Gaza vient d’entrer dans l’Histoire et non pour les raisons que l’on espère pour un peuple. Un génocide est en cours, à ciel ouvert, devant les caméras du monde entier. Ce que les autorités civiles et militaires israéliennes infligent aujourd’hui au peuple palestinien dépasse les limites de l’acceptable. C’est une entreprise méthodique de destruction humaine, territoriale, sociale. Et nous sommes tous témoins.
Ce n’est pas une guerre. Ce n’est pas une opération de sécurité. C’est l’extermination lente et programmée d’un peuple qui vit dans une prison à ciel ouvert. Ce n’est plus un drame oublié dans l’ombre. C’est le premier génocide du XXIe siècle mené en direct, en pleine lumière, avec le regard passif voire complice de la communauté internationale.
Chaque jour, des quartiers entiers sont rasés. Des enfants sont arrachés à la vie. Des familles disparaissent. Et nous ? Nous commentons. Nous relativisons. Nous débattons. Pendant que la terreur se banalise.
L’Histoire jugera. Elle jugera le silence. Elle jugera les faux équilibres. Elle jugera la neutralité feinte quand la justice exige un positionnement clair. Elle jugera surtout ceux qui, sachant, ont choisi de ne rien faire.
Il est encore temps de se lever. De dire non. D’interpeller nos gouvernements. De refuser la logique de l’effacement. Car la question n’est pas seulement politique. Elle est morale. Elle est humaine.
Un peuple est en train de mourir. Et nous n’avons plus le droit de détourner les yeux.
Alors que la guerre à Gaza continue de décimer des milliers de vies et que l’humanité semble avoir détourné le regard, la diplomatie mondiale traverse l’une de ses plus graves crises morales. La communauté internationale observe, impuissante. Les grandes puissances se murent dans l’ambiguïté. L’ONU, censée incarner la conscience universelle, se réduit à l’ombre d’elle-même. Son Secrétaire général, António Guterres, s’est trop souvent illustré par des postures creuses, multipliant les déclarations abstraites dès qu’il s’agit des pays pauvres, mais gardant un silence presque gêné devant la tragédie palestinienne. Le multilatéralisme vacille, rongé par le double discours et l’inaction.
Une reconnaissance pour la paix
Dans ce vide diplomatique, la France tente de briser l’inertie. Fidèle à sa tradition universaliste, elle a relancé l’idée d’une reconnaissance internationale de l’État palestinien, non pas comme un geste symbolique ou isolé, mais dans le cadre d’une démarche concertée. Le président Emmanuel Macron, en affirmant récemment que la reconnaissance de la Palestine « n’est pas un tabou pour la France » et qu’elle doit intervenir « dans un cadre collectif », trace une voie politique claire. Cette déclaration n’est pas un simple effet de style. Elle traduit une lucidité nouvelle : le processus bilatéral de paix est mort, enterré sous les gravats de Gaza et les années de colonisation.
La reconnaissance de l’État palestinien est aujourd’hui une nécessité politique, une exigence de justice et un acte de responsabilité internationale. En relançant cette initiative, la France ne cherche pas à prendre parti, mais à rétablir un équilibre brisé. Il ne peut y avoir de paix sans reconnaissance réciproque, sans égalité de statut, sans légitimité partagée. Refuser indéfiniment à un peuple le droit d’exister juridiquement, c’est entretenir les conditions de sa violence. C’est prolonger l’occupation, encourager l’humiliation, nourrir le désespoir.
Dans ce contexte, Haïti, bien que petit par sa taille, a un rôle moral à jouer. Ce pays fut le premier État noir libre du monde moderne, né d’une révolution qui affirmait que chaque homme est un homme. Cette histoire, ce combat fondateur, lui donnent une voix particulière, qui porte au-delà des frontières. En 2011, Haïti a voté en faveur de l’admission de la Palestine à l’UNESCO. Ce vote n’était pas anodin. Il témoignait d’un attachement à la souveraineté des peuples, à l’égalité entre les nations, à la mémoire des luttes contre la domination.
Aujourd’hui, Haïti doit s’associer à l’initiative française, non pas par opportunisme diplomatique, mais par fidélité à son héritage. Ce serait un geste de cohérence, une parole de principe. Dans un monde saturé de calculs géopolitiques, les nations qui parlent au nom de l’histoire, du droit et de la dignité humaine sont rares. Haïti peut être de celles-là. Elle doit faire entendre sa voix aux Nations unies, auprès de ses partenaires régionaux et dans toutes les enceintes multilatérales. Elle doit dire que le massacre d’un peuple, quelle qu’en soit l’origine ou la justification invoquée, ne saurait être toléré.
Reconnaître l’État palestinien, ce n’est pas nier le droit à la sécurité d’Israël. C’est rappeler que la sécurité ne peut jamais être construite sur la négation de l’autre. Le droit international n’est pas un outil à géométrie variable. Il s’impose à tous, ou il n’est plus rien. Il est temps de sortir de l’ambiguïté. Trop de sang a coulé. Trop de silence a pesé. Il faut dire clairement qu’un peuple a droit à son existence, à sa terre, à sa voix.
L’histoire retiendra ceux qui ont su parler quand d’autres se taisaient. La diplomatie n’est pas qu’affaire de rapports de force. Elle est aussi, parfois, un sursaut de conscience.
Reconnaître l’État palestinien aujourd’hui ne signifie pas nier le droit d’Israël à la sécurité. Ce n’est pas une prise de position idéologique ou anti-israélienne. C’est une exigence de justice. Car sans reconnaissance du peuple palestinien comme sujet politique et juridique à part entière, il n’y aura jamais de paix véritable. Il n’y aura qu’une guerre perpétuelle, une violence structurelle, et un ressentiment qui nourrira les extrémismes de demain.
La France a décidé de briser l’inertie. Elle tend la main aux nations du monde pour qu’ensemble, elles disent : “Trop, c’est trop.” La reconnaissance de l’État palestinien est un levier diplomatique, une réponse morale, et un pas vers une solution à deux États.
Il revient à Haïti — et à bien d’autres — de saisir cette main tendue. Car l’histoire n’oubliera pas ceux qui, dans les heures sombres, ont su parler quand d’autres se taisaient.
Maguet Delva
