L’Observatoire international pour la démocratie et la gouvernance (OIDG) exprime de sérieuses inquiétudes quant à la participation des Haïtiens vivant à l’étranger aux prochaines élections. Dans une note de conjoncture publiée le 18 août 2026, l’organisation estime que, faute de mesures concrètes, la diaspora pourrait être exclue de fait du processus électoral prévu pour 2026-2027.
Selon l’OIDG, le droit de vote des Haïtiens de la diaspora est pourtant consacré par le Décret électoral. L’article 5.1(6) présente notamment la participation de la diaspora comme un élément de la modernisation du système électoral. L’article 384 prévoit que l’Haïtien vivant à l’étranger vote pour élire le président de la République dans les communautés haïtiennes de la diaspora identifiées par le Conseil électoral provisoire (CEP).
L’article 385 prévoit, de son côté, qu’un arrêté pris en Conseil des ministres doit déterminer les lieux et les modalités d’exercice de ce vote. L’OIDG affirme toutefois qu’aucune mesure concrète n’a, jusqu’ici, été mise en place pour permettre aux électeurs haïtiens établis à l’étranger de s’inscrire et de voter.
L’organisation souligne notamment qu’aucun arrêté prévu par l’article 385 n’a été publié et qu’aucun centre d’inscription n’a été installé dans la diaspora. Elle relève également que le calendrier électoral officiel du CEP, publié dans la note de presse CEP/DC/028-2526 du 27 juillet 2026, ne prévoit aucun dispositif spécifique concernant le vote des Haïtiens vivant à l’étranger.
Cette situation inquiète d’autant plus l’OIDG que le calendrier électoral avance rapidement. La période d’inscription des électeurs doit prendre fin le 13 octobre 2026, soit 60 jours avant le premier tour de la présidentielle, fixé au 13 décembre 2026.
L’organisation estime que le temps restant pourrait être insuffisant pour identifier les communautés haïtiennes concernées, adopter l’arrêté nécessaire et installer les centres d’inscription et de vote à l’étranger. « Une exclusion de fait » Pour l’OIDG, l’absence de ces dispositions dans les délais pourrait conduire à une exclusion de fait de la diaspora lors du scrutin du 13 décembre.
L’organisation considère qu’une telle situation serait contraire aux dispositions du Décret électoral relatives à la participation de la diaspora, notamment les articles 5.1, 59, 384 et 385.
L’article 59 prévoit en effet que l’inscription de l’électeur s’effectue physiquement dans un centre d’inscription et de vote. Pour l’OIDG, cette exigence implique donc la mise en place préalable de structures permettant aux Haïtiens de l’étranger de s’inscrire dans leurs pays de résidence.
Des inquiétudes sur la légitimité du prochain pouvoir
Au-delà de la question du droit de vote de la diaspora, l’OIDG met en garde contre les conséquences d’une faible participation électorale sur la légitimité des futures autorités.
Selon l’organisation, un faible taux de participation pourrait contribuer à l’élection de dirigeants souffrant d’un déficit de légitimité populaire. Une telle situation, estime-t-elle, serait particulièrement préoccupante dans le contexte politique et institutionnel actuel et pourrait fragiliser la crédibilité des institutions issues des élections.
L’OIDG considère ainsi que l’inclusion de l’ensemble des segments de l’électorat haïtien, y compris ceux vivant à l’étranger, constitue une condition importante pour la stabilité et la crédibilité du processus électoral.
Elle recommande notamment la publication sans délai de l’arrêté prévu par l’article 385 du Décret électoral ainsi que l’installation, en collaboration avec les représentations diplomatiques haïtiennes, de centres d’inscription et de vote dans la diaspora.
L’OIDG demande également aux autorités de rendre publiques les dispositions prises pour assurer l’application des articles 5.1, 384 et 385 du Décret électoral.
L’organisation invite par ailleurs les groupes organisés de la diaspora à se mobiliser dans leurs pays d’accueil afin de faire valoir leur droit de participer aux élections. Elle encourage enfin la société civile, les médias et les partenaires internationaux à renforcer leur plaidoyer et leur veille en faveur d’un processus électoral inclusif, transparent et démocratique.
Vladimir Predvil
