La situation sécuritaire demeure extrêmement préoccupante en Haïti. Alors que les Nations unies dressent un bilan alarmant des récentes attaques de gangs à Kenscoff, les violences se poursuivent dans plusieurs régions du pays, notamment dans l'Artibonite et la région métropolitaine de Port-au-Prince. Dans le même temps, les autorités haïtiennes continuent d'affirmer que des progrès ont été réalisés dans la lutte contre l'insécurité, une appréciation qui contraste avec les constats de plusieurs partenaires internationaux et les réalités observées sur le terrain.
Selon un rapport des Nations unies, au moins 61 personnes, dont 14 enfants, ont été tuées entre le 4 et le 9 juillet lors d'attaques menées par des membres du gang de Village-de-Dieu contre plusieurs localités de la commune de Kenscoff. Ces violences ont également provoqué le déplacement de près de 5 840 personnes, contraintes d'abandonner leurs habitations après des actes de pillage, des incendies de maisons et la destruction de plusieurs infrastructures, notamment des installations de télécommunications.
Malgré les opérations conduites par la Police nationale d'Haïti (PNH), la tension demeure vive dans cette commune de montagne, où les activités économiques tournent au ralenti. De nombreux commerces restent fermés et plusieurs familles continuent de fuir les zones les plus exposées.
Dans l'Artibonite, la situation reste également préoccupante. Les membres du gang « Taliban » ont lancé de nouvelles attaques contre les habitants de Bois-Neuf, dans la commune de Montrouis, les 17 et 18 juillet. Selon des sources locales, ces offensives ont entraîné le blocage de la route nationale à hauteur de cette localité. Des riverains dénoncent l'insuffisance des moyens mis à la disposition des policiers déployés dans la région pour contenir la progression des groupes armés.
Des résultats policiers dans le Nord
Parallèlement, la Direction départementale du Nord de la PNH a présenté le bilan de ses opérations menées entre le mois de juin et le 16 juillet 2026. Au total, 391 personnes ont été interpellées pour diverses infractions, notamment assassinat, tentative d'assassinat, enlèvement, séquestration, vol, escroquerie, possession illégale d'armes à feu, association de malfaiteurs et troubles à l'ordre public.
Les forces de l'ordre indiquent également avoir saisi huit armes à feu de différents calibres ainsi qu'une trentaine de cartouches. Plusieurs présumés bandits ont été mortellement blessés lors d'interventions policières, tandis qu'un policier a été atteint par balle.
Parmi les opérations marquantes figure celle du 15 juillet, au cours de laquelle Peterson Belony a été mortellement touché et un autre individu connu sous le sobriquet de « Dejwe ». Deux autres suspects ont été arrêtés et une arme de calibre .40 a été récupérée.
Les interventions menées à Limonade, Mombin-Lataille et Milot ont également permis de neutraliser plusieurs individus recherchés pour des faits criminels et de saisir différentes armes à feu.
Dans le cadre de la lutte contre les violences basées sur le genre, la police a annoncé l'arrestation de trois personnes, dont deux hommes soupçonnés d'avoir mortellement agressé leurs conjointes ainsi qu'une femme poursuivie pour des faits de violences physiques.
Des déclarations officielles qui suscitent des interrogations
Au moment où ces violences se poursuivent, la ministre des Affaires étrangères, Raina Forbin, a déclaré devant le Conseil de sécurité des Nations unies que la situation sécuritaire en Haïti connaissait une amélioration et que des progrès significatifs avaient été accomplis.
Ces propos contrastent toutefois avec les constats dressés par plusieurs observateurs ainsi qu'avec la réalité décrite par les populations affectées. Plusieurs axes routiers demeurent sous le contrôle de groupes armés, qui y imposent des postes de péage illégaux, tandis que plusieurs quartiers de la région métropolitaine restent en proie à une violence persistante.
Le représentant des États-Unis auprès des Nations unies a, pour sa part, adopté un ton nettement plus prudent. Il a estimé que le peuple haïtien mérite de vivre dans un pays où les gangs ne contrôlent plus les rues, où les institutions fonctionnent librement et où les dirigeants sont élus dans un climat exempt d'intimidation.
Une campagne pour renforcer les effectifs de la PNH
Dans ce contexte, la Police nationale a lancé, le 17 juillet au Cap-Haïtien, la deuxième phase de la campagne « PNH Nouvelle Génération : Les femmes au cœur du changement ». Soutenue par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et financée par l'Union européenne, cette initiative vise à encourager davantage de femmes à intégrer les rangs de l'institution policière afin de contribuer au renforcement de ses capacités opérationnelles.
Vladimir Predvil
