À l’approche du 7 septembre 2026, date officielle fixée par le Ministère de l'Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle, pour la rentrée scolaire 2026-2027, l’inquiétude gagne de nombreuses familles dans le département du Sud, particulièrement dans la ville des Cayes. Derrière les annonces officielles et les préparatifs des établissements scolaires se cache une réalité beaucoup plus difficile, pour une grande partie de la population, envoyer un enfant à l’école devient chaque année un combat contre la pauvreté, l’insécurité et la précarité.
Dans les quartiers populaires comme Croix-des-Matyrs, Derrière Fort, La Savanne et dans les zones rurales, les parents doivent déjà faire face à une longue liste de dépenses : frais de scolarité, uniformes, chaussures, livres, cahiers, fournitures, transport et parfois nourriture. Pour des familles qui peinent à assurer quotidiennement leurs besoins essentiels, la rentrée scolaire représente une charge financière considérable.
À Croix-des-Matyrs, un parent de quatre (4) enfants racontre avec martyr ses situations précaires « Le problème ne se résume donc pas au fait de vouloir envoyer un enfant à l’école. Encore faut-il avoir les moyens de le faire ».
Plus loin, il a souligné que la crise économique frappe directement les ménages. L’augmentation du coût de la vie réduit le pouvoir d’achat et oblige certains d'entre-eux à faire des choix douloureux entre payer l’école, acheter de la nourriture ou répondre à d’autres besoins fondamentaux. Dans plusieurs familles, les parents travaillent dans l’informel, sans revenus fixes, ce qui rend particulièrement difficile la préparation d’une rentrée qui exige des dépenses importantes en quelques semaines.
À cette pression économique s’ajoute une crise sécuritaire qui continue de bouleverser la vie de milliers d’enfants. Modeline, mère d'une fillette a dû abandonner leur maison dans la zone metropolitaine de Port-au-Prince, pour chercher refuge aux Cayes. « Je ne sais même pas à quel saint se vouer pour savoir si ma fille pourra aller à l’école. Je n’ai encore rien acheté, et le carnet de l’année dernière est toujours à la direction. Il faut que l’État reporte la rentrée scolaire a martelé la jeune dame avec martyr. »
Dans certaines zones dans la ville des Cayes dont Raynaud, Derrière Fort et La Savanne aller à l’école peut même devenir une question d'économie. Le trajet quotidien entre la maison et l’établissement scolaire expose des élèves, des enseignants et des parents à des risques liés au transport suite à la hausse des prix du carburant et l'augmentation des tarifs de transport.
Cette situation fragilise davantage un système éducatif déjà confronté à d’importantes difficultés. Selon un récent état des lieux de la crise éducative en Haïti, plus d’un enfant sur quatre serait actuellement privé d’école, tandis qu’environ 1,2 million d’enfants d’âge scolaire et d’enseignants auraient besoin d’un soutien éducatif et de conditions d’apprentissage sûres.
Et derrière les statistiques, il y a des visages, celui d’un enfant qui rêve de porter son nouvel uniforme, d’une mère qui cherche désespérément de quoi payer les frais scolaires, d’un père qui multiplie les petits travaux pour acheter quelques cahiers, ou encore celui d’un élève déplacé qui ne sait pas encore dans quelle école il pourra reprendre ses études.
Le 7 septembre sera donc bien plus qu’une simple date inscrite dans un calendrier. Ce sera un nouveau test pour le système éducatif haïtien et pour les familles qui tentent, malgré tout, de préserver l’avenir de leurs enfants.
Le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) maintient officiellement la rentrée au lundi 7 septembre et annonce vouloir favoriser une reprise « harmonieuse, inclusive et sécurisée ». Mais sur le terrain, le défi sera immense, faire en sorte que cette rentrée ne soit pas seulement possible pour ceux qui peuvent payer, mais qu’elle soit réellement accessible aux enfants les plus vulnérables.
Car en Haïti, l’école reste pour beaucoup le dernier espoir d’une vie meilleure. Mais lorsque la pauvreté oblige un enfant à rester à la maison, lorsque l’insécurité lui interdit de traverser une rue ou lorsqu’une famille déplacée ne sait pas où dormir le lendemain, l’éducation devient malheureusement une promesse difficile à tenir.
À quelques semaines de la rentrée, la question n’est donc plus seulement de savoir si les écoles ouvriront leurs portes le 7 septembre. La véritable question est de savoir combien d’enfants pourront réellement franchir ces portes.
Frantzou Laguerre
