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Ma position face à l'aventurisme d'une espèce fascinante

Ma position face à l'aventurisme d'une espèce fascinante

Par Paul Jérémie 

« L'homo sapiens ne se contente pas de poser [l'idée de] Dieu comme une hypothèse, il laffirme [comme une évidence. Certains homo sapiens] vont encore plus loin : ils prétendent connaître Dieu dans les plus infimes détails ; [ils élaborent sur son plan, sa parole], sa volonté, son code éthique, ses goûts... »

Telles sont à peu près les réflexions extraites d'un poste ouvert récemment sur Facebook. En guise de commentaires, j'ajoutai que les mêmes homo sapiens vont jusqu'à se proclamer "le peuple choisi" du Dieu en question ; ils lui dédient un jour, lui assignent des temples, et lui désignent un fils unique. Mieux, ils répandent sa parole et l'imposent à toutes les nations, sous peine de graves châtiments ; ils administrent ses sacrements, ils annoncent la fin de son monde, l'avènement de son royaume et le jugement final qu'il rendra aux bons, destinés à son paradis, et aux méchants, condamnés à son enfer. S’engager avec un tel zèle dans tant de conjectures est, pour le moins, une aventure furieuse. Ces aventuriers se trompent-ils sincèrement ? Comment peuvent-ils ainsi cerner une entité supposément invisible, inaccessible et mystérieuse ? 

Pour faire la part des choses, un ami, intervenant sur le poste en référence, me demanda mon avis sur cette portion d'une lettre qu'Albert Einstein aurait écrite en 1936. 

« Tous ceux qui sont sérieusement impliqués dans la science finiront par comprendre quun esprit se manifeste dans les lois de lunivers, un esprit immensément supérieur à celui de l’homme. »

Si la citation est authentique, Einstein émettrait là une hypothèse plausible. À souligner qu'il ne s'aventure pas à détailler ce qu'il appelle "esprit supérieur" et que d'autres appelleraient énergie. 

Pour ma part, je comprends que je suis partie et extension d'une réalité métempirique, d'un tout transcendant (tout en tous, essence de tout). Un tel positionnement me disqualifierait comme nihiliste et antithéiste. Cependant, curieusement, je ne me sens pas lié à ce tout transcendant, et je n'assume rien à son sujet ; ceci m'exclurait du rang des déistes comme Spinoza. Encore moins, je ne lui donne pas de nom, je ne le prie pas, je ne lui rend pas de culte ni ne l'idolâtre ; ceci me rendrait athéiste aux yeux des croyants théistes. Enfin, l'idée de la réalité ultime n'entre pas dans le champ de mes préoccupations, j'y pense à peine ; cette indifférence m'exclurait des courants agnostiques. 

En somme, je questionne toute déclaration, toute révélation et toute expérience concernant cette ultime réalité. Je tends à traiter ces témoignages subjectifs comme des spéculations ou des superstitions, tout en respectant ceux et celles qui les tiennent pour sacrées ou pour vérités. Cet esprit insoumis, ce refus de l'intouchable, pourrait me loger avec les iconoclastes.

Au fond, je sens que la réalité ultime me dépasse et m'échappe, et je doute fort que le commun des mortels puisse la connaître. En ce sens, je rejoins l'auteur du Livre de l’Écclésiaste.

« ... La compréhension des choses est hors de ma portée. Elle est beaucoup trop profonde pour quon puisse latteindre... Lhomme ne peut comprendre l’œuvre qui se fait sous le soleil. Il a beau se donner de la peine pour comprendre, il ny parviendra pas. Et même si le sage prétend savoir, en réalité il ne peut pas comprendre... »

Paradoxalement, je réalise que l’ultime réalité, pareille à l'éternel instant présent, est aussi incontournable et indéniable qu'ineffable, insondable et insaisissable. Assurément, une telle prudence nourrie d'esprit de discernement me rangerait parmi les sceptiques.

Puisque le tout transcendant est logiquement immanent, les intéressés pourraient le ou la connaître par la connaissance de soi, une ancienne discipline universelle, adoptée par Socrate en ces termes :

« Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l'univers et les dieux. »

Suivant le même principe de l'immanence, « aimer son prochain comme soi-même » serait une voie tout aussi viable. Et, puisque tout se joue ici et maintenant, et tout converge sur l'instant présent, les intéressés pourraient également suivre la voie du carpe diem (dire oui à la vie, aller profondément dans le connu) pour communier avec l'ultime réalité.

Par conséquent, j'épouse la position du libre penseur sceptique cherchant l'omniprésence, c'est-à-dire veillant à être présent à moi-même (me connaître moi-même) ou vivre en pleine conscience, à être présent à l'instant ou vivre dans le moment, à être présent pour l'autre ou vivre d'amour ; une aventure sensée, enseignement central dans toutes les écoles de spiritualité. La quête de l'omniprésence est d'autant plus avisée que tout est lié, interconnecté. Ainsi, tout au-delà pénètre dans l'ici-bas, tout être suprême se manifeste dans la conscience d'être, le connu donne accès à tout inconnu.

Parallèlement, je me veux humaniste. D'une part, je travaille à vivre en harmonie avec mes semblables. D'autre part, je suis passionné par la condition humaine et son possible dépassement par l'expansion de la conscience ; cet élan ferait de moi en plus un homme spirituel.

Dans le même poste mentionné initialement, un autre ami fit l'aveu suivant.

« Je suis encore partie prenante de cette aventure mystérieuse. Je souscris à cette citation de Camus : « Mieux vaut vivre ma vie comme s'il y avait un Dieu et mourir pour découvrir qu'il n'y en avait pas, que vivre comme s'il n'y avait pas de Dieu et mourir pour découvrir qu'il y en avait un. » Mes expériences personnelles pour comprendre les mystères du cosmos ne me permettent pas de nier l'existence d'un dieu ou de dieux, et ce n'est pas là une aventure furieuse... »

Cet ami, manifestement, n'avait pas bien saisi mes propos. L'aventure furieuse ne réside pas dans l'hypothèse de l'existence d'une entité suprême, d'un créateur universel ou d'un grand architecte. J'ai bien indiqué que c'était là une hypothèse plausible. L'aventure furieuse, c'est la démangeaison de personnifier, de s'approprier, d'apprivoiser ou de domestiquer le tout transcendant, la réalité ultime. Albert Einstein a bien mis en garde contre cette tentation apparemment irrésistible pour plusieurs.

« Quiconque prétend s'ériger en juge de la vérité et du savoir s'expose à périr sous les éclats de rire des dieux, puisque nous ignorons comment sont réellement les choses et nous n'en connaissons que la représentation que nous en faisons. »

megadialogue@yahoo.com

https://www.facebook.com/paul.jeremie.7?mibextid=ZbWKwL

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