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Haïti en otage : Quand les intérêts étrangers se cachent derrière nos clivages de couleur

Haïti en otage : Quand les intérêts étrangers se cachent derrière nos clivages de couleur

Depuis des décennies, un discours empoisonne le débat social en Haïti, servant de bouclier aux véritables prédateurs de la nation : le mythe du conflit perpétuel entre « Noirs et Mulâtres ». S'il est vrai que notre histoire est marquée par des préjugés de couleur hérités de la colonie, il est temps de cesser de regarder l’épiderme pour enfin observer les mains qui tirent les ficelles. En réduisant les malheurs du pays à une simple question de couleur, nous tombons précisément dans le piège de ceux qui profitent de notre effondrement.

Le masque qui dissimule les maîtres du système

Avant de pointer du doigt, il est crucial de définir de quoi nous parlons. Dans l’imaginaire collectif haïtien, « Mulâtre » est devenu synonyme de « peau claire et riche ». Pourtant, il s'agit d'une confusion majeure. Historiquement, le mulâtre est issu du métissage entre Noirs et Blancs sur cette terre. Mais aujourd’hui, une grande partie de l’élite économique que l'on accuse n’est pas mulâtre au sens historique : elle est étrangère.

Il s'agit de familles issues des vagues d'immigration libanaise, syrienne, palestinienne ou européenne, arrivées à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Venus exclusivement pour les affaires, beaucoup n'ont aucun lien émotionnel ou historique avec le drapeau bicolore. En les qualifiant de « mulâtres », nous leur offrons une identité haïtienne qu’ils ne revendiquent parfois même pas en coulisses, et nous leur permettons de masquer des intérêts qui sont intimement liés aux grandes puissances étrangères.

Diviser pour piller : La stratégie de l’écran de fumée

Pourquoi encourage-t-on sans cesse cette guerre de couleur ? Parce qu’elle sert de rideau de fumée.

Pendant que le peuple s'épuise en débats sur le teint de la peau, des multinationales et des puissances internationales manoeuvrent pour piller nos ressources minières et contrôler nos ports. Pendant que nous nous entre-déchirons, les ambassades étrangères dictent nos lois, choisissent nos dirigeants et étouffent notre production nationale pour transformer Haïti en un simple dépotoir pour leurs produits importés.

La couleur de peau est un masque. C'est une diversion allumée pour que nous ne voyions pas qui contrôle réellement la douane, qui finance l'entrée des armes dans nos quartiers, et qui tire profit de chaque sac de riz étranger qui vient achever l'agriculteur de l'Artibonite.

Un système sans visage et sans couleur

La réalité est bien plus brutale : le système qui suce le sang d’Haïti n’a pas une couleur unique. Il comprend des intérêts étrangers puissants, certes, mais il compte aussi des complices « noirs » au sein de la classe politique, prêts à vendre la souveraineté nationale pour quelques dollars verts.

Nous faisons face à une oligarchie transnationale. C'est un clan sans patrie. Ils possèdent peut-être un passeport haïtien, mais leurs cœurs et leurs comptes bancaires sont aux États-Unis, en France ou au Moyen-Orient. Quand le pays s’embrase, ils ne descendent pas dans la rue avec nous ; ils prennent le premier avion pour aller jouir de leurs profits loin du chaos qu’ils ont contribué à créer.

 La vérité comme seule libération

Haïti est en otage, c'est un fait. Mais elle n’est pas l’otage d’une couleur, elle est l’otage d’une structure de pillage. En continuant à nous battre sur la base de la pigmentation, nous ne faisons qu’aider les forces étrangères à achever leur œuvre de destruction.

La véritable révolution commencera le jour où nous cesserons de scruter les visages pour suivre la trajectoire de l'argent. Le combat n'oppose pas les Noirs aux Mulâtres. Il oppose les Haïtiens qui aiment Haïti (qu'ils soient noirs ou clairs) à un système de prédation international qui utilise des complices locaux pour nous maintenir dans la misère. Pour libérer Haïti, il faut arrêter de regarder la peau et commencer à dénoncer les maîtres de l’ombre qui se cachent dans les ambassades et les conseils d'administration.

 

Jacob DUVAL, étudiant en relations internationales et en Journalisme

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