personnages connus de l'histoire ancienne, pourront seuls être reçus, comme prénoms sur les registres de l'état civil destinés à constater la naissance des enfants ; et il est interdit aux officiels publics d'en admettre aucun autre dans leurs actes. »
Sans frein aucun, ce candidat dépasse les autres leaders d’extrême droite en termes d’excès et d’excentricité. Il inaugure une communication haineuse, désignant en permanence des bouc-émissaires : les étrangers. Ceux-ci seraient responsables du « déclin » de la France, tonne-t-il à tout bout de champ. Son aversion des Noirs et des Arabes est aussi connue. Composée de beaucoup de joueurs noirs, l’équipe française ne serait pas, selon lui, assez représentative. « Mais pourquoi on est contrôlé dix-sept fois, lorsqu'on est noir ou arabe? », lui a demandé une fois un journaliste. « Pourquoi ?, a-t-il répondu. Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c'est comme ça, c'est un fait. ». D’ailleurs il veut révolutionner le code pénal en vue d’alourdir les peines des étrangers délinquants.
Un raciste décomplexé
D’une apparition publique à l’autre, le candidat à la présidence de la République distille ses pensées fascistes à haute dose, violant les lois en vigueur. D’ailleurs, il n’en a cure. Il veut même sortir la France de la Commission européenne des droits de l’Homme. Quant à la Cour constitutionnel, il est question de réduire ses prérogatives.
Zemmour est aussi un raciste décomplexé. « Les employeurs ont le droit de refuser des Arabes, ou des Noirs. », a-t-il déclaré une fois. Même les enfants d’immigrés n’ont pas grâce à ses yeux. Lors d'un débat sur les mineurs isolés sur la chaîne de télévision « Cnews », le 29 septembre 2020, il s’est laissé emporter par son rejet : « Ils n'ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c'est tout ce qu'ils sont, il faut les renvoyer et il ne faut même pas qu'ils viennent ». Le polémiste n’en était pas à son premier coup d’essai : depuis une dizaine d'années, ses prises de position lui ont valu une quinzaine de poursuites en justice. Plusieurs fois relaxé, il a été condamné à deux reprises pour provocation à la haine raciale.
Mais c’est sur les relations entre l’Algérie et la France qu’Eric Zemmour étonne plus avec ses propos étonnement racistes et fascistes alors que ses grands-parents en sont originaires. Ce petit-fils de « pied noir » se permet de jouer avec les symboles historiques et excuse tous les massacres commis là-bas. Écoutons ce morceau d’anthologie absolument délirante : « Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence à massacrer les musulmans, et même certains juifs. Et bien moi, je suis aujourd'hui du côté du général Bugeaud. C'est ça, être français »
En plus de son penchant chauvin et xénophobe, il a tout un florilège de déclarations chocs, empreintes de misogynie : « Le pouvoir est une affaire d'homme », soutient-il sans détour, Dès que les femmes s’approchent du pouvoir, celui-ci « s’évapore », « se dilapide » : elles n’incarneraient pas le pouvoir.
Toutes ses propos provocateurs dévoilent aussi un homme complexé qui nage dans d’inextricables contradictions sociales. Né à Montreuil, une ville de la banlieue parisienne, il lance ses flèches les plus acérées vers les habitants de ces quartiers difficiles.
Dans les projets de société des extrêmes droites françaises, ni Marine Le Pen, ni son père Jean Marie Le Pen, même pas Pierre Poujade, n’étaient allés si loin. La formule d’Éric Zemmour c’est « tout » pour les Français de souche et « rien » pour ceux qui sont nés ailleurs, même s’ils sont français. L’ancien journaliste du « Figaro » annonce qu’il déportera tous les clandestins et les criminels binationaux, le tout sous les applaudissements de ses partisans qui ont passé à tabac des antiracistes venus contester leurs idées nauséabondes lors de son premier meeting de campagne à Villepinte, dimanche dernier.
Son fond de commerce c’est l’Islam. Zemmour ne cesse de répéter que cette religion est « incompatible » avec la civilisation française. S’il est élu Président de la République, il prévient qu’il va prendre des mesures contre les Français de confession musulmane, notamment en ce qui concerne la pratique de leur religion et le port du voile.
L’ancien chroniqueur n’est pas seulement un raciste notoire dans ce qu’il écrit et affirme sur les plateaux de télévision, il appartient au mouvement d’extrême droite proche du philosophe Renaud Camus, père de la théorie du « Grand Remplacement ». Selon cette théorie raciste, comparable aux thèses de Gobineau, les étrangers qui sont en France tendent à remplacer la population de France, ce qui provoquera une guerre de civilisation entre Français de souche et ceux d’origine étrangère. Il pense même que la guerre civile a déjà commencé dans certains quartiers où la loi de la charia aurait « déjà remplacé » les principes juridiques de la République.
Avec sa posture de fasciste patenté, Eric Zemmour marche sur les traces de Charles Maurras. Écrivain, poète, grand intellectuel devant l’éternel, le chantre du nationalisme français qui soutenait le régime de Vichy, applaudissait des deux mains les persécutions et la déportation des ancêtres de Zemmour pendant la Seconde Guerre Mondiale. C’est à ce poète antisémite, raciste, xénophobe que le candidat juif-arabe bizarrement s’identifie.
Son directeur de campagne est d’ailleurs le général à la retraite Bertrand de la Chesnais, ancien candidat à la mairie de Carpentras dans le sud de la France. Un choix qui n’a rien d’étonnant car comme son patron, cet ancien militaire est nostalgique, obsédé, par une France qui vacillerait sur ses piédestaux que tous les deux croient être en mesure de sauver.
Même Pétain a grâce à ses yeux
Sa « passion » de la France le pousse même à trouver du bon au Maréchal Philippe Pétain, collaborationniste que les Français considèrent comme un traître à la France. À la tête du régime autoritaire de Vichy instauré en France durant la seconde guerre mondiale, ce militaire a livré des Juifs aux nazis qui ne manquaient de les gazer dans les camps de concentration en Europe. Camper Le Maréchal Pétain en sauveur de Juifs français, c’est vraiment jouer d’une manière nauséabonde avec l’histoire de ce pays et la souffrance des victimes du national-socialisme.
C’est un discours classique d’extrême droite, avec que tout ce que cela comporte d’outrances verbales. De Jacques Doriot à Pierre Albertini en passant par le colonel François de la Rocque (fondateur de l’association Croix-de-feu), Pierre Poujade qui avait fait trembler la France, avec des manifestations corporatistes, à la tête de son mouvement ouvertement fasciste « Union de défense des commerçants et artisans », tous ont aussi donné dans l’exagération la plus caricaturale.
Le journaliste candidat a écrit des livres dans lesquels il exprime sa haine à l’égard des minorités vivant en France. Zemmour passe son temps à vilipender les étrangers. D’un ouvrage à l’autre, on constate les mêmes thématiques faites de manipulations de l’histoire. Les fascistes français ont toujours falsifié l’histoire. Éric Zemmour n’a fait que les rejoindre au panthéon des révisionnistes des données historiques. À considérer ses raisonnements ubuesques, il serait même capable d’affirmer que le Troisième Reich n’a pas existé, la Nuit de Cristal n’a jamais pas eu lieu à Berlin, ainsi que les six millions de morts de l’holocauste des pures inventions. À ce rythme, il risque bientôt d’affirmer que les juifs n’ont pas été persécutés et livrés par l’État français, dirigé par le maréchal Pétain. Les convois funèbres entre la ville de Drancy (Seine-Saint-Denis) et l’Allemagne non plus, si, comme le prétend l’ancien journaliste, le Maréchal Pétain a sauvé les juifs français. Choqués par cette affirmation combien étonnante, les concernés eux-mêmes ont dû répliquer : « Arrêtons de laisser falsifier l’histoire. Plusieurs descendants de juifs déportés ont tenu à rectifier les faits, évoquant sobrement, en quelques lignes, l’histoire d’un membre de leur famille déporté malgré sa nationalité française. Je pense à mon grand-oncle Albert, juif et français, né en Algérie comme Zemmour déchu de sa nationalité par Pétain, arrêté en 43 à Nice et mort à Auschwitz. Je pense à mon père exclu de l’école a 10 ans, mes oncles interdits d’enseigner. Arrêtons de laisser falsifier l’histoire”, a tweeté l’autrice Brigitte Benkemoun.
Réhabiliter Pétain, c’est finalement diminuer voire détruire l’œuvre salvatrice de l’homme du 18 juin 1940, le Général de Gaulle, l’un des derniers héros français. Quand on est républicain, on ne saurait mettre le Général de Gaulle sur le même pied d’égalité que le Maréchal Pétain. Par ce seul fait, Eric Zemmour apparaît comme un petit fasciste en culotte courte. Comme Jean Marie Le Pen autrefois, il manipule l’histoire avec des raccourcis. Éric Zemmour n’a pas besoin de se défendre, que ce soit ses faits, ses gestes ou ses livres, ils sentent tous le « Mein Kampf ».
Cela fait belle lurette depuis que l’on n’avait pas entendu de telles saillies racistes au pays de Jean Prévost de l’Abbé Pierre et de l’Abbé Grégoire. Éric Zemmour joue sur les bas instincts du peuple, leurs peurs et trouve des médias incroyablement complaisants qui, au nom de la liberté d’expression, lui offrent une tribune pour qu’il débite les pires horreurs. La raison derrière cette indulgence est que la présence de l’écrivain sur les plateaux de télévision font monter leur audience, justement grâce à ses propos outranciers.
Maguet Delva
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