Une nouvelle nuit de terreur a endeuillé Kenscoff. Dans la nuit du 23 au 24 août 2026, une attaque attribuée à la coalition de gangs « Viv Ansanm » a fait au moins une quarantaine de morts, des dizaines de blessés et plusieurs disparus. Face à cette nouvelle tragédie, l’OEA appelle la communauté internationale à transformer ses engagements sécuritaires en actions concrètes.
Selon les informations recueillies par Le National, plusieurs personnes ont passé de vie à trépas dans la nuit du 23 au 24 août, lors d’une incursion brutale attribuée à la coalition de gangs « Viv Ansanm ». Au moins 40 personnes auraient été tuées, tandis que plusieurs autres ont été blessées ou portées disparues. Le maire de Kenscoff, Massillon Jean, a évoqué une véritable « nuit de terreur », précisant que les recherches se poursuivaient.
Pris sous le coup de la panique, des habitants ont dû abandonner leurs maisons dans un véritable sauve-qui-peut. L’attaque aurait notamment visé un camp de personnes déplacées installé dans une église. Des habitants ont rapporté des exécutions, des enlèvements et l’incendie de plusieurs maisons.
Kenscoff, une commune meurtrie par une violence persistante
Cette nouvelle tragédie ne constitue pas un épisode isolé. Depuis le début de 2025, Kenscoff est régulièrement prise pour cible par des groupes armés cherchant à étendre leur emprise vers les zones montagneuses et les axes stratégiques reliant les hauteurs de la capitale.
Selon les documents consultés par le journal Le National, entre le 27 janvier et le 27 mars 2025, le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) avait documenté une vaste offensive contre Kenscoff et certaines zones de Carrefour. Au moins 262 personnes avaient été tuées, dont 115 membres de la population et 147 membres de gangs, selon le rapport onusien. Soixante-six autres personnes avaient été blessées.
La violence s’est poursuivie au printemps. Le rapport du secrétaire général de l’ONU publié en 2026 fait état d’au moins 29 personnes tuées à Kenscoff entre janvier et le 31 mars 2026, ainsi que de 88 habitations incendiées.
Quelques mois plus tard, entre le 4 et le 9 juillet 2026, une série d’attaques attribuées au gang de Village-de-Dieu a fait au moins 61 morts, dont 14 enfants, selon un rapport des Nations unies rapporté par Le Nouvelliste. Plus de 5 800 habitants avaient également été déplacés.
Une succession d’attaques et d’incidents
La commune avait également été marquée, le 19 août 2025, par l’explosion accidentelle d’un drone kamikaze sur une base des unités SWAT. L’incident avait coûté la vie à deux policiers et blessé d’autres agents. Selon le gouvernement haïtien, le drone avait été retrouvé puis transporté vers la base par des habitants avant d’exploser.
À cela s’ajoutent plusieurs épisodes de violence rapportés en 2025, notamment des attaques contre des infrastructures policières, des incendies et des déplacements forcés de populations. Kenscoff apparaît ainsi comme l’un des nouveaux fronts de l’expansion des groupes armés dans les zones périphériques de la capitale.
L’OEA appelle à passer aux actes
C’est dans ce contexte particulièrement sombre que le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Albert R. Ramdin, a condamné avec fermeté l’attaque. Six jours après sa mission en Haïti, il a exprimé sa solidarité avec les communautés touchées et présenté ses condoléances aux familles des victimes.
Le responsable régional dénonce une violence qui ne se limite pas aux pertes humaines et aux destructions matérielles. Elle, estime-t-il, a laissé des blessures profondes au sein des communautés, prive les familles de leur tranquillité et alimente le désespoir chez les jeunes.
Face à cette situation, Ramdin appelle les États membres et les partenaires internationaux à accélérer la mise en œuvre de leurs engagements en faveur de la Force de répression des gangs (FRG).
Des promesses aux résultats
Pour l’OEA, le temps des promesses doit désormais laisser place à celui des résultats. La communauté internationale est appelée à fournir les ressources humaines, financières, logistiques et opérationnelles nécessaires à la réponse sécuritaire.
La Résolution 2793, adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies en septembre 2025, constitue le cadre international ayant permis la création de cette nouvelle Force de répression des gangs, destinée à soutenir les autorités haïtiennes dans la lutte contre les groupes criminels.
À Kenscoff, où les habitants vivent depuis des mois au rythme des attaques, des déplacements et des deuils, l’urgence demeure pourtant la même : retrouver la sécurité et pouvoir vivre sans craindre la prochaine nuit de violence.
Le carnage du 23 au 24 août vient ainsi rappeler, une fois de plus, l’ampleur de la crise sécuritaire en Haïti et la distance qui sépare encore les engagements internationaux de leur traduction concrète sur le terrain.
Mitchel Kewing ETIENNE
