Le Venezuela : un peuple frère qui n`a jamais abandonné Haïti
Dans les moments les plus sombres de son histoire, un peuple reconnaît ses véritables amis. Pour Haïti, le séisme dévastateur du 12 janvier 2010, qui a coûté la vie à plus de 300 000 personnes et fait des centaines de milliers de blessés, restera à jamais gravé dans la mémoire nationale. Face à cette catastrophe d'une ampleur sans précédent, de nombreux pays ont apporté leur soutien. Mais parmi les premiers à se tenir aux côtés du peuple haïtien figurait le Venezuela.
Le gouvernement vénézuélien, dirigé à l’époque par le feu président Hugo Rafael Chávez Frías, mon commandant éternel, a posé des gestes d'une solidarité exceptionnelle. Le Venezuela a rapidement dépêché en Haïti des équipes de secouristes, des paramédicaux, des médecins et du personnel humanitaire afin de sauver des vies et de porter assistance aux survivants. Il a également acheminé d'importantes quantités de matériel destiné à la construction d'abris temporaires pour les centaines de milliers de familles qui avaient tout perdu, ainsi que des vivres, de l'eau potable, des médicaments, des produits d'hygiène, des kits scolaires, des couvertures, des tentes, des vêtements et d'autres biens de première nécessité. Cette aide humanitaire a permis de répondre aux besoins les plus urgents des populations sinistrées dans les jours et les semaines qui ont suivi la catastrophe.
Au-delà de l'aide d'urgence, le Venezuela a pris une décision historique en annulant la dette d'Haïti, permettant ainsi à notre pays de consacrer davantage de ressources à sa reconstruction plutôt qu'au remboursement d'obligations financières. Ce geste dépassait la simple coopération internationale : il témoignait d'une véritable fraternité entre deux peuples.
Cette solidarité, je ne l'évoque pas uniquement à travers les livres d'histoire ou les rapports officiels. Je l'ai vécue personnellement. À cette époque, j'étais étudiant boursier au Venezuela. En juillet 2010, quelques mois après le tremblement de terre, le Président Hugo Rafael Chávez Frías mit un avion militaire à la disposition d'une cinquantaine d'étudiants de mon université, dont je faisais partie, afin que nous puissions rentrer temporairement en Haïti pour revoir nos familles, profondément affectées par la catastrophe. Nous n'avons pas seulement bénéficié du transport : des vêtements, de la nourriture et d'autres produits de première nécessité nous ont également été remis afin que nous puissions soutenir nos proches.
Je n'oublierai jamais ce geste. Il demeure gravé dans ma mémoire comme l'expression d'une solidarité sincère et profondément humaine. C'est pourquoi, pour moi, s'il existe un véritable peuple ami d'Haïti, un peuple frère qui nous a tendu la main lorsque nous étions à terre, c'est bien le peuple vénézuélien.
Aujourd'hui, c'est avec une immense tristesse que j'ai appris les récents tremblements de terre qui ont frappé le Venezuela. En voyant les images et en pensant aux souffrances que traversent nos frères vénézuéliens, mon cœur est rempli de douleur.
Ce qui m'attriste davantage, c'est de voir qu'aujourd'hui Haïti, ce pays qui a tant reçu de la solidarité du Venezuela, se retrouve elle-même à genoux. L'effondrement de nos institutions, l'insécurité généralisée, la misère grandissante et la profonde crise multidimensionnelle que traverse notre nation limitent considérablement notre capacité à exprimer, de manière concrète, notre reconnaissance envers un peuple qui nous a tant donné.
Grâce au programme PetroCaribe, le Venezuela a mis à la disposition d'Haïti plus de cinq milliards de dollars américains, des ressources qui auraient pu transformer durablement notre pays, renforcer ses infrastructures, améliorer ses services publics et jeter les bases d'un véritable développement économique et social. Malheureusement, une grande partie de ces fonds n'a pas été gérée ni investie de manière stratégique au bénéfice de la population haïtienne, compromettant ainsi une occasion historique de progrès.
Pour autant, cette triste réalité ne doit jamais nous empêcher d'exprimer notre profonde gratitude et notre solidarité envers le peuple vénézuélien. Même si les circonstances actuelles nous empêchent de lui rendre, à la hauteur de ce qu'il nous a offert, le soutien qu'il mérite, notre devoir de mémoire demeure intact. Nous n'oublierons jamais ce peuple frère qui, dans les moments les plus difficiles de notre histoire, nous a tendu la main, nous a soutenus, nous a accompagnés et nous a défendus avec générosité et dignité.
C'est pourquoi je veux aujourd'hui m'adresser personnellement à la diaspora haïtienne dispersée aux quatre coins du monde. Si les Haïtiens vivant sur le territoire national ne sont malheureusement pas en mesure d'apporter une aide significative au Venezuela, notre diaspora, elle, possède encore la capacité de se mobiliser.
J'en appelle donc à un vaste élan de solidarité envers le peuple vénézuélien. Le moment est venu de transformer notre reconnaissance en actions concrètes. Les Haïtiens établis en Amérique du Nord, en Amérique latine, en Europe, dans les Caraïbes et partout ailleurs peuvent se mobiliser afin d'apporter une aide humanitaire à ce peuple frère qui nous a accompagnés dans l'une des plus grandes tragédies de notre histoire.
Cette mobilisation pourrait être coordonnée, au moins dans un premier temps, par la diplomatie haïtienne sous l'autorité du gouvernement de facto d'Alix Didier Fils-Aimé, en collaboration avec les organisations de la diaspora, les associations communautaires et les partenaires internationaux. Au-delà de l'aide matérielle, un tel geste enverrait un message puissant : celui d'un peuple qui n'oublie jamais ceux qui lui ont tendu la main lorsque tout semblait perdu.
La solidarité ne doit jamais être à sens unique. Elle est une valeur universelle, un devoir moral entre les peuples qui se sont soutenus dans l'adversité. Aujourd'hui plus que jamais, les Haïtiens, où qu'ils se trouvent dans le monde, ont l'occasion d'honorer cette dette de reconnaissance envers le peuple frère du Venezuela.
Les peuples n'oublient jamais ceux qui étaient présents dans leurs heures les plus sombres. La gratitude est une valeur qui traverse le temps. Quels que soient les défis auxquels nos deux nations sont confrontées aujourd'hui, je garderai toujours en mémoire la main fraternelle que le Venezuela a tendue à Haïti lorsque notre pays vivait l'une des plus grandes tragédies de son histoire.
Au peuple vénézuélien, j'adresse mes pensées, mes prières et toute ma reconnaissance. Puisse cette épreuve être surmontée avec courage, comme le peuple haïtien a tenté de le faire en 2010. Puisse le lien de fraternité qui unit nos deux peuples continuer d’inspirer les générations futures.
Bony Eugène Georges
Global Sport Manager
Commentateur et Analyste Sportif
Professeur de Math & de Science
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.