Le Conseil national de la société civile ayitienne (CNSCA) a officiellement lancé, ce lundi 20 juillet 2026, à Pétion-ville, le «â€¯Forum national Ayiti », un projet de reconstruction et de développement du pays à l’horizon 2054, sous le thème : «â€¯Ensemble, construisons l’Ayiti de demain ». L’initiative vise à proposer une vision de long terme pour Haïti, fondée sur des projets d’infrastructures et d’urbanisme ambitieux.
À l’occasion de ce forum, les intervenants ont détaillé des transformations structurelles pour diverses régions, notamment la création de pôles touristiques dans l’Ouest et d’une cité universitaire de santé dans le Plateau Central. En rejetant toute motivation électorale immédiate, l’organisation appelle à une réflexion collective impliquant l’ensemble des secteurs de la société, en vue de restaurer la fierté nationale et de transformer la gestion du territoire afin d’offrir un avenir digne aux citoyens.
Selon Joseph Domingue Ortella, coordonnateur national du CNSCA, les grands projets d’aménagement proposés s’articulent autour de pôles régionaux stratégiques et de grandes infrastructures de connexion. Dans la zone métropolitaine et l’Ouest, un projet d’envergure prévoit de relier plusieurs points clés  tels que de la Gonâve à Gressier, de Gressier à Pétion-Ville, et de Cité Soleil à Montrouis.
À Port-au-Prince, il est envisagé de transformer les zones de Carrefour Aviation et Carrefour Dessalines en espaces historiques et touristiques et le Boulevard Jean-Jacques Dessalines serait également réaménagé, associé au concept de «â€¯Justice Dessalines ».
Dans le Plateau Central, la vision pour 2054 ambitionne de faire de la région un centre d’excellence en santé et en formation, en s’appuyant sur des investissements déjà réalisés, tels que l’Hôpital universitaire de Mirebalais. La Côte Sud bénéficierait du réaménagement de Quatre Chemins et de la création du Boulevard Fidèle, destiné à desservir le département. Quant au Grand Nord, des modèles d’investissement et de valorisation des ressources locales sont proposés pour en faire des pôles de fierté nationale. L’ensemble de ces projets vise à transformer Haïti en un «â€¯paradis » mieux géré, où les citoyens pourraient accéder aux services essentiels sans devoir quitter le pays.
Parallèlement, l’historien Michel Soukar, présent au forum, a analysé la crise profonde qui empêche Haïti de fonctionner comme une nation stable. Selon lui, les défaillances politiques et judiciaires découlent d’une absence de conscience citoyenne. Il plaide pour l’inculcation, dès le plus jeune âge, de valeurs fondamentales telles que le respect mutuel, le sens du devoir et la solidarité nationale. Il insiste sur la civilité, le civisme et la solidarité comme socle moral indispensable pour sortir le pays de l’impunité et de la décomposition sociale.
Me Roselore Aubourg, coordinatrice de la CONFORTH et présidente d’une confédération de femmes paysannes, a souligné l’importance de l’intégration économique des femmes rurales dans la vision 2054. Elle propose une stratégie de formalisation pour transformer les actrices rurales en entrepreneures reconnues, avec accès au crédit, à la protection juridique et à une véritable reconnaissance institutionnelle. Selon elle, l’émancipation économique des femmes est une condition essentielle de la souveraineté nationale et de la prospérité collective.
Le Dr Ronald Laroche, quant à lui, a dressé un constat alarmant de l’effondrement du système de santé haïtien. Il propose une réforme radicale fondée sur un système de sécurité sociale universel, inspiré de modèles étrangers, où chaque citoyen cotiserait selon ses moyens pour bénéficier de soins gratuits. Il cite l’expérience de son organisation DASH, qui démontre la faisabilité d’un tel modèle à l’échelle nationale. Pour lui, seule une nouvelle gouvernance transparente et solidaire permettra de garantir l’accès aux soins pour tous.
De nombreuses personnalités de la société civile ont pris part à ce lancement, parmi lesquelles Valeska Maurice dit Mambo Yaya, Samuel Colin, Édouard Pautre, Rollier St-Pierre, Charles Tardieu, Me Schultz Simpson Casir, Me Alix Wadson entre autres. Toutes ont apporté des éclairages sur des sujets jugés essentiels  dont la santé, l’éducation, la culture, la diaspora et rôle des femmes dans la construction d’Haïti à l’horizon 2054.
Likenton Joseph
