Monsieur le Premier ministre,
Je m’adresse à vous aujourd’hui par cette lettre ouverte pour exprimer la grande inquiétude des paysans haïtiens face au phénomène El niño qui menace la sécurité alimentaire en Haïti. Cette semaine, dans le cadre d’une rencontre d’urgence sur la sécurité alimentaire, j’ai eu une présentation sur le phénomène El Niño en Haïti et le risque important de sécheresse prolongée. Les précipitations observées en avril, mai, juin et juillet 2026 ne représentent que 57 à 75 % des niveaux habituels, et la sécheresse touche déjà certaines zones normalement humides. La situation pourrait perdurer jusqu’en avril-mai 2027, avec des conséquences importantes pour l’agriculture et la sécurité alimentaire. La paysannerie souffre, nos paysans manquent de soutien durable, et l'avenir de notre alimentation locale est en danger. Il est urgent d'agir concrètement et durablement pour protéger ceux et celles qui nous nourrissent.
Monsieur le Premier ministre, El niño 2026 est qualifié de sans précédent par plusieurs scientifiques. En Thaïlande, l’un des plus grands producteurs de riz au monde, les précipitations ont chuté de 60% entre janvier et avril. Le prix d’exportation du riz a augmenté de 27% en juin. Au Pérou l’état d’urgence est décrété dans plusieurs villes du pays. Les données de l’agence gouvernementale CNSA montrent déjà une dégradation de la production, particulièrement dans plusieurs départements du pays (Artibonite, l’Ouest, le Nord, le Sud et le Sud-Est).
Les effets attendus d’El Niño sont notamment la diminution des pluies, l’augmentation des températures, la baisse de l’humidité des sols, l’augmentation de l’évapotranspiration, le stress agricole et une aggravation de l’insécurité alimentaire. Certaines données de l’agence gouvernementale CNSA nous prouvent que plus de 70 % de la nourriture consommée en Haïti est importée, ce qui ajoute une vulnérabilité économique aux risques agricoles. La dernière période El Niño ayant fortement affecté Haïti remonte à 2015-2016 ou plus de 6 million de nos compatriotes étaient en situation d'insécurité alimentaire chronique.
Face à cette situation, je vous conseille d’encourager, messieurs le Premier ministre, les politiques et les programmes visant à renforcer la capacité des paysans à produire leur propre nourriture de manière durable, en mettant l'accent sur la formation, l'accès aux ressources agricoles (terres, semences, eau).
Voici quelques conseils pour orienter votre action dans cette direction pendant l’exercice fiscal 2026-2027:
- Protéger les droits fonciers des paysans: Veillez à ce que les paysans aient un accès sécurisé à la terre en les protégeant contre l'accaparement des terres exercé par les multinationales (le cas de Savane Diane).
- Encourager l'agroécologie et l’agriculture familiale et paysanne comme mesure d’adaptation aux changements climatiques: Promouvez les pratiques agricoles durables, telles que l'agroécologie, l'agroforesterie, qui préservent la biodiversité, améliorent la santé des sols et contribuent à l'adaptation aux changements climatiques.
- Investir dans la recherche agricole adaptée aux besoins des paysans: Allouez des ressources à la recherche et au développement de technologies agricoles adaptées aux exploitations familiales, en favorisant la diffusion des connaissances.
- Renforcer les organisations paysannes: Donnez de l’appui aux organisations paysannes en leur fournissant un soutien financier, technique et institutionnel pour augmenter leur capacité à accéder aux marchés.
Dans l’attente d’échos favorables de votre part, je vous prie de croire, Monsieur le premier ministre, à l’expression de mes salutations agroécologiques.
Jean-Rusnel ETIENNE, Ingénieur-agronome, géographe
Enseignant-chercheur
Altermondialiste
