Ce 21 août s’est ouvert à Pétion-Ville un grand forum réunissant les autorités de l’État et plusieurs secteurs de la vie nationale. Ces assises, qui ont duré trois jours, donneront lieu à la publication d’un grand livre blanc de la défense.
Le Premier ministre et le ministre de la Défense ont tous deux plaidé en faveur d’une institution militaire moderne, disciplinée et républicaine. Par le passé, l’armée s’est en effet dressée, à maintes reprises, contre les intérêts supérieurs de la nation, fomentant des désordres politiques et interrompant l’ordre constitutionnel.
Autant d’égarements pernicieux qui ont conduit à sa malheureuse désintégration.
Sans pour autant être militariste, force est de reconnaître que l’absence d’une institution militaire nationale a créé un vide sécuritaire lourd de souffrances. Certes trop souvent prompte à dégainer le sabre,l’armée disparue a laissé le champ libre à des groupes armés privés au service des puissants du moment. Cette situation nous a plongés dans la pire crise de notre histoire et a profondément terni l’image d’Haïti.
Notre pays, devenu le grand malade de la région, voit ses enfants martyrisés et criminalisés un peu partout dans le monde. La faute en incombe à des politiques néfastes et à des élites superficielles, qui ont réduit la population à une masse « taillable et corvéable à merci ».
Ce forum doit donc poser les premiers jalons qui permettront à ce pays de reconquérir sa dignité. Il doit aussi nous aider à rompre avec le nationalisme de pacotille.
Il est temps de reconstruire une armée véritablement républicaine, et non une force brutale au service de quelques brasseurs d’affaires. Une armée disciplinée, professionnelle, moderne et respectueuse de la citoyenneté haïtienne peut être un moyen de renouer avec le civisme et le sens de l’honneur.
Loin de toute perversion politicienne et de toute tentation totalitaire, ce devra être une armée au service de la démocratie, comme l’ont souhaité d’anciens officiers tels que Kern Delince, Paul Laraque, Raymond Chassagne, Élyot Roy et Max Vallès.
Souhaitons plein succès à ces assises. Que le verbe se fasse chair, avant que les promesses, une fois de plus, ne retombent en poussière. Car une armée républicaine ne se proclame pas : elle se construit et fait ses preuves.
Roody Edmé
