Chaque génération reçoit un pays en héritage. Elle a ensuite la responsabilité de le préserver, de l'améliorer ou, malheureusement parfois, de le détériorer avant de le transmettre à ceux qui viendront après elle. Cette réalité nous oblige à nous poser une question fondamentale : quelle Haïti voulons-nous laisser à nos enfants et aux générations futures ?
Pour ma part, je rêve d'une Haïti où le lieu de naissance ne détermine plus le destin d'un enfant. Une Haïti où chaque jeune, qu'il soit né à Port-au-Prince, au Cap-Haïtien, aux Cayes, à Jacmel, à Jérémie ou dans la plus petite commune du pays, bénéficie des mêmes opportunités d'apprendre, de se développer et de réaliser son potentiel.
Je souhaite laisser une Haïti où l'éducation constitue la première priorité nationale. Une nation qui investit davantage dans ses écoles, ses universités, ses bibliothèques, ses laboratoires, ses centres de recherche et la formation de ses enseignants que dans la gestion permanente des crises.
Je souhaite une Haïti où les institutions sont plus fortes que les individus. Un pays où les lois s'appliquent à tous avec la même rigueur, où les changements de gouvernement ne remettent pas constamment en cause les politiques publiques, et où l'État travaille dans la continuité au service de l'intérêt général.
Je rêve également d'une Haïti qui transforme sa diaspora en partenaire stratégique de son développement. Des millions d'Haïtiens vivent aujourd'hui aux quatre coins du monde. Ils représentent une immense richesse en matière de compétences, d'expériences, de réseaux et d'innovation. Notre défi n'est pas seulement de recevoir leurs transferts financiers, mais aussi de mobiliser leur intelligence au service du pays.
Je souhaite une Haïti qui croit en sa jeunesse. Trop souvent, nous parlons des jeunes comme s'ils représentaient un problème. Pourtant, ils constituent notre plus grande ressource. Donnons-leur accès à une éducation de qualité, à des formations adaptées aux besoins du marché, à des espaces culturels, à des infrastructures sportives et à des opportunités d'entreprendre.
Je rêve aussi d'une Haïti où le sport est reconnu comme un véritable outil de développement. Un pays où les talents sportifs sont détectés dès l'école, où les fédérations sont bien organisées, où les infrastructures existent dans chaque département et où les jeunes peuvent construire leur avenir grâce au sport.
Je rêve d’une Haïti capable de se doter des infrastructures sportives modernes nécessaires pour accueillir les grands événements internationaux, notamment les Jeux d’Amérique centrale et des Caraïbes ainsi que les Jeux panaméricains, deux rendez-vous majeurs du sport continental que notre pays n’a encore jamais eu l’opportunité d’organiser. Une Haïti qui transforme le sport en un véritable levier de développement, de rayonnement international et de fierté nationale.
Je souhaite une Haïti qui valorise la science, l'innovation et la technologie. Les nations qui dominent aujourd'hui le monde ne sont pas forcément celles qui possèdent les plus grandes ressources naturelles, mais celles qui produisent les connaissances, les inventions et les solutions de demain.
Je souhaite également une Haïti qui protège son patrimoine historique et culturel. Un peuple qui oublie son histoire finit souvent par perdre son identité. Nos héros, nos écrivains, nos artistes, nos scientifiques et nos sportifs méritent d'être mieux connus, célébrés et transmis aux nouvelles générations.
Je rêve d'une Haïti où la réussite n'est plus déterminée par les relations personnelles, mais par le mérite, le travail, l'intégrité et la compétence. Une société où chaque citoyen peut espérer progresser grâce à ses efforts.
Je rêve d’une Haïti spirituelle où la foi, la religion et la spiritualité deviennent des forces de rassemblement, de paix et d’élévation de l’être humain. Une Haïti où les croyances ne sont pas utilisées pour diviser, opposer ou créer le chaos, mais comme des instruments favorisant la tolérance, le respect de l’autre et le vivre-ensemble. Une Haïti où chaque citoyen retrouve une harmonie profonde avec lui-même, avec sa communauté et avec la nature, en comprenant que la protection de la création et le respect de la vie font partie intégrante de notre responsabilité spirituelle.
Je souhaite enfin une Haïti réconciliée avec elle-même. Une nation capable de dépasser les divisions politiques, sociales et régionales pour construire un projet collectif. Les désaccords existeront toujours dans une démocratie, mais ils ne devraient jamais empêcher un peuple d'avancer ensemble.
Je suis conscient que je ne verrai peut-être pas cette Haïti de mon vivant. Les grandes transformations prennent parfois plusieurs générations. Mais cela ne diminue en rien notre responsabilité. Chaque décision que nous prenons aujourd'hui, chaque réforme que nous proposons, chaque enfant que nous formons, chaque institution que nous renforçons et chaque valeur que nous transmettons contribuent à bâtir le pays de demain.
Nous ne sommes que des gardiens temporaires de cette nation. Notre véritable héritage ne sera ni notre fortune, ni nos titres, ni nos fonctions. Il sera l'état dans lequel nous laisserons Haïti à ceux qui viendront après nous. La plus grande réussite d'une génération n'est pas d'avoir vécu dans un grand pays, mais d'avoir contribué à en construire un.
Alors, laissons aux générations futures une Haïti plus instruite que celle que nous avons reçue, plus juste, plus unie, plus innovante, plus ambitieuse et plus humaine. Car le plus bel héritage que nous puissions transmettre n'est pas seulement un territoire, mais une nation capable d'offrir à chacun de ses enfants l'espoir, la dignité et la possibilité de rêver sans être obligé de partir.
Bony Eugène Georges
Global Sport Manager
Commentateur & Analyste Sportif
Professeur de Mathématiques et de Sciences
