Haïti: le pays des droits humains qui déshumanise
Depuis quelque temps le pays marche au côté de la honte tant sur le plan politique, économique, culturel, sécuritaire et social. Et sur le plan de l'être humain, le concept de la dignité humaine qui fait référence aux conditions nécessaires dans lesquelles un individu doit vivre en respectant son droit à la santé, à l'éducation, à la sécurité physique et alimentaire se voit de jour en jour en péril dans un pays qui a donné naissance aux droits de l'homme sans laisser personne de côté pour leur couleur de peau ou leur origine social.
Cet article n'a pas le but de ne critiquer aucun parti, leader politique ou donner pour responsable le gouvernement de la déshumanisation du pays puisque j'estime, avec beaucoup de respect, que cela ne vaut pas la peine de critiquer quelqu'un qui n' est pas critiquable. Donc, je ne vais pas perdre mon temps encore moins le sien en parlant des “prostituées politiques”. Mais je vais essayer de lier l'actualité haïtienne telle que: l'insécurité nationale et l'envie de laisser le pays à tout prix pour un mieux-être avec la théorie de "sécurité humaine” pour conclure ensuite avec le fléau actuel qui nous ronge qui est la déshumanisation de l'être haïtien.
C'est connu au grand public que les intellectuels haïtiens adorent parler de l'histoire glorieuse du pays qui nous a fait être non seulement la première République noire du monde en 1804, mais aussi la première révolution réussie menée par esclavisés en 1803. Sachant que les penseurs ont un impact direct sur la formation de valeurs, de la morale d' une nation, la question qui donne du fil à retordre à ces intellectuels est la suivante: quel rôle joue l'élite intellectuelle dont ils appartiennent dans la dégringolade haïtienne? Voyons un peu la scène politique et vous comprendrez qu’ils sont aussi des prostitués qui mettent leur savoir au service des politicards qui appauvrissent le peuple Haïtienne un temps record.
Maintenant, parlons sérieusement. La capitale de Port-au-Prince et ses zones avoisinantes font face à une insécurité criante depuis plusieurs mois. Spécialement, à Martissant d'où les bandits remplacent l'État haïtien en voie de disparition puisque son appareil bureaucratique et son gouvernement ne sont pas en mesure de faire valoir son autorité. Max Weber, ce sociologue allemand, dirait que celui qui possède le monopole de la violence est celui que nous devons considérer comme l´État. Donc, dans ce cas comme la violence dans le pays est aux mains des gangs, même s' il y a des rivalités entre eux, ce sont eux qui détiennent le pouvoir régulatoire. Alors, je me suis demandé pourquoi nous ne les considérons pas comme tels s’ils nous taxent aux marchés publics, ils nous réclament une somme pour circuler en plus de décider qui d’entre nous mérite d'être vivant ou mort sachant que si nous refusons de les payer pour acheter des munitions, lutter contre les camps adverses, payer des journalistes pour légitimer leur acte barbare en disant qu’ils sont des victimes du système, leur appareil judiciaire nous matraque, nous enlève ou tout simplement nous élimine comme des déchets.
Cela pourrait vous surprendre de voir comment un petit état dirigé par des gangs divisés possède plus de pouvoir que “l'État normal” que vous avez l'habitude de payer vos impôts, car la sécurité qui est un pilier fondamental est aux mains de Ti Lapli, Izo, 400 Mawozo, Bakekyou, Krisla, etc, et ces gens qui font la trêve quand ils veulent sont des criminels notoires.
Que dit l’ONU ?
Après le rapport de PNUD en 1994 le discours humanitaire se trouve à son apogée au sein des interventions militaires de l'ONU dans les pays qui connaissent une situation d'insécurité qui met en jeu la dignité des individus. Mais dans le cas d'Haïti non seulement le bilan onusien ne joue pas en sa faveur, mais aussi selon le rapport de Global Peace Index pour l'année de 2021 Haïti n’est pas parmi les 30 pays les plus dangereux du monde. Ce qui voudrait dire qu’il n’est pas une menace pour la sécurité internationale dans ce sens. Donc, pour l‘ONU le vrai problème passe de préférence du côté alimentaire avec plus de 4 millions d'Haïtiens qui souffrent de la malnutrition et les milliers qui tentent de se réfugier aux États-Unis.
La sécurité humaine dont on parle à l'ONU répond à la nécessité d’aller plus loin au-delà du concept traditionnel de sécurité nationale, montrant que la base et le fondement des politiques de sécurité sont liés à la personne humaine. Ce qui dit, l’objectif de toute institution doit être chargé de protéger l’être humain contre les menaces à son intégrité, contre l’intégrité de l’État ou au-dessus de l’intérêt national. La sécurité humaine souligne le devoir du système international, dont l’ONU d’intervenir pour protéger les individus des diverses menaces auxquelles ils sont soumis, soit du côté de l’État ou des groupes illégaux; ce concept a ainsi soulevé le principe d’intervention humanitaire, qui cherche à pénétrer dans les régions en conflit où la population et les individus voient leurs conditions de sécurité de base menacées. Malgré tout, l'ONU ne fait pas grand-chose et la BINUH ressemble bien à une sorte de personnes envoyées en vacances en Haïti puisque l’une de ses missions principales qui sont la professionnalisation de la PNH reste encore sur le papier. Mais ces gens ne cessent pas de nous fatiguer avec le discours démocratique comme quoi tous nos problèmes seront résolus une fois qu’ils nous donnent un nouveau prostitué comme président.
Haïti, jadis, qui aidait les autres pays, qui luttait pour faire respecter les droits de l’homme comme: offrir la liberté à tous et toutes les esclavisés; recevoir avec les bras ouverts Simon Bolivar; vouloir donner refuges aux juifs que les nazis pourchassaient durant la Deuxième Guerre mondiale, voit une fois de plus ses filles y fils fouettés par le colon puisque non seulement la classe politique est déshumanisée, mais aussi le sauve qui peut nous rend encore plus inhumain en nous enlevant la générosité et la sensibilité. Le pays des droits humains devient n’importe quoi, car il est dirigé par n’importe qui. Et les bandits légaux ou illégaux en profitent pour nous avilir davantage aux yeux du monde. Il nous reste que notre histoire et moi je suis fatigué d’en parler tout le temps pour ne pas ressembler avec ceux et celles qui reconnaissent les valeurs et l'idéal de Dessalines chaque 17 octobre pendant qu’il laisse un peuple crève de faim, qui patauge dans la salubrité et l'insécurité.
Claudy Bastien est spécialiste en Communication politique et étudiant en Relations internationales à l'Université Nationale de San Martin en Argentine.
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