Après une attaque sanglante perpétrée par des gangs dans la commune de Kenscoff, la Direction générale de la protection civile (DGPC) a lancé un appel à la solidarité nationale et internationale afin de venir en aide aux habitants et protéger le territoire. Joint par téléphone, le coordonnateur de la Direction de la Protection Civile (DPC), Patrick Saint-Hilaire, dresse un bilan humain et matériel particulièrement lourd.
Alors que des organisations de défense des droits humains font état de 47 morts et que certains médias rapportent une cinquantaine de victimes, le coordonnateur Patrick Saint-Hilaire indique qu’au niveau de la DPC, au moins 35 décès ont été recensés, en plus de nombreux enlèvements et de l’incendie de dizaines de maisons, plongeant la population dans un profond traumatisme.
Face à l’impuissance des autorités locales et à l’occupation du territoire par des groupes armés, l’appel est lancé vers l’État central et la communauté internationale pour une intervention urgente. Selon Patrick Saint-Hilaire, la situation humanitaire est critique : des milliers de déplacés fuient les violences pour se réfugier dans des églises ou des centres de fortune. En l’absence de mesures de sécurité concrètes, la DPC souligne l’effondrement du sentiment de sécurité et insisté sur la nécessité d’une solidarité immédiate pour éviter une catastrophe encore plus grande.
Par ailleurs, l’analyse des données fournies dans les recensements révèle un bilan extrêmement lourd, tant sur le plan humain que matériel, caractérisant une situation d’extrême urgence. Les chiffres varient, reflétant la difficulté d’établir un décompte définitif. Toutefois, l’évaluation directe réalisée sur le terrain par la DPC (via le constat des cadavres) rapporte un bilan partiel de 35 morts. En parallèle, d’autres bilans circulent sur les réseaux : certains font état de 47 victimes, tandis que certains médias évoquent jusqu’à une cinquantaine de morts.
Au niveau de la Direction de la Protection Civile (DPC), les responsables dénombrent également 28 blessés par balle. Parmi eux, 24 sont hospitalisés et 4 autres ont pu regagner leur domicile ou être pris en charge ailleurs. Concernant les enlèvements et disparitions, l’institution recense 48 personnes enlevées ou portées disparues. Des recherches sont activement menées pour tenter de les retrouver.
Déplacements de population et crise humanitaire
Par conséquent, les habitants des zones attaquées par les gangs ont été contraints de fuir. La population est profondément traumatisée. Pour faire face à l’urgence, des sites d’hébergement improvisés accueillent les déplacés internes. Ces derniers vivent dans des conditions extrêmement difficiles, faisant craindre une évolution rapide vers une crise humanitaire majeure sans un élan de solidarité.
Les destructions matérielles touchent directement les habitations et les infrastructures communautaires : près de 25 maisons ont été incendiées au cours de l’attaque. Les écoles, qui devaient reprendre ou débuter leurs activités dans les semaines à venir, sont également affectées. Ces dégâts s’inscrivent dans un contexte de violence organisée que subit la commune depuis déjà 20 mois, face auquel les autorités locales apparaissent dépassées.
Face à cette situation d’extrême urgence, les besoins humanitaires prioritaires s’articulent autour de plusieurs axes : les déplacés, contraints de fuir, vivent dans des conditions précaires. Patrick Saint-Hilaire lance un appel pressant à la solidarité et à l’aide extérieure, soulignant que l’appui d’organisations internationales est indispensable pour secourir la population sinistrée. L’attaque a provoqué un immense choc au sein de la population locale, qui désormais traumatisée. Une prise en charge en santé mentale est jugée nécessaire pour accompagner les victimes.
Bien qu’une opération policière soit déclenchée pour tenter de repousser ou neutraliser les groupes armés, le constat sur le terrain reste amer. Après 72 heures, la population estime qu’aucune disposition réelle n’a été prise pour rétablir la sécurité, restaurer la confiance ou permettre aux habitants de reprendre le cours normal de leur vie.
Historiquement, la police était la seule force de sécurité présente dans l’ensemble des sections communales. Cependant, face à des groupes armés qui contrôlent désormais de larges portions de territoire notamment à Belle Fontaine et autres, les forces locales se retrouvent dépassées par une violence organisée qui perdure depuis 20 mois.
Les autorités locales semblent ne pas disposer des moyens nécessaires pour soutenir la police et l’Armée d’Haïti sur le terrain. Selon la DPC, les forces de l’ordre souffrent d’un manque de ressources que seul l’État central pourrait pallier. Patrick Saint-Hilaire réclame même l’intervention d’une force internationale afin d’éviter que toute la zone métropolitaine ne tombe aux mains des assaillants.
In fine, la situation géographique de Kenscoff est hautement stratégique. Patrick Saint-Hilaire insiste sur le fait qu’une force internationale doit intervenir pour « sauver la commune », car si elle tombe, c’est l’ensemble de la zone métropolitaine qui serait menacé.
Likenton Joseph
