À l’entrée Est de la ville du Cap-Haïtien, notamment sur le littoral, se développe depuis plusieurs années un marché informel qui ne cesse de s’étendre. Des vendeurs à la sauvette, des étals de fortune, des camions stationnés à même la chaussée : le décor traduit un désordre croissant qui contraste avec l’image que devrait projeter une ville historique et touristique.
Ce phénomène s’explique en partie par la précarité économique des familles qui pullulent dans la commune suite à l’arrivée des déplacés internes. Pour des centaines de ces familles, le commerce informel reste la seule source de revenus. Toutefois, l’absence de planification urbaine, d’espaces de vente encadrés et de volonté politique claire contribue à cette anarchie visible à l’œil nu. Circulation ralentie, insalubrité, pollution visuelle et conflits fréquents entre vendeurs et forces de l’ordre ponctuent le quotidien de cette zone cruciale pour la mobilité de la ville.
Depuis des années, les habitants de la commune du Cap-Haïtien attendent désespérément la construction d’un tronçon de route promis par les autorités à grand renfort de discours politiques et de cérémonies de lancement sur le littoral.
Ce tronçon de route, qui n’a jamais été terminé, reste à l’état de projet fantôme : on peut seulement remarquer des engins et des ingénieurs lorsque des autorités du gouvernement haïtien sont de passage dans la ville, et encore, sans avancement notable.
Ce tronçon, qui n’a jamais été construit, est devenu le symbole de l’irresponsabilité des dirigeants, de la mauvaise gestion des fonds publics et de la méfiance croissante entre la population et les autorités. « Tant que les promesses resteront des mots vides, les routes resteront des lignes tracées uniquement sur papier », a fait remarquer Cesard Jordany, un entrepreneur capois, qui dénonce la dilapidation des fonds alloués à la construction de ce tronçon en souffrance depuis plus d’une décennie. Chaque gouvernement qui passe promet le démarrage des travaux ; leurs promesses restent jusqu’ici non tenues.
Malgré plusieurs tentatives initiées par le Délégué départemental du Nord, Marc Présumé, la situation chaotique des marchands installés anarchiquement à l’entrée Est de la ville du Cap-Haïtien demeure inchangée. Les démarches visant leur déplacement et la construction du tronçon de route qui traverse cette zone se heurtent à des obstacles majeurs : résistance des commerçants, manque de concertation efficace, absence de moyens techniques et financiers concrets.
Ce tronçon stratégique, censé faciliter la fluidité de la circulation et améliorer l’image de la ville, reste impraticable, encombré par des étalages de fortune et un désordre ambiant. Les riverains et usagers dénoncent les conséquences de cet immobilisme : embouteillages constants, insalubrité, insécurité et entrave à la libre circulation.
Alors que les autorités locales plaident pour une solution pacifique et durable, le statu quo alimente les frustrations. La population s’interroge : à quand des actions concrètes ? À quand un Cap-Haïtien moderne, ordonné et accessible à tous ?
Hervé Delima
