Le lancement du championnat intercommunal, organisé le dimanche 9 août au Parc Sainte-Thérèse de Pétion-Ville, a offert bien plus qu’un simple spectacle sportif. Placée sous le thème « Jouer pour la paix, agir contre la violence », cette initiative de l’Observatoire National du Sport Haïtien (ONASH), réalisée en partenariat avec le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, l’UNESCO et la Fondation Matana, a mis en lumière le potentiel transformateur du sport et de la culture dans une société confrontée à de nombreux défis.
Cette grande célébration sportive et citoyenne a réuni plusieurs communes autour d’un même idéal : promouvoir la paix, renforcer la cohésion sociale et offrir à la jeunesse des espaces d’expression et d’épanouissement. Parmi les moments forts de la journée figuraient le défilé des différentes délégations représentant Kenscoff, Cité Soleil, Tabarre, Pétion-Ville et Port-au-Prince, la prestation symphonique de la fanfare du Lycée de Pétion-Ville ainsi qu’un match spectaculaire, disputé dans un remarquable esprit de fair-play, entre l’Association sportive de la Mairie de Kenscoff et celle de Pétion-Ville.
Cependant, la véritable révélation de cette journée restera sans conteste la prestation exceptionnelle, émouvante et presque céleste des jeunes filles du groupe Kenya Dance.
Composé exclusivement de filles et de fillettes vivant à La Saline, ce groupe a démontré un courage admirable et une détermination exemplaire dans un contexte marqué par une insécurité persistante. Leur présence sur scène représentait bien plus qu’une simple performance artistique : elle incarnait un message d’espoir et de résilience.
La Saline est aujourd’hui confrontée à de multiples défis. Les habitants vivent dans un environnement où l’insécurité, la précarité économique et l’absence de services publics de base compliquent considérablement le quotidien. L’accès aux soins de santé, à l’eau potable, à l’éducation et à d’autres services essentiels demeure limité pour une grande partie de la population. Malgré ces difficultés, ces jeunes danseuses ont choisi de faire entendre leur voix à travers l’art, démontrant que le talent et la volonté peuvent survivre même dans les circonstances les plus éprouvantes.
Touchée par cette prestation remarquable, la mairesse de Port-au-Prince, Mme Esther Cinéaste, accompagnée de son homologue de Pétion-Ville, Marie Geralda Nelson ainsi que le président de l’Observatoire National du Sport Haïtien, M. Edwing Charles a tenu à saluer ces jeunes artistes et leur encadrement.
Souhaitant immortaliser ce moment mémorable, les responsables ont adressé aux danseuses des paroles d’encouragement inspirantes résumant parfaitement l’esprit de cette journée :
« Il y aura des moments où avancer sera douloureux, reculer sera douloureux et rester immobile sera mortel. Ayez du courage et continuez d’avancer. »
Au-delà de son caractère artistique, la performance de Kenya Dance invite à une réflexion profonde sur le sort des jeunes vivant dans les quartiers les plus vulnérables du pays. Elle soulève une question essentielle : comment offrir à cette jeunesse les opportunités nécessaires pour construire un avenir meilleur ?
À cette interrogation, l’ONASH apporte déjà un élément de réponse à travers l’organisation du championnat intercommunal. En mettant en valeur les talents sportifs et culturels tout en favorisant l’inclusion sociale, cette initiative démontre que le sport et la culture peuvent devenir de puissants outils de transformation sociale.
Toutefois, les efforts ne doivent pas s’arrêter là. D’autres secteurs de la société sont appelés à se mobiliser afin de contribuer à une sortie durable de la crise qui fragilise profondément la jeunesse haïtienne.
Des activités éducatives, culturelles, professionnelles et communautaires pourraient être intégrées au projet afin de lui conférer une dimension véritablement holistique.
Car si l’insécurité constitue un problème majeur qui exige des réponses appropriées, les armes — qu’il s’agisse de blindés, de drones kamikazes ou d’autres équipements létaux — ne peuvent, à elles seules, résoudre les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes des quartiers marginalisés. Seule une approche globale, fondée sur l’éducation, la culture, le sport, l’inclusion sociale et le développement humain, permettra de bâtir un avenir plus juste, plus sûr et plus prometteur pour toute une génération..
Prof. Mathieu Roosevelt
Mater II en FLES
Certifié en sport et cohésion sociale
Tél : 34 49 19 06
Mathieuroosevelt09@gmail.com
